Contexte
Le 20 juin 2026, à l'issue de son Assemblée plénière extraordinaire tenue au Centre interdiocésain de Kinshasa, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a publié une déclaration (archivé ici) dans laquelle elle réaffirme son opposition à toute initiative visant à modifier ou à changer la Constitution de la République démocratique du Congo. Les évêques catholiques estiment que le contexte actuel du pays ne se prête pas à une telle réforme et appellent les autorités à privilégier la cohésion nationale, le respect de l'État de droit et la résolution des défis sécuritaires et socio-économiques.
Cette prise de position a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, où plusieurs publications ont tenté de présenter des soutiens ou des oppositions supposés au sein de l'Église catholique. C'est dans ce contexte qu'un communiqué attribué à une prétendue « Commission des jeunes catholiques de la République démocratique du Congo » a commencé à circuler massivement. Le document affirme que la jeunesse catholique se désolidarise de la position de la CENCO et soutient le projet de changement de la Constitution.
Face à la viralité de ce document et aux interrogations qu'il a suscitées quant à son authenticité, Eleza Fact a procédé à une vérification approfondie en analysant le document, en sollicitant les responsables des structures officielles de l'Église catholique concernées, en tentant de contacter les auteurs présumés du communiqué et en recourant à plusieurs outils d'analyse numérique. Résultat : le document est inauthentique.
Communiqué viral
Le communiqué largement diffusé sur les réseaux sociaux, en ligne dans ce cas sur la page Facebook de l’internaute Patrick Lokala, est écrit en noir sur un arrière-plan jaunâtre. Le commentaire qui accompagne ce document déclare : « En contradiction de la position de la CENCO, la Commission des jeunes catholiques de la RDC dit oui au changement de la Constitution ».
Dans le contenu de ce document, les six signataires déclarent que la position des évêques n’engage en rien les chrétiens catholiques. « Nous tenons à préciser que cette prise de position n'engage nullement l'Église catholique dans son entièreté. Elle représente l'opinion d'une frange de la hiérarchie ecclésiastique qui, malheureusement, semble avoir été influencée par des intérêts économiques, personnels et des pressions diverses. Plusieurs signatures apposées sur cette déclaration l'ont été sous la contrainte et non par conviction propre et libre. Cette décision ne respecte pas l'intelligence et la liberté des chrétiens catholiques », écrivent les signataires.

