Contexte
L’AFC/M23 maintient ses positions dans plusieurs régions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans un climat où les discussions politiques et diplomatiques tentent de faire émerger un accord de paix durable dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans ce contexte déjà marqué par de fortes tensions, une confusion circule sur les réseaux sociaux autour de certaines images attribuées aux forces armées congolaises et aux groupes d’autodéfense communément appelés Wazalendo. Une image montrant des militaires et des corps sans vie emballés dans des sacs a largement circulé sur Facebook le 1ᵉʳ août. Elle a été présentée comme une preuve de l’arrivée des FARDC et Wazalendo à Kamanyola.
Après vérification via Google Lens, l’équipe d’Eleza Fact a démontré que cette photographie n’avait rien à voir avec l’actualité récente : elle remonte à 2023 et provient d’Oïcha, une localité du territoire de Beni.
Légende partagée
L’image a été diffusée par l’internaute Esthar Namegabe Furaha dans le groupe Facebook Bunagana News, un espace de discussion qui réunit aujourd’hui plus de 78 000 membres et où circulent régulièrement des informations liées à l’actualité sécuritaire de l’Est congolais. « Et voilà les wazalendos et les FARDC bien arrivée c matin à KAMANYOLA » (sans correction), indique la légende.
Ce message a rencontré un large écho : au 9 août, la publication avait accumulé plus d’une centaine de réactions et suscité une trentaine de commentaires. La grande majorité des internautes semblait adhérer au récit présenté, certains exprimant même un sentiment de réjouissance face à ce qu’ils pensaient être un déploiement militaire victorieux.
Une image prise en 2023 à Oïcha
Dans le cadre de sa vérification, Eleza Fact a établi que cette image n’avait aucun lien avec Kamanyola mais était liée à un massacre perpétré par les ADF dans la ville d’Oïcha, chef-lieu du territoire de Beni, au Nord-Kivu.
La photographie a été prise le 24 octobre 2023 par Marc Maro Fimbo et publiée le même jour par Radio Okapi dans un article relatant les tueries survenues la nuit précédente. Le bilan faisait état de 26 victimes, dont sept membres d’une même famille. Le cliché documentait le moment où de jeunes habitants, choqués par l’ampleur du massacre, avaient aligné les corps devant le bureau de l’administrateur du territoire avant leur transfert à la morgue de l’hôpital général d’Oïcha.
La même image a été reprise dans un article du média gabonais Dworaczek-Bendome, confirmant les informations rapportées par Radio Okapi et illustrant une fois de plus l’horreur vécue par les populations locales. Par la suite, Radio Okapi a réutilisé ce visuel dans d’autres publications en 2023 et 2024, toujours accompagné d’une légende identique précisant : « Des jeunes ont entassé les corps des personnes tuées à Oicha devant le bureau de l’administrateur du territoire de Beni le 24/10/2023. Ph Marc Maro Fimbo », ce qui confirme l’authenticité et la provenance de la photo.
Enfin, plusieurs autres médias et plateformes d’information en ligne, dont 26Inter.com, Une.cd, 7sur7.cd ou encore le blog Fatshimetrie, ont également utilisé cette même image dans des articles portant sur les massacres attribués aux ADF dans le Nord-Kivu et en Ituri. Ces multiples recoupements démontrent que le cliché est régulièrement utilisé dans des contextes de sensibilisation et de dénonciation, mais aussi parfois détourné pour alimenter de fausses informations.
Conclusion
L’image circulant comme preuve de l’arrivée des FARDC et des Wazalendo à Kamanyola le 1er août est utilisée hors contexte. Elle a en réalité été prise à Oïcha le 24 octobre 2023 lors d’un massacre perpétré par les ADF la nuit du jour précédent.
Cette vérification met en évidence l’importance cruciale de distinguer entre information vérifiée et rumeur amplifiée sur les réseaux sociaux. Dans un contexte sécuritaire déjà tendu, où chaque image peut influencer la perception des communautés et alimenter des tensions, la vigilance et la vérification restent les meilleurs remparts contre la désinformation.
Édité par Daniel Makeke