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    Ebola

    Non, ces comprimés bruns ne sont pas des « médicaments anti-Ebola » destinés à exterminer les Congolais

    Redaction Centrale Par Redaction Centrale July 29, 2026 Mise à jour: July 29, 2026 10 min read
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    Contexte

    L’épidémie d’Ebola continue de faire des victimes dans les provinces orientales de la République démocratique du Congo. Au 25 juillet, les autorités sanitaires avaient recensé 3200 cas confirmés et 1405 décès liés à cette flambée épidémique, principalement dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Dans ce contexte marqué par l’inquiétude de la population et la circulation de nombreuses rumeurs sur les réseaux sociaux, plusieurs publications trompeuses prétendent identifier de prétendus remèdes dangereux liés à la maladie, notamment des produits de consommation courante.

    Une publication largement relayée en République démocratique du Congo affiche une photographie de comprimés bruns non identifiés, accompagnée d’une mise en garde accusant les professionnels de santé d’utiliser ces comprimés pour exterminer la population congolaise. Après vérification auprès de l’Organisation mondiale de la Santé et une recherche inversée sur l’image présentée, Eleza Fact a établi que cette affirmation est infondée. Aucun élément ne relie cette image à la riposte contre Ebola, et l’épidémie qui frappe actuellement l’est du pays est due à une souche pour laquelle il n’existe, à ce jour, aucun traitement homologué et donc aucun comprimé anti-Ebola.

    Ce qu’affirme la publication

    La publication associe deux éléments : une photographie rapprochée d’une vingtaine de comprimés oblongs de couleur brune, posés sur une surface claire, et une légende affirmant : « Peuple congolais ne prenez jamais ces médicaments soit disant anti ebola. Car ces médicaments sont pour exterminer la population congolaise (sic)».

    Elle a été mise en ligne via la page Facebook Ya Christ Miracles, qui compte plus de 5 000 abonnés. Nous avons tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec l’administrateur de la page, mais aucune réponse ne nous est parvenue à ce jour.

    La publication totalise plus de 600 mentions « j’aime » et plus de 80 partages. En commentaires, une internaute s’interroge sur l’origine réelle de ces comprimés, tandis qu’une autre exprime sa désolation face à ce qui se passe dans l’est de la République démocratique du Congo.

    Aucun traitement pour la souche Bundibugyo

    Pour vérifier cette information, Eleza Fact a contacté Bavon Tanguza Ngunga, épidémiologiste au sein de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en RDC. Celui-ci dément catégoriquement l’existence d’un traitement anti-Ebola sous forme de comprimés. « À ce jour, il n’existe aucun traitement homologué contre la maladie à virus Ebola administré sous forme de comprimés (voie orale) », affirme-t-il. Il précise que les seuls traitements actuellement homologués concernent le Zaire ebolavirus et sont administrés exclusivement par perfusion intraveineuse. « Les traitements spécifiques actuellement homologués sont Inmazeb® (REGN-EB3) et Ebanga® (ansuvimab ou mAb114) », explique-t-il. Il rappelle également qu’« Ervebo® n’est pas un traitement, mais un vaccin préventif, administré par injection intramusculaire ». Dès lors, souligne-t-il, « toute publication affirmant l’existence d’un traitement anti-Ebola sous forme de comprimés est fausse et ne repose sur aucune preuve scientifique reconnue ».

    Interrogé sur l’épidémie en cours, Bavon souligne que la situation diffère de celle provoquée par le Zaire ebolavirus. « À ce jour, il n’existe ni vaccin ni traitement homologués spécifiquement contre le virus Ebola de l’espèce Bundibugyo ebolavirus, responsable de l’épidémie actuelle », indique-t-il. Il précise que « les traitements Inmazeb® et Ebanga®, ainsi que le vaccin Ervebo®, ont été développés et homologués contre le Zaire ebolavirus et leur efficacité contre Bundibugyo ebolavirus n’est pas établie ». Si certains produits sont actuellement évalués dans le cadre de l’essai clinique PARTNERS (Platform Adaptive Randomised Trial for New and Repurposed Filovirus TreatmentS), ils demeurent expérimentaux et « ne sont pas administrés sous forme de comprimés », insiste-t-il. « Toute affirmation selon laquelle un comprimé anti-Ebola serait disponible pour traiter cette souche est donc inexacte et relève de la désinformation », conclut-il.

