Contexte
En exil après avoir été poursuivi et condamné par coutumace à la peine de mort par la justice de la République Démocratique du Congo pour trahison et crimes de guerre, Joseph Kabila fait régulièrement l’objet de contenus trompeurs et de fausses allégations en ligne. Le 18 juin 2026, plusieurs médias ont rapporté des propos tenus par Félix Tshisekedi à Houston, aux États-Unis, dans lesquels le président congolais faisait référence à un « chien ». Depuis, des vidéos et des images sorties de leur contexte, des contenus générés ou manipulés à l’aide de l’intelligence artificielle, ainsi que de fausses déclarations attribuées à l’ancien président circulent notamment sur les réseaux sociaux.
C’est dans ce contexte qu’Eleza Fact a identifié sur TikTok une vidéo publiée le 21 juin 2026, dans laquelle on entend une voix présentée comme celle de Joseph Kabila répondre à la question d’un journaliste lui demandant s’il serait « un chien imposé par le Rwanda pour déstabiliser la RDC ».
Pour vérifier cette affirmation, Eleza Fact a consulté les récentes sorties médiatiques de l’ancien président et soumis l’audio de la vidéo à plusieurs outils de détection de contenus générés par intelligence artificielle. Ces vérifications indiquent que l’audio a été généré par intelligence artificielle et ne constitue donc pas une déclaration authentique de Joseph Kabila.
Contenu de l’infox
La vidéo a été mise en ligne sur TikTok par le compte dénommé « Le leader de la génération », le 21 juin 2026. D’une durée d’une minute et 39 secondes, elle montre une image de Joseph Kabila accompagnée de deux voix off, présentées comme extraites d’une interview.
On y entend d’abord une voix attribuée à un journaliste demander : « Monsieur Kabila, votre successeur, Félix Tshisekedi, vous qualifie aujourd'hui de "chien imposé par le Rwanda pour détruire la RDC". Que répondez-vous à ces accusations particulièrement graves portées contre vous ? »
En réponse, une voix attribuée à Joseph Kabila déclare notamment : « Joseph Kabila n'est pas là pour répondre à ceux qui l'insultent, même à ceux qui l'ont fait aux États-Unis dans un moment d'ivresse. Comme je l'ai toujours dit, pour répondre à ceux qui m'insultent, il faut des mots plus forts que le silence. Au lieu de vous attaquer à Joseph Kabila, concentrez-vous sur les deux années qu'il vous reste pour laisser la RDC tranquille. Joseph Kabila, le prétendu chien imposé par le Rwanda, a laissé le pays dans ses propres limites. Aujourd'hui, quel est le résultat sur le terrain ? Je n'ai signé aucun accord avec le Rwanda pour raffiner l'or de la RDC. Qui l'a fait ? Les Congolais ont la réponse. Vous savez, quand un chef d'État ne sait plus contrôler les paroles qui sortent de sa bouche, c'est une chose très grave. Voilà pourquoi vous le voyez : le matin, il vous dit une chose, et à midi, il est capable de nier sa propre parole. La RDC est aujourd'hui sous la menace de la balkanisation. Est-ce que c'était sous Joseph Kabila ? La réponse est non. Joseph Kabila est un homme discipliné, et il n'a pas le temps de répondre aux insultes. »
Au 22 septembre 2026, la publication comptabilise plus de 3 000 mentions « J’aime », 185 partages, 528 enregistrements et 43 commentaires. Parmi les réactions des internautes, on peut notamment lire : « Merci pour votre réponse » ou encore : « Cet homme sage, il doit beaucoup, que Dieu te garde JKK. »
Une photo de Joseph Kabila prise en 2014
Une recherche d’image inversée effectuée avec Google Search by Image a également permis de retracer l’origine de la photographie utilisée en couverture de l’audio. L’image apparaît dans un article publié par France 24 le 8 décembre 2014 (archivé ici), consacré notamment à la situation politique en RDC sous Joseph Kabila, dans le contexte du remaniement gouvernemental et des tensions avec l’opposition.
La légende de la photographie précise : « Le président Joseph Kabila lors du sommet États-Unis - Afrique en juin 2014. Jim Watson, AFP ». Cette image, prise en juin 2014, est donc antérieure de plusieurs années à l’audio viral et a été utilisée pour illustrer le contenu diffusé sur TikTok.
Un audio généré par intelligence artificielle
Eleza Fact a d'abord tenté de joindre des proches de Joseph Kabila, sans succès. Toutefois, à l’écoute, plusieurs indices peuvent laisser penser que l’enregistrement a été généré ou manipulé à l’aide de l’intelligence artificielle. La voix attribuée à Joseph Kabila présente un timbre relativement monocorde, avec peu de variations d’intonation et d’émotion. On remarque également une absence quasi totale de respirations, de souffles ou de bruits de bouche entre les phrases. Les pauses entre certaines propositions paraissent par ailleurs très régulières. Le passage de la troisième personne (« Joseph Kabila n’est pas là pour répondre… ») à la première personne (« Comme je l’ai toujours dit… », « Je n’ai signé aucun accord… ») constitue également un élément suspect.
Trois outils de détection de contenus générés par intelligence artificielle ont ensuite confirmé ces observations. UncovAI a attribué à l’audio une probabilité de 83 % d’avoir été généré par intelligence artificielle.

