Contexte
L’année scolaire 2026-2027 a commencé le 1er septembre 2026. Quelques jours plus tard, une photo s’est mise à circuler sur Facebook. On y voit un homme en costume argenté, debout devant un tableau noir, un fusil en bandoulière. Le message qui l’accompagne, en swahili, laisse entendre que les enseignants de l’Est doivent assurer eux-mêmes leur sécurité.
Après vérification par Eleza Fact, cette image n’est pas réelle. Soumise à trois outils de détection, Hive Moderation, Truthscan et DeepAI, elle présente de fortes caractéristiques d’une image générée par intelligence artificielle (IA). Plusieurs indices visibles à l’œil nu vont dans le même sens.
La publication et sa légende
L’image a été publiée le 7 septembre 2026 sur Uvira Bisodo, un groupe Facebook d’environ 35 000 membres.
La légende, en swahili, affirme : « Rentrée scolaire inaanza, Est kila mwalimu na sécurité yake ni bya kuachia Mungu ». Traduction : « La rentrée scolaire commence. À l’Est, chaque enseignant avec sa propre sécurité : c’est à remettre entre les mains de Dieu. »
Au moment de notre consultation, la publication comptait 26 mentions « J’aime » et un seul commentaire, en swahili : « Acha uongo », c’est-à-dire « Arrête les mensonges ».
Une image générée par intelligence artificielle
Eleza Fact a d’abord soumis l’image à l’outil de détection Hive Moderation. Il estime à 99,5 % la probabilité qu’elle ait été générée par IA.

L’analyse avec Truthscan aboutit à une probabilité de 85 % que l’image soit générée par IA.

Le détecteur d’images de DeepAI va dans le même sens. Il estime à 90 % la probabilité que l’image ait été créée par IA, avec un niveau de confiance jugé élevé.

Les trois scores convergent. Mais un détecteur peut se tromper, surtout face à une image compressée et partagée plusieurs fois. Africa Check rappelle que ces outils produisent parfois des faux positifs. C’est pourquoi nous avons aussi examiné l’image elle-même.
Deux indices sautent aux yeux. Le premier se trouve sur le tableau noir. De loin, les inscriptions ressemblent à un emploi du temps ou à des notes de cours. De près, elles ne veulent rien dire : « Srudies », « Matrs », « Polo »… Ce sont des lettres qui imitent des mots sans en former. Les guides de vérification recommandent justement d’examiner les textes et les panneaux d’une image suspecte : les outils d’IA ont du mal à les reproduire correctement.
Le second indice se trouve dans le coin inférieur droit de l’image. Un petit symbole blanc en forme d’étoile à quatre branches y apparaît. Il ressemble fortement au filigrane visible, appelé « Gemini sparkle », que Google appose sur les images créées avec son outil Gemini. Ce symbole n’a rien à faire sur une vraie photo de salle de classe.
Cela ne veut pas dire que la rentrée se déroule sans difficulté dans l’Est. Le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté reconnaît que certaines régions font face à des défis sécuritaires et sanitaires particuliers. Le ministère a aussi prévu des mesures spécifiques dans les zones touchées par Ebola. Dans sa couverture de la rentrée, Radio Okapi fait état de difficultés liées à l’insécurité dans certaines zones. Mais ces sources ne permettent pas de confirmer l’affirmation de la publication. Et l’image censée l’illustrer a été fabriquée.
Bref
Rien ne permet d’utiliser cette image comme preuve qu’un enseignant de l’Est de la RDC s’est présenté armé en classe. Trois outils de détection, Hive Moderation, Truthscan et DeepAI, la classent comme très probablement générée par IA. Les inscriptions illisibles du tableau et le symbole de Gemini dans un coin de l’image renforcent cette conclusion. Dans le contexte où elle est présentée, l’image est donc trompeuse.
Eleza Fact appelle à la vigilance face aux images partagées sur les réseaux sociaux, surtout lorsqu’elles illustrent une situation sensible. Avant de croire ou de relayer une image, vérifiez sa source et son contexte. Regardez aussi les détails : le texte, les mains, les objets, les coins de l’image. Les outils de détection de l’IA peuvent aider, mais ils ne remplacent pas l’observation.
En cas de doute, mieux vaut ne pas partager.
