Contexte
Le débat sur le changement de la Constitution demeure l’un des principaux sujets de l’actualité politique en République démocratique du Congo. Portée par l’Union sacrée de la Nation, cette initiative suscite de vives réactions au sein de la classe politique et de la société civile. Le mercredi 3 juin, l’opposition a notamment organisé une manifestation à Kinshasa pour s’opposer à ce projet, qu’elle considère comme une stratégie visant à prolonger le maintien au pouvoir des dirigeants actuels.
Dans ce contexte marqué par une forte polarisation des opinions, plusieurs personnalités politiques, publiques et religieuses se sont exprimées sur la question. Plus récemment, une prédication du pasteur Moïse Mbiye en mai 2025 a relancé le débat sur l’implication des leaders religieux dans les affaires politiques du pays.
C’est dans ce climat qu’Eleza Fact a identifié une publication diffusée sur Facebook le 31 mai 2026. Celle-ci partage un prétendu communiqué attribué à la mairie de Lubumbashi, affirmant que le maire aurait exigé des pasteurs de la ville qu’ils orientent leurs prédications et leurs enseignements autour du projet de changement de la Constitution.
Pour vérifier cette affirmation, Eleza Fact a d'abord contacté un confrère journaliste basé à Lubumbashi grâce à qui il a eu l’avis de la mairie de Lubumbashi. Nous avons ensuite recueilli les témoignages de plusieurs responsables religieux et pasteurs de la ville, qui ont formellement démenti l'existence d'une telle instruction.
Enfin, nous avons soumis le prétendu communiqué à l'outil d'analyse numérique Fake Image Detector afin d'évaluer son authenticité. Résultats : ce communiqué est un faux.
Contenu du communiqué
L’allégation est contenue dans une publication Facebook mise en ligne le 31 mai 2026 par la page CONGO BLEU, suivie par plus de 116 000 abonnés. La publication est accompagnée d’un document portant le logo officiel de la mairie de Lubumbashi et présenté comme un communiqué officiel.
Dans le document on peut lire :
« COMMUNIQUE N° 013/BUR-MAIRIE/VILLE/L'SHI/2026
LA MAIRIE DE LUBUMBASHI INFORME TOUS LES RESPONSABLES DES EGLISES ET COMMUNAUTES RELIGIEUSES DE LA VILLE QU'IL LEUR EST DEMANDE, A PARTIR DE CE JOUR, D'ORIENTER LEURS PREDICATIONS ET ENSEIGNEMENTS SUR LA QUESTION DU CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION.
CETTE MESURE S'INSCRIT DANS LE CADRE DE LA SENSIBILISATION DE LA POPULATION AUX REFORMES INSTITUTIONNELLES EN COURS ET A LA CONSOLIDATION DE L'UNITE NATIONALE.
PAR CONSEQUENT, TOUT RESPONSABLE RELIGIEUX QUI REFUSERAIT DE SE CONFORMER A CETTE ORIENTATION S'EXPOSERAIT A DES SANCTIONS ADMINISTRATIVES POUVANT ALLER JUSQU'A LA FERMETURE DE SON EGLISE OU LIEU DE CULTE.
LA MAIRIE INVITE TOUS LES PASTEURS ET SERVITEURS DE DIEU A FAIRE PREUVE DE RESPONSABILITE ET DE COLLABORATION POUR L'INTERET SUPERIEUR DE LA NATION.
FAIT A LUBUMBASHI, LE 29 MAI 2026
LE MAIRE A.I DE LA VILLE
TUNDA KAZADI JOYCE »
Le document est daté du 29 mai 2026 et attribué au maire intérimaire de la ville de Lubumbashi, identifié comme « Tunda Kazadi Joyce ».
Pour renforcer cette affirmation, la page a accompagné le document du message suivant : « #Lubumbashi : Le maire de la ville de Lubumbashi exige aux pasteurs d'orienter leurs prédications et enseignements sur la question du changement de la Constitution. »
Au 4 juin 2026 à 10h29, la publication comptabilisait 126 mentions « J’aime », un partage et une centaine de commentaires. Plusieurs internautes ont réagi à cette prétendue décision. Parmi les commentaires visibles figurent notamment : « L'Église du Congo est devenue un parti politique. » ou encore : « Maintenant, où sont les passages bibliques ? »
Ces réactions témoignent du crédit accordé à cette publication auprès des utilisateurs des réseaux sociaux.
Le démenti de la mairie de Lubumbashi
Pour commencer, Eleza Fact a contacté Obed Visangi, confrère journaliste basé à Lubumbashi. Ce dernier nous a assuré que le document en circulation est un faux et nous a transmis le démenti officiel de la maire intérimaire de la ville de Lubumbashi, Joyce Tunda Kazadi, concernant l'authenticité du prétendu communiqué largement relayé sur les réseaux sociaux.
