Contexte
Le mouvement politico-militaire AFC/M23 a commencé son retrait de la ville d’Uvira depuis fin décembre 2025, soit quelques semaines après en avoir pris le contrôle à la suite d’affrontements intenses dans la plaine de la Ruzizi contre les FARDC et les groupes Wazalendo. Depuis ce retrait, le gouvernement central de la République démocratique du Congo a repris progressivement le contrôle de la ville. Ce processus a d’abord été marqué par le retour des Wazalendo, puis un peu plus tard par celui du gouverneur du Sud-Kivu.
C’est dans ce contexte que nous avons identifié une publication sur Facebook datée du 5 février 2026. Celle-ci montre une photo de militaires s’apprêtant à monter dans des jeeps et a été présentée comme illustrant des éléments des FARDC à Uvira.
Cependant, Eleza Fact a soumis cette image à une recherche inversée via Google Lens. Les résultats ont révélé qu’elle a été utilisée hors contexte : elle ne montre pas des militaires des FARDC à Uvira, mais une scène capturée en Côte d’Ivoire en 2023.
Origine de la désinformation
La publication a été retrouvée dans un groupe Facebook dénommé « HABARI ZA WAZALENDU vs M23 », qui compte environ 25 000 membres. Elle y a été partagée par l’utilisateur Alain Bula, le 5 février 2026 à 18h56. Le post montre une photo de militaires armés et cagoulés s’apprêtant à monter dans des jeeps, dans un environnement ressemblant à une zone forestière. En légende, Alain Bula a affirmé : « La photo montre des soldats des FARDC dans la ville d’Uvira ».
Profitant de la forte audience du groupe, la publication a très rapidement gagné en visibilité. Au 9 février à 12h08, elle cumulait déjà plus de 1 200 mentions “J’aime”, avait suscité 22 commentaires et enregistré deux partages.
Les réactions des internautes montrent que plusieurs utilisateurs ont cru à cette affirmation. Parmi les commentaires, on peut lire par exemple : « Oui, ça c’est l’armée congolaise », « Encore le hibou national », autant de messages qui témoignent de l’adhésion d’une partie du public à cette information trompeuse.
Une image prise à Jacqueville (Côte d’ivoire) en 2023
Nous avons commencé notre vérification en soumettant l’image à l’outil Google Lens. Les résultats obtenus ne renvoient ni à la RDC en général, ni à Uvira en particulier.
Le premier résultat pertinent provient d’un article du journal français Le Monde, publié le 9 juillet 2024 (archivé ici). L’article expliquait qu’après avoir été expulsés du Niger à la demande de la junte au pouvoir, les États-Unis cherchaient à redéployer leur dispositif militaire en Côte d’Ivoire, avec l’accord d’Abidjan pour l’implantation d’une base près d’Odienné, dans le nord-ouest du pays. La description associée à l’image sur le site Le Monde précisait : « Des forces spéciales ivoiriennes participent à l’entraînement militaire annuel de lutte antidjihadiste “Flintlock”, sous commandement américain, à Jacqueville, près d’Abidjan, en mars 2023. ISSOUF SANOGO / AFP ».

Issouf Sanogo est un photojournaliste ivoirien de l’Agence France-Presse (AFP), basé à Abidjan. Il est reconnu pour documenter depuis plusieurs années les évolutions politiques, sociales et sécuritaires en Afrique à travers des reportages photographiques largement repris par les médias internationaux.
Un autre article, publié par Event News TV le 10 juillet 2024 ( archivé ici ) , a également utilisé l’image pour illustrer le redéploiement potentiel des troupes américaines en Côte d’Ivoire, après leur départ forcé du Niger. L’article précisait que ce redéploiement s’inscrit dans le cadre d’une réorganisation régionale de la présence militaire américaine en Afrique de l’Ouest, même si le gouvernement ivoirien n’a pas encore confirmé officiellement les détails. La légende de l’image y était rédigée en anglais : « Ivorian special forces take part in the annual US-led Flintlock military training organised by the International Counter-Terrorism Academy in Jacqueville, on March 14, 2023. (Photo by Issouf SANOGO / AFP)», traduite en français par : « Des forces spéciales ivoiriennes participent à l’entraînement militaire annuel « Flintlock », dirigé par les États-Unis et organisé par l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme à Jacqueville, le 14 mars 2023. (Photo : Issouf SANOGO / AFP) ».

Enfin, l’image a également été retrouvée dans un article d’Africa Press – Cameroun, daté du 11 juillet 2024 (archivé ici ). L’article rapportait que les troupes américaines, contraintes de quitter le Niger, pourraient prochainement s’installer en Côte d’Ivoire, avec la création possible d’une nouvelle base militaire près d’Odienné, dans le nord-ouest du pays. Le média a décrit l’image de la manière suivante : « Troupes américaines en Côte d’Ivoire : vers une nouvelle base militaire ? ».

Uvira ; retour progressif à la stabilité après le retrait de l’AFC/M23
La ville d’Uvira, deuxième ville du Sud-Kivu, connaît depuis début février 2026 une stabilisation progressive après des mois de tensions liées au conflit opposant les FARDC à l’AFC/M23. Les FARDC et la police nationale congolaise ont repris le contrôle de la ville et de ses environs, tandis que les autorités provinciales œuvrent à la restauration de l’ordre et des services publics. Malgré ce retour relatif à la normale, des menaces subsistent face aux milices locales.
Sur le plan social et humanitaire, plus de 25 000 retournés vivent encore dans des conditions précaires, avec des infrastructures de santé endommagées et un accès limité aux soins. L’aide humanitaire, notamment de la Croix-Rouge, continue de soutenir les familles touchées, malgré les contraintes d’insécurité.
Bref
Cette image, présentée comme montrant des soldats des FARDC à Uvira début février 2026, a été utilisée hors contexte. Les vérifications menées par Eleza Fact, notamment via Google Lens, ont montré qu’elle ne provient pas de la RDC et n’a aucun lien avec Uvira ou les forces armées congolaises. En réalité, il s’agit de photographies prises lors de l’entraînement militaire annuel “Flintlock” des forces spéciales ivoiriennes en Côte d’Ivoire en mars 2023, publiées par des médias internationaux comme Le Monde et AFP.
Il est donc essentiel de toujours vérifier l’origine, la date et le contexte des images avant de les partager ou de les considérer comme crédibles, afin d’éviter la diffusion d’informations trompeuses sur la situation à Uvira ou ailleurs.