Résultats des analyses de UncovAI capturés par Eleza Fact
IsFake.ai, de son côté, l’a estimée à 85 %.

Résultats des analyses de ISFAKE capturés par Eleza Fact
Enfin, Hive Moderation a attribué à l’enregistrement une probabilité de 98,3 % d’avoir été généré par intelligence artificielle.

Résultats des analyses de Hive Moderation capturés par Eleza Fact
Des prises de parole récentes qui ne correspondent pas à l’audio viral
Les dernières prises de parole publiques et documentées de Joseph Kabila permettent de mettre en doute l’authenticité de l’audio viral. Dans son interview accordée à La Libre Belgique, enregistrée le 20 mars 2026 et publiée le 23 mars, il s’est notamment exprimé sur la situation politique et sécuritaire du pays, la révision de la Constitution et ses relations avec Félix Tshisekedi. Il y déclarait notamment : « Quelle Constitution ? Pour Kinshasa, elle n’existe pas », avant de mettre en garde contre une « soudanisation » de la crise congolaise.
Sa déclaration publique suivante, le 11 juin 2026, était un message solennel adressé au peuple congolais et consacré principalement à la révision de la Constitution. Kabila y dénonçait ce qu’il qualifiait de « forfaiture manifeste » et appelait à un « sursaut national » en invoquant l’article 64 de la Constitution. Ces deux prises de parole, intervenues quelques mois avant la publication de l’audio viral le 21 juin, sont largement documentées et ne contiennent pas les propos qui lui sont attribués dans la vidéo, notamment l’affirmation selon laquelle il aurait « laissé le pays dans ses propres limites » ou qu’il n’aurait « signé aucun accord avec le Rwanda pour raffiner l’or de la RDC ».
Aucun média crédible n’a relayé ces propos
En tant que figure importante de la politique congolaise, une sortie médiatique de cette nature, impliquant Joseph Kabila, aurait vraisemblablement suscité une large couverture médiatique, aussi bien dans les médias nationaux que internationaux. De tels propos auraient également alimenté le débat public et l’actualité politique en RDC. Pourtant, nos recherches n’ont permis d’identifier aucun média crédible ayant documenté, rapporté ou relayé cette prétendue interview.
Conclusion
Plusieurs éléments permettent de mettre en doute l’authenticité de l’audio attribué à Joseph Kabila. Les dernières prises de parole publiques documentées de l’ancien président ne correspondent pas aux propos qui lui sont attribués dans cette vidéo. Les analyses effectuées par plusieurs outils de détection d’IA indiquent également une forte probabilité de génération artificielle de l’enregistrement. Par ailleurs, aucun média crédible n’a documenté ni relayé cette prétendue interview.
Avant de partager un contenu de ce type, vérifiez son origine, recherchez la source originale et confrontez les propos aux déclarations publiques et aux sources médiatiques fiables.
