Contexte
L’est de la République démocratique du Congo (RDC) reste confronté à une situation sécuritaire tendue, marquée par des affrontements armés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Ces violences affectent les populations civiles et alimentent les inquiétudes sur l’évolution du conflit dans la région. Dans ce contexte, les informations relatives aux activités militaires et au renforcement des effectifs de l’armée suscitent une attention particulière.
Le 22 octobre 2026, un communiqué attribué aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) a commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Le document annonçait le lancement, à Kinshasa, d’une campagne spéciale de recrutement visant les étudiants âgés de 18 à 28 ans, présentée comme un moyen de renforcer les effectifs de l’armée dans le cadre de la lutte contre les groupes rebelles. Il faisait également état d’une formation hybride destinée aux candidats concernés.
Cette annonce a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Certains internautes se sont indignés à l’idée de voir des étudiants abandonner leurs études pour intégrer l’armée, tandis que d’autres ont questionné les conditions de rémunération et appelé les autorités à faire enrôler leurs propres enfants.
Pour vérifier l’authenticité du document, Eleza Fact a contacté le Service de communication et d’information des FARDC ainsi que le ministère de la Communication et des Médias. Les interlocuteurs sollicités ont démenti l’annonce, précisant que les FARDC n’avaient pas lancé cette campagne spéciale de recrutement d’étudiants.
Ce qui circule
Le 23 octobre 2026, Eleza Fact a repéré une publication présentant ce communiqué sur une page Facebook intitulée « État-major général des FARDC ». La publication a été supprimée quelques minutes après sa mise en ligne.
Le même jour, le journaliste Steve Wembi a relayé l’annonce sur son compte X, affirmant : « RDC : les FARDC recrutent des étudiants âgés de 18 à 28 ans pour renforcer les effectifs de l’armée ».
Au 25 octobre, cette publication a enregistré 41 600 vues, 51 partages et 358 commentaires.
Parmi les réactions d’internautes, certains ont dénoncé : « Quand ils volent des millions, c'est pour le bonheur des leurs familles,lorsque la guerre vient,ce sont les enfants des autres qu'on veut envoyer à la boucherie », a commenté un internaute. Un autre a écrit : « De la chaire à canon, ils seront envoyés au hachoir. » D’autres se sont interrogés sur les conséquences d’une telle mesure pour l’éducation : « C'est une façon de banaliser l'éducation des nos enfants ? Que ces jeunes arrêtent leurs études pour intégrer l'armée ?? Peut-on dire enfin que l'enseignement universitaire n'a plus sa raison d'être en RDC ?? »
La page Facebook Parlement des Etudiants RDC ( environ 298 000 abonnés) a également publié cette annonce le 24 octobre. Dans son message, elle affirme : « Les FARDC annoncent le recrutement volontaire d’étudiants âgés de 18 à 28 ans, des universités publiques et privées pour renforcer leurs effectifs et lutter contre la rébellion. Les modalités d’inscription et de sélection seront communiquées ultérieurement par les voies officielles.»
Au 27 octobre, la publication a totalisé 605 mentions “j’aime”, 274 commentaires et 3 partages.
Le démenti officiel des FARDC et du gouvernement
Pour vérifier l’authenticité de ce communiqué, Eleza Fact a contacté le Service de communication et d’information des FARDC ainsi que le ministère de la Communication et des Médias.
Interrogé sur l’origine et l’authenticité du document publié sur la page Facebook « État-major général des FARDC », Prince Lukeka, conseiller au cabinet du ministère de la Communication et Médias, a répondu : « Infox ».
Il a précisé : « L’Etat-Major Général n’a aucune page certifiée. Seul le Service de Communication et d’Information des Forces Armées dispose un site Internet et des pages certifiés. »(sic)
De son côté, le lieutenant-colonel Guillaume Ndjike Kaiko, commandant adjoint chargé de l’administration et de la logistique au sein des FARDC et ancien porte-parole du gouverneur du Nord-Kivu, a également réfuté l’authenticité du document, le qualifiant de « fake ». Il a transmis à la rédaction un démenti signé par le porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge. Ce même communiqué a également été transmis à Eleza Fact par Prince Lukeka.