Communiqué attribué à la jeunesse catholique, largement diffusé sur les réseaux sociaux
Le communiqué devient très viral en moins de 24 heures. Plus de 1700 mentions « j’aime », plus de 2300 commentaires et plus de 150 partages ce 22 juin. Ils sont nombreux ces internautes qui doutent carrément de l’authenticité de ce document.
« Cette structure n'existe pas dans l'Eglise catholique romaine. Peut-être celle de mupompa ou de Kabeya kamwanga », lâche ce premier. Cet autre renchérit : « Moi ce qui me retient ici en premier lieu la date et en second lieu les noms signataires de cette lettre ». « Qui est le président de cette commission fantôme ? Signé par : kadiamba (Kasaï), Mavinga (Kasaï), Tshibangu (Kasaï), Lukusa ( Kasaï) et Kalonji (Kasaï)… Quelqu'un peut m'expliquer ça s'il vous plaît ? », s’interroge ce troisième.
Faux document, faux contenu
L’analyse qu’Eleza Fact fait de ce document commence par la remise en question de l’existence même de la structure signataire de ce document. Pour ce faire, nous avons joint les responsables de la Commission Episcopale pour les Communications Sociales (CECOS). L’abbé Guy Masieta, le secrétaire, nie carrément l’existence d’une structure dénommée Commission des Jeunes Catholiques de la République Démocratique du Congo.
« Bonjour. Ce document n’est pas authentique. C’est une pure manipulation de l’opinion. La commission des jeunes au niveau national a son siège à la CENCO. Et quand elle émet un communiqué c'est avec le logo de la CENCO. Les noms qui figurent sur ce communiqué nous sont inconnus. Merci d’éclairer l’opinion », précise l’abbé Guy Masieta, secrétaire de la CECOS (Commission Épiscopale pour les Communications Sociales).
Cette précision corrobore les explications des coordonnateurs diocésains. Nous avons, pour ce faire, interrogé Mandela Kaputu, Conseiller principal de l’Union de la Jeunesse Catholique (UJC) dans le diocèse de Butembo-Beni et Coordonnateur honoraire de la même structure. Ce cadre précise qu’aucune réunion n’a été tenue dans ce sens et aucune décision visant à contrecarrer les Évêques n'a été prise.
« Pour que nos rapports arrivent à Kinshasa, cela passe par notre Evêché. Mais dire que nous allons agir, nous, comme UJC, cette structure n’existe pas au niveau national. Mais également, celui que nous considérons comme aumônier national, c’est l’aumônier de Kinshasa. Or, jusque-là, il n’y a pas encore eu de réunion au cours de laquelle les jeunes ont pris une quelconque décision dans ce sens, non… Je suis dans le groupe de tous les coordo dans notre pays. Ça fait débat aussi », fixe-t-il.
De manière générale, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), par le biais de ses responsables pour les Communications Sociales ci-haut cités, reconnaît les jeunes tels que Titi Mavula et Chris Ekoko dans l’accompagnement des jeunes au niveau de la Capitale de la République démocratique du Congo. Dans notre démarche de vérification et de validation des précisions à notre disposition, nous avons tenté de joindre les signataires du communiqué attribué à la jeunesse congolaise, via leur numéro communiqué à la fin du document (0999 849 823). Nos messages reçus dans ce sens et les relances que nous avons faites n’ont servi à rien. Aucun feedback.
Un communiqué façonné par l’IA
Dans la même procédure de vérification, nous avons mis en contribution trois outils devant nous aider à comprendre comment ce communiqué a été réalisé. Il s’agit de : Undetectable IA, TruthScan et Sightengine, des outils spécialisés dans la détection des contenus générés par Intelligence artificielle.
Le premier, Undetectable IA, affiche le verdict dans le bandeau supérieur rouge, indiquant explicitement : « This image is likely created by AI » (Cette image a probablement été créée par une IA). L'outil attribue un score de seulement 14% Real, ce qui signifie qu'il y a 86 % de chances que le document contienne des éléments numériques non conformes à un document authentique.

Résultat obtenu après test via l’outil de vérification Undetectable IA. Capture faite par Eleza Fact
Le deuxième outil, TruthScan, classe quant à lui formellement le document dans la catégorie « Synthetic » avec une mention « AI Generated Classification ». L’évaluation quantitative indique un taux de 86% AI Probability (Probabilité d'IA). Ce qui renforce la certitude que des motifs génératifs ou des altérations logicielles profondes sont présents dans le communiqué.

Résultat obtenu après test via l’outil de vérification TruthScan. Capture faite par Eleza Fact
Le troisième outil, Sightengine, conclut que le document est « probablement généré par IA » avec un taux global de 99%. Dans l'analyse, l'algorithme pointe une forte corrélation (à hauteur de 81%) avec les caractéristiques associées aux technologies de type GPT pour l'agencement, et classe l'indice GenAI (Intelligence Artificielle Générative) à 99%.

Résultat obtenu après test via l’outil de vérification Sightengine. Capture faite par Eleza Fact
Conclusion
Les vérifications menées par Eleza Fact montrent que le communiqué attribué à une prétendue « Commission des jeunes catholiques de la République démocratique du Congo » n'est pas authentique. Les responsables de la Commission Épiscopale pour les Communications Sociales (CECOS) de la CENCO confirment que cette structure n'existe pas au niveau national et que le document ne provient d'aucun organe officiel de l'Église catholique. Les coordonnateurs de l'Union de la Jeunesse Catholique (UJC) consultés indiquent également qu'aucune réunion ni aucune prise de position de cette nature n'ont eu lieu.
Par ailleurs, les tentatives de joindre les signataires mentionnés dans le communiqué sont restées sans réponse. Enfin, les analyses réalisées à l'aide de plusieurs outils de détection de contenus générés par intelligence artificielle révèlent une forte probabilité que le document ait été produit ou fortement altéré par des technologies d'IA.
Aux propagateurs des faux contenus, il convient de comprendre que fabriquer de contrefaçons ne fait que ruiner définitivement votre propre crédibilité face aux faits. Aux consommateurs, ne cédez pas au piège de la viralité et de l'émotion ; prenez toujours le temps de scruter la cohérence des dates, des logos, et de croiser les sources avec les déclarations des responsables officiels avant de relayer une information.
