Contexte
La situation sécuritaire s’est aggravée cette semaine dans plusieurs zones du Nord et du Sud-Kivu. Des combats ont notamment été signalés dans des villages surplombant la cité de Minova, située à environ 50 kilomètres de Goma. Selon Radio Okapi (archivé ici), des combattants Wazalendo auraient repris plusieurs localités dans la zone d’Ufamandu et des affrontements se poursuivaient également dans le secteur de Katoyi.
C’est dans ce contexte de tensions sécuritaires que des messages concernant la situation à Goma ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, affirmant que les commerces et la circulation étaient à l’arrêt en raison de la présence des Wazalendo et de militaires des FARDC dans une ville qui serait « en feu ».
Face à cela, Eleza Fact a enquêté sur place le samedi 19 septembre 2026 en recueillant des témoignages auprès de commerçants et de motards. Il ressort de cette vérification que la fermeture des activités commerciales observée dans la matinée était liée aux travaux communautaires et non à la présence de Wazalendo ou de militaires des FARDC dans la ville.
Ce qui circule
« Le feu à Goma la présence des hiboux et wazalendo signaler dans la ville tout le maison commercial Fermée. (Sic)», affirme la publication mise en ligne dans le groupe Katanga Indépendant par Kelly Mputu le 19 septembre. Environ 5 heures après sa publication , elle obtient 31 mentions J’aime, 32 commentaires et 10 partages.
Des témoignages recueillis à Goma contredisent la rumeur
Pour vérifier cette information, Eleza Fact a recueilli des témoignages à Goma.
Fiston Materanya, commerçant au centre commercial Birere, rejette l'affirmation selon laquelle les activités commerciales auraient été paralysées. Il déclare :
« Non, c'est faux. Nous avons travaillé comme d'habitude. Vous savez très bien que le samedi nous ouvrons après 10h suite aux salongo. Les magasins étaient ouverts. »
Le constat est également confirmé par Rodrigue Bashengezi, motard, qui s'exprimait en swahili : « Bya bongo bile, chaud iko mu normal, d'ailleurs niko mu route saiyi. »
Ce qui signifie en français : « C'est une fausse information, les activités se poursuivent normalement, d'ailleurs je suis en plein boulot maintenant. »
Chaque samedi, des travaux communautaires, communément appelés « salongo », sont organisés dans les zones sous occupation de l’AFC-M23. Durant cette période, les activités commerciales et la circulation sont suspendues entre 8 heures et 10 heures, tandis que les habitants sont appelés à assurer la propreté de leurs maisons et de leurs avenues.
Après 10 h, les constats effectués sur le terrain montrent que les boutiques ont rouvert comme d'habitude. Les activités commerciales ont repris et la circulation a également continué normalement.
Aucun coup de balle n'a été entendu dans la ville. Aucun signalement de la présence de militaires des FARDC appartenant aux unités surnommées « Hiboux », ni de Wazalendo, n’a été constaté lors de cette vérification.
Les informations rapportées cette semaine par les médias sur les combats dans le territoire de Masisi, notamment dans les zones d'Ufamandu et de Katoyi, témoignent certes d'une dégradation de la situation sécuritaire dans certaines parties du Nord et du Sud-Kivu. Elles ne permettent toutefois pas d’établir un lien avec la situation observée à Goma le samedi 19 septembre.
Mise en contexte
Le fonctionnement du salongo à Goma est documenté par plusieurs médias. Agora Grands Lacs et TV5 Monde rapportent notamment que la circulation des véhicules et des motos est fortement restreinte ou interdite pendant les heures consacrées à ces travaux, afin de favoriser la participation de la population et le nettoyage des rues. Des jetons de participation sont également distribués et doivent être signés; leur absence lors des contrôles locaux peut entraîner des sanctions.
La fermeture des commerces observée le samedi 19 septembre entre 8 heures et 10 heures n'est donc pas liée à une attaque ou une présence de combattants dans la ville.
Conclusion
La fermeture temporaire des commerces à Goma le samedi matin ne confirme ni une situation de combats dans la ville, ni la présence des militaires de l'unité « Hibou » ou des Wazalendo.
L'enquête effectuée par Eleza Fact a permis de constater la réouverture des boutiques, la reprise des activités commerciales et la circulation normale. Les témoignages recueillis auprès d’un commerçant et d’un motard vont dans le même sens. La fermeture observée avant 10 h s'explique par le salongo, organisé chaque samedi durant cette tranche horaire.
Dans un contexte marqué par des combats dans certaines zones du Nord-Kivu, une information concernant une situation sécuritaire à Goma peut rapidement susciter l'inquiétude. Il est donc important de ne pas interpréter automatiquement la fermeture des commerces ou une faible circulation comme la preuve d'une attaque. Vérifier le lieu, l'heure et le contexte des faits rapportés permet d'éviter de relayer une information trompeuse.
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