Dans ce communiqué, les FARDC alertent l’opinion publique sur la circulation du document présenté comme une annonce officielle de recrutement :
« Les Forces Armées de la République Démocratique du Congo alertent l'opinion sur la circulation dans les réseaux sociaux d'un communiqué rendu public le 22 octobre 2026 avec l'en-tête, le cachet et la signature non conformes et sans lien avec les communications du Porte-parole des Forces Armées. Ce document qui fait allusion au recrutement dans l'armée des étudiants en pleine formation dans les Universités est une fausse information délibérément diffusée par un individu malintentionné, non seulement pour semer la confusion dans les esprits, mais aussi dans le but de nuire à la crédibilité de l'Armée. »
Le communiqué précise également les modalités de recrutement au sein de l’armée congolaise : « Les recrutements des spécialistes au sein des Forces Armées de la RDC se font sur titre, et les postulants doivent passer par le Concours National obligatoire qui, d'ailleurs, venait d'avoir lieu le mois passé. Les Forces Armées de la République Démocratique du Congo exhortent la population à ne pas prendre ce communiqué au sérieux. »

Communiqué du démenti envoyé à Eleza Fact par Prince Lukeka et Guillaume Ndjike
Ce démenti officiel contredit donc l’annonce diffusée sur les réseaux sociaux concernant une campagne spéciale de recrutement d’étudiants âgés de 18 à 28 ans, présentée comme ayant été lancée le 22 octobre 2026 à Kinshasa.
Mise en contexte: Un vrai concours national a eu lieu en septembre
La fausse annonce d’un recrutement au sein des FARDC intervient alors que l’armée congolaise a effectivement organisé un concours national d’accès aux écoles militaires en septembre dernier.
Le 29 août 2026, le média Bunia Actualité a rapporté que le Commandement général des écoles militaires avait annoncé l’organisation du Concours national d’accès aux écoles militaires (CoNat 26) les 5 et 6 septembre 2026. Les épreuves devaient se dérouler dans 33 centres à travers le pays et concernaient des candidats civils et militaires inscrits aux différentes filières de formation.
À Beni, dans le Nord-Kivu, les épreuves écrites étaient prévues au camp Chico Tshitambo, à Mambangu, selon une annonce du porte-parole du secteur opérationnel Sokola 1 Grand Nord, relayée par l’Agence congolaise de presse (ACP) le 4 septembre . Seuls les candidats dont les noms figuraient sur les listes officielles étaient autorisés à participer.
Le 7 septembre, l’ACP a indiqué que 693 jeunes avaient participé au concours dans quatre centres de l’espace Grand Bandundu : Kikwit, Bandundu, Kenge et Inongo. Parmi eux figuraient 66 filles, 52 militaires et trois policiers. Les candidats concouraient pour intégrer différentes structures de formation, dont l’Académie militaire, les écoles de santé, d’administration, de logistique et de renseignement.
Verdict
Les FARDC n’ont pas lancé de campagne spéciale de recrutement d’étudiants âgés de 18 à 28 ans. Les vérifications menées par Eleza Fact auprès du ministère de la Communication et Médias et du porte-parole du gouverneur du Nord-Kivu, ainsi que le démenti signé par le porte-parole des FARDC, établissent que le document comporte des éléments non conformes aux communications officielles de l’armée.
Les FARDC rappellent que le recrutement des spécialistes se fait sur titre et que les postulants doivent passer par le concours national obligatoire. Elles invitent la population à ne pas prendre ce faux communiqué au sérieux.
Une publication diffusée sur une page portant le nom d’une institution officielle n’est pas nécessairement authentique. Avant de partager une annonce de recrutement, vérifiez qu’elle provient des canaux officiels de l’institution concernée et recherchez d’éventuels démentis auprès de sources autorisées. En cas de doute, abstenez-vous de relayer l’information.