    Pour corroborer ces faits, nous avons effectué des recherches supplémentaires sur le traitement d’Ebola. Selon l’OMS, l’épidémie actuellement en cours en République démocratique du Congo et en Ouganda est bien causée par le virus Bundibugyo, une souche distincte du Zaire ebolavirus. L’OMS confirme sur son site officiel qu’aucun vaccin ni traitement homologué n’existe à ce jour contre cette souche, et que la riposte repose sur l’identification rapide des cas, l’isolement, la recherche des contacts et les inhumations sécurisées, en l’absence de tout produit pharmaceutique approuvé. Le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique précise également qu’à ce stade, seuls des candidats vaccins et traitements expérimentaux sont en cours d’évaluation, sans qu’aucun ne soit disponible sous forme homologuée, et encore moins sous forme orale.

    Le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Prévoyance sociale de la RDC, qui a officiellement déclaré cette 17ᵉ épidémie d’Ebola le 15 mai 2026, confirme dans le Disease Outbreak News de l’OMS relayant les données ministérielles que la souche en cause est le virus Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique homologué n’existait lors des précédentes épidémies de 2007-2008 (Ouganda) et de 2012 (RDC). Cette absence de contre-mesure homologuée est corroborée par ReliefWeb (OCHA), qui rapporte que les taux de létalité des deux précédentes épidémies de maladie à virus Bundibugyo ont varié entre 30 % et 50 %, la prise en charge reposant essentiellement sur les soins de soutien précoces plutôt que sur un traitement antiviral homologué.

    L’Africa CDC (Centres africains de contrôle et de prévention des maladies) confirme sur sa page dédiée à l’épidémie qu’« il n’existe actuellement aucun traitement ni vaccin homologué spécifiquement contre la souche Bundibugyo d’Ebola », tout en soulignant que la prise en charge médicale précoce et les soins de soutien améliorent considérablement les chances de survie. Dans une analyse publiée conjointement avec Nature Medicine, les experts de l’Africa CDC rappellent que cette épidémie expose une lacune majeure de la recherche mondiale, aucun vaccin ni thérapeutique n’étant homologué pour cette souche, contrairement au Zaire ebolavirus. Un reportage de NPR précise par ailleurs que les essais cliniques en cours, menés conjointement par l’OMS et l’Africa CDC, testent deux produits, le remdésivir et l’anticorps monoclonal MBP134, tous deux administrés par voie intraveineuse, confirmant qu’aucun comprimé n’est actuellement testé ni disponible pour traiter les malades atteints de cette souche.

    Analyse de l’image et identification des comprimés

    Nous avons utilisé Google Lens pour tenter d’identifier l’origine exacte de l’image. Les résultats documentés montrent des comprimés de même apparence, et non la même image. Ces correspondances renseignent sur ce à quoi ces cachets ressemblent, non sur ce qu’ils sont.

    Le premier résultat est une annonce commerciale publiée sur IndiaMART, place de marché B2B indienne. Le vendeur, Rah Lifesciences LLP, est établi à Thane, dans le Maharashtra ; le produit proposé est un « Yeast Tablet For Animals » (un comprimé de levure destiné aux animaux) d’un dosage de 150 à 250 mg et d’une durée de conservation de douze mois. Nous n’affirmons évidemment pas que les cachets photographiés sont ce produit. Nous constatons qu’un moteur de reconnaissance visuelle, confronté à cette image, propose un complément vétérinaire fabriqué en Inde, objet sans aucun rapport avec un traitement antiviral humain.

    Le deuxième résultat est une photographie de banque d’images diffusée simultanément par Depositphotos (référence 198625948) et par Alamy (référence 2FJXXP9) : un seul et même cliché, du contributeur Sasimoto, commercialisé par deux agences. La fiche Alamy en donne l’origine, une photographie prise le 21 février 2018 en Thaïlande. Sa légende, rédigée par le photographe lui-même et non vérifiée par l’agence, décrit des comprimés bruns pelliculés de complexe vitaminique B, vitamine C, magnésium, zinc et minéraux. Nous la mentionnons pour ce qu’elle est : la description d’un vendeur d’images, pas une identification.

