Contexte
À Uvira, dans la province du Sud-Kivu, la situation sécuritaire reste fragile. Entre les FARDC et les groupes armés dits Wazalendo, des confrontations et des marches populaires se multiplient.
C’est dans ce contexte qu’est née une rumeur début septembre dernier, affirmant que le Burundi aurait retiré ses troupes de la zone, à cause de tensions avec ses alliés congolais