Selon lui, une mise au point a été adressée à la presse par le directeur de la communication de la mairie, Smith Masumba, qui a catégoriquement rejeté le document en question en ce termes : « Ce document qui circule sur la toile est un chiffon monté de toutes pièces, sans foi ni loi, dans le but de troubler la paix et la cohésion sociale qui règnent entre les communautés religieuses et les institutions de l'État ».
Les pasteurs de Lubumbashi démentent formellement ces allégations
Eleza Fact a aussi sollicité certains pasteurs et responsables religieux exerçant dans la ville de Lubumbashi.
Le Révérend Pasteur Dieu Merci Ngangisa, responsable de la paroisse CBCA Hewa Bora à Lubumbashi, Contacté par Eleza Fact , a catégoriquement démenti l'existence d'une telle instruction. « C'est une fausse information. Je n'ai reçu aucune notification à ce sujet et, à ma connaissance, les autres pasteurs ou responsables religieux n'en ont pas reçu non plus », a-t-il déclaré.
Joint aussi par Eleza Fact, Thanks Kingos Kighoma, prédicateur à l'église Porte des Cieux de Lubumbashi, a également rejeté cette affirmation. « Nous n'avons pas encore entendu parler d'une telle mesure ici à Lubumbashi. D'ailleurs, c'est vous qui venez de m'en informer », a-t-il confié.
Un document modifier par ordinateur
Enfin, afin de compléter notre vérification, nous avons soumis le prétendu communiqué à l'outil d'analyse d'images Fake Image Detector spécialisé dans la détection d'éventuelles manipulations numériques, de modifications graphiques ou de contenus générés artificiellement.
Les résultats de l'analyse ELA (Error Level Analysis) indiquent que le document présente des signes de modification numérique. Selon l'outil, l'image analysée semble avoir été générée ou altérée par ordinateur, avec une probabilité estimée à 80 %.

Résultats des analyses effectuées par ELeza Fact via Fake Image Detector
L'analyse ELA permet d'examiner les niveaux de compression d'une image afin d'identifier d'éventuelles incohérences entre ses différentes zones. Lorsqu'un document a été modifié après sa création par exemple par l'ajout de texte, de signatures, de logos ou d'autres éléments graphiques, certaines parties peuvent présenter des niveaux de compression différents du reste de l'image, ce qui peut constituer un indice de manipulation.
D'ailleurs, plusieurs éléments graphiques et administratifs distinguent le communiqué viral d’un communiqué authentique de la mairie de Lubumbashi. D’abord, la signature figurant au bas du document contesté ne présente pas les caractéristiques d’une signature manuscrite réalisée au stylo ; elle apparaît plutôt comme une signature numérique intégrée à la mise en page. De même, la date du « 29 mai 2026 » et le numéro du document semblent avoir été ajoutés informatiquement, alors que sur le communiqué authentique, le numéro du document est inscrit manuellement sur un modèle pré imprimé et la date y est directement écrite à la machine. Ensuite, le cachet utilisé sur le document viral ne correspond pas à celui figurant sur les communications authentiques de la mairie de Lubumbashi. Par ailleurs, la formulation de la qualité de l’autorité signataire diffère. Le document autentique mentionne clairement « Le Maire AI de Lubumbashi », tandis que le document contesté utilise l’expression « Le Maire ai de la Ville », qui ne correspond pas à l’intitulé observé sur les communiqués officiels consultés. Enfin, une incohérence chronologique apparaît dans la numérotation du document : le communiqué porte la référence « .../2025 » alors qu’il est censé avoir été signé en 2026. Pris ensemble, ces éléments constituent autant d’indices laissant confirmer que le document viral n’a pas été produit selon les standards habituels de l’administration municipale de Lubumbashi et a été fabriqué ou modifié numériquement.

Exemples d'un communiqué officiel authentique de la mairie de lubumbashi téléchérgée par Eleza Fact
Bref
Le communiqué affirmant que le maire de Lubumbashi a demandé aux pasteurs d'orienter leurs prédications sur le changement de la Constitution est fausse. Les responsables religieux contactés par Eleza Fact ainsi que la mairie de Lubumbashi ont formellement démenti l'existence d'une telle mesure. En outre, l'analyse du document révèle de forts indices de modification numérique, confirmant qu'il ne s'agit pas d'un communiqué authentique.
Avant de partager un document présenté comme un communiqué officiel, il est important de vérifier sa provenance, de consulter les canaux de communication officiels des institutions concernées et de recouper l'information auprès de sources fiables et crédibles.
Edité par Joël ALIMASI