    Le troisième résultat est une photographie Shutterstock intitulée « Brown Pills, isolated on white », déposée par le contributeur Rinelle sous la référence 289469426. Elle a été mise en ligne le 22 juin 2015 et classée en catégorie Santé/Médecine. Sa légende n’attribue aux comprimés ni molécule, ni fabricant, ni indication : ce sont, littéralement, « des comprimés bruns ». Depuis onze ans, cette apparence sert d’illustration générique du médicament, sans que personne ait jamais eu besoin de préciser lequel.

    Nous avons cherché à identifier le produit photographié. La tentative bute sur un obstacle technique, et il vaut la peine d'expliquer lequel.

    L'identification d'un comprimé repose sur un triplet : l'empreinte (imprint code), la forme et la couleur. L'empreinte, ces lettres, chiffres, symboles ou logos appliqués par embossage, débossage, gravure ou impression à l'encre, est de loin l'élément déterminant. La réglementation américaine énonce elle-même cette logique : le paragraphe 206.10 du titre 21 du Code of Federal Regulations interdit la mise en circulation d'une forme orale solide dépourvue d'un code d'empreinte qui, conjugué à la taille, à la forme et à la couleur, permette d'identifier de façon univoque le produit, donc ses principes actifs et son dosage, ainsi que son fabricant ou son distributeur. La partie 206 couvre l'ensemble des formes orales solides à usage humain : médicaments sur ordonnance, produits en vente libre, médicaments biologiques et homéopathiques, sauf exemptions, parmi lesquelles, précisément, les produits destinés à un essai clinique.

    Or les comprimés de la photographie ne portent aucune empreinte. On n'y distingue qu'une barre de sécabilité : un dispositif fonctionnel, destiné à faciliter la division du comprimé et encadré par une recommandation distincte de la FDA. Elle ne porte, par construction, aucune information d'identification.

    Les outils publics d'identification sont sans ambiguïté sur ce que cela implique. Le service de référence de Drugs.com indique qu'en l'absence de code d'empreinte, l'identification fiable d'un comprimé en ligne est impossible, et énumère les catégories auxquelles un comprimé non marqué peut appartenir : vitamine, complément alimentaire, produit à base de plantes ou énergisant, substance illicite, ou médicament étranger, sans hiérarchie entre elles.

    L'OMS estime qu'au moins un produit médical sur dix circulant dans les pays à revenu faible ou intermédiaire est de qualité inférieure ou falsifié, et 42 % des signalements reçus entre 2013 et 2017 provenaient d'Afrique subsaharienne. Un comprimé brun, oblong et sécable, dépourvu de marquage, photographié dans cette région, n'appartient donc pas à un ensemble simplement large de candidats possibles : il appartient à un ensemble non délimité, qu'aucune base de données ne recense.

    C’est pourquoi Eleza Fact ne nommera aucune molécule. Affirmer, sur la seule base de cette image, que ces cachets « sont » tel ou tel produit reviendrait à commettre exactement la faute que nous reprochons à la publication : poser une identité sans preuve. Nous ne pouvons pas davantage documenter les « propriétés chimiques » d’un comprimé dont la composition est, par définition, inconnue.

    Comprimés non homologués pour traiter Ebola, une contrainte biochimique

    Les trois produits en jeu contre Ebola appartiennent à la même famille, celle des anticorps monoclonaux. Inmazeb et Ebanga (ansuvimab, mAb114) sont les deux traitements que l'OMS recommande fortement depuis 2022, mais uniquement contre la souche Zaïre, pour les autres maladies à virus Ebola, dont Bundibugyo, aucun traitement n'est homologué. C'est précisément pour combler ce vide que MBP134, un anticorps pan-ebolavirus développé par Mapp Biopharmaceutical, est évalué depuis juillet 2026 en RDC, seul ou associé au remdésivir, dans un essai randomisé conduit par l'INRB, l'université d'Oxford et l'Institut de médecine tropicale d'Anvers.

