Contexte
Les États Unis ont étendu ces derniers mois une politique controversée de renvoi de migrants vers des pays tiers, en s’appuyant sur une série d’accords bilatéraux, dont plusieurs conclus avec des États africains. Dans ce cadre, la République démocratique du Congo a récemment accueilli une première vague de migrants expulsés des États-Unis, un accord bilatéral ayant été conclu en avril 2026. Ce dispositif prévoit un accueil temporaire, avec un examen individuel des dossiers et une prise en charge logistique assurée par Washington.
Selon les autorités congolaises, ce mécanisme s’inscrit dans un processus progressif, encadré et limité dans le temps, avec des séjours pouvant aller de trois à six mois avant le retour des migrants vers leur pays d’origine. C’est dans ce contexte que plusieurs contenus ont circulé sur les réseaux sociaux, prétendant montrer des images de cette arrivée en RDC.
Après une recherche approfondie faite par Eleza Fact via les outils de vérification d’images inversées notamment Google Lens, le résultat démontre que ces images sont fausses et sont utilisées hors de leur contexte, et ne proviennent pas des migrants venus en RDC, mais plutôt du Mexique en 2021 et de la Colombie en 2025.
Origine de l’infox
Les images que nous avons vérifiées ont été publiées le 7 avril 2026 dans un groupe Facebook nommé Butembo News, qui compte plus de 45 000 membres. Elles étaient accompagnées de la légende suivante : « La RDC commence à accueillir des réfugiés en provenance des États-Unis […] les expatriés clandestins arrivent déjà… ».
La publication a rapidement suscité de nombreuses réactions : plus de 226 commentaires, 692 mentions “j’aime” et une vingtaine de partages en seulement quelques jours. Les internautes se sont divisés : certains pensaient que ces images confirmaient l’arrivée des migrants, tandis que d’autres exprimaient des doutes ou évoquaient un calendrier différent.
Des images des migrants provenant du Mexique et de la Colombie et non de la RDC
Pour vérifier cette information, Eleza Fact a soumis ces images à une recherche inversée via Google Lens. Les résultats ont mené à un article du média Tribune de Genève (archivé ici) mis en ligne le 31 Août 2021, qui parlait d’un groupe de migrants en provenance d’Amérique du Sud qui a été stoppé par des gardes nationaux mexicains dans le sud du pays. On y lit : « Une caravane de quelque 300 migrants, la majorité provenant d’Amérique centrale, a été arrêtée lundi dans le Chiapas, sud du Mexique, alors qu’elle tentait de gagner la frontière avec les États-Unis. Ce groupe, composé en majorité de Guatémaltèques, Honduriens, Salvadoriens et quelques Haïtiens, a été stoppé dans sa marche vers la frontière par un imposant dispositif de gardes nationaux, selon un rapport de la police de l’État du Chiapas. Des agents de l’immigration mexicaine ont alors contrôlé ces migrants, femmes et enfants compris, avant d’arrêter 80 d’entre eux ».

Capture d’écran faite par Eleza Fact de l’article du média Tribune de Genève
Après avoir soumis la seconde image à une recherche des images inversées, le résultat nous renvoie à un article du média Reuters (archivé ici) , publié le 28 janvier 2025. Ce dernier écrit : « Un avion de l’armée de l’air colombienne a atterri mardi à Bogota avec à son bord 110 citoyens du pays sud-américain expulsés par les États-Unis, respectant ainsi un accord qui a permis d’éviter une guerre commerciale et une crise diplomatique entre les deux pays. L’avion, en provenance de San Diego, en Californie, est arrivé à la base militaire de CATAM, près de l’aéroport international d’El Dorado, avec à son bord la première expulsion massive de colombiens depuis que le républicain Donald Trump a pris ses fonctions de président des États-Unis pour la deuxième fois ».

Capture d’écran faite par Eleza Fact de l’article du média Reuters
Une autre correspondance nous ramène à un article du média Radio-Canada (archivé ici), qui a écrit sur l'incident d'expulsion le 28 janvier 2025. « Deux avions militaires affrétés par le gouvernement colombien ont rapatrié mardi à Bogota environ 200 personnes expulsées par les États-Unis, dont plusieurs ont dénoncé des conditions de détention et d’expulsion dignes d’un “cauchemar américain”, leur arrivée, annoncée par le président colombien Gustavo Petro, survient après de vives tensions diplomatiques le week-end dernier entre les deux pays, portant sur le transport par les autorités américaines de migrants expulsés par l’administration Trump ».
Un article du média « alarabiya » (archivé ici) corrobore cette information, soutenue par la même image. Intitulé “Des avions colombiens transportant des déportés américains arrivent à Bogota après la dispute Trump-Petro”, il avance : « Deux avions de l'armée de l'air colombienne transportant des déportés en provenance des États-Unis sont arrivés mardi à Bogota, a indiqué le gouvernement, ouvrant la voie à l'administration du président américain Donald Trump pour lever les restrictions de visa et autres mesures imposées aux citoyens colombiens ».
Ces deux images ont donc été réutilisées hors de leur contexte d’origine, sans aucun lien avec la situation en RDC.
Ce qui est vrai : un dispositif déjà en cours, mais qui se veut encadré
Contrairement à ce que suggèrent les publications virales, les images diffusées ne documentent pas l’arrivée des migrants en RDC. Cependant, il est exact que le pays a commencé à mettre en œuvre ce dispositif après la signature de l’accord avec les États-Unis.
Le ministère de la Communication et Médias (archivé ici) a précisé : « Le Gouvernement informe l’opinion de l’arrivée à Kinshasa du premier contingent dans le cadre du dispositif d’accueil temporaire de ressortissants de pays tiers. Ce dispositif, strictement encadré, est de nature transitoire et ne constitue en aucun cas une installation durable sur le territoire national ».
Aucun média crédible n’a publié ces images comme étant liées à la RDC, malgré la confirmation de la première vague d’arrivées.
Conclusion
La vérification menée par Eleza Fact montre que les images largement partagées pour illustrer l’arrivée de migrants en RDC sont fausses et sorties de leur contexte. Elles proviennent en réalité du Mexique (2021) et de la Colombie (2025). Même si une première vague de migrants a effectivement été accueillie en RDC, les visuels utilisés sur les réseaux sociaux ne correspondent pas à cet événement.
Ce cas illustre une pratique fréquente de désinformation : la réutilisation d’images anciennes ou étrangères pour illustrer des faits actuels. D’où l’importance de vérifier systématiquement l’origine des contenus avant de les partager.