    Or un anticorps monoclonal n'est pas une petite molécule chimique. C'est une protéine géante. L'ansuvimab pèse environ 144 000 daltons ; un comprimé de paracétamol, 151. Le rapport est de près de mille pour un.

    Et le tube digestif humain est, très exactement, un dispositif conçu pour détruire les protéines. L'acidité gastrique dénature leur structure, puis les enzymes protéolytiques, la pepsine dans l'estomac, la trypsine et la chymotrypsine dans l'intestin, les découpent en acides aminés. Avalé, un anticorps monoclonal subirait le sort de n'importe quelle protéine alimentaire : sa structure en Y, indispensable à la reconnaissance de sa cible virale, serait démantelée avant même d'atteindre la circulation sanguine. Autant espérer soigner quelqu'un en lui faisant manger un steak.

    S'ajoute une seconde barrière, physique cette fois : ces molécules sont trop volumineuses et trop hydrophiles pour franchir la paroi intestinale. Leur biodisponibilité par voie orale est donc quasi nulle. La littérature est sans ambiguïté. Malgré des années de travaux sur des systèmes de protection, nanoparticules, enrobages gastro-résistants, inhibiteurs d'enzymes, nanocorps, aucun anticorps monoclonal administré par voie orale n'a été homologué à ce jour, pas même pour des maladies purement intestinales, où il suffirait pourtant qu'il agisse sur place sans jamais passer dans le sang.

    C'est pour cette raison, et non par choix administratif, que ces produits sont perfusés en centre de soins. La notice d'Inmazeb prévoit une perfusion intraveineuse unique, préparée et administrée sous supervision médicale ; Ebanga se présente en flacons de poudre lyophilisée à reconstituer, conservés entre 2 et 8 °C, à l'abri de la lumière. MBP134 relève de la même logique : dose unique par voie intraveineuse ou intramusculaire. Rien de tout cela ne peut voyager en plaquettes dans une poche.

    Un comprimé lié à Ebola existe bel et bien aujourd'hui en RDC. Il s'appelle obeldesivir. Mais ce n'est pas un anticorps : c'est un antiviral à petite molécule, développé par Gilead, qui a protégé des macaques d'une infection létale par le virus Ebola. Depuis le 14 juillet 2026, il fait l'objet de l'essai EBO-PEP, mené en RDC et en Ouganda ; et trois précisions rendent la comparaison impossible avec les comprimés de la photographie. Il n'est pas homologué. Il est testé en prophylaxie post-exposition, chez des contacts encore asymptomatiques, et non comme traitement des malades. Et il est délivré dans des centres PEP adossés aux centres de traitement Ebola gérés par ALIMA à Bunia et à Rwampara, en Ituri, à des participants recrutés, consentants et suivis pendant plusieurs semaines. 

    Aucun traitement anti-Ebola homologué n'existe sous forme de comprimé, et le seul comprimé aujourd'hui associé à Ebola n'existe que dans le cadre strictement encadré d'un protocole de recherche, sur deux sites identifiés. Quelle que soit la molécule contenue dans les comprimés de la photographie, elle ne relève ni de l'un ni de l'autre cas.

    Conclusion

    La publication affirmant que des comprimés bruns non identifiés seraient des « médicaments anti-Ebola » destinés à « exterminer la population congolaise » est fausse. L’image ne comporte aucun élément permettant d’identifier le produit qu’elle montre, ni de le rattacher à la riposte contre Ebola. Les traitements et vaccins contre Ebola sont administrés par perfusion ou injection, jamais sous forme de comprimés. Et la souche responsable de l’épidémie en cours, le virus Bundibugyo, ne dispose à ce jour d’aucun traitement homologué, seulement d’un essai clinique encadré, coordonné par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), à Kinshasa.

    La méfiance des populations de l’Est face aux interventions sanitaires a des racines réelles, qui méritent d’être entendues et traitées avec sérieux. Mais cette méfiance est aujourd’hui instrumentalisée par des contenus sans preuve, dont le seul effet tangible est d’éloigner les malades des soins et de mettre en danger ceux qui les soignent. Edité par Daniel Makeke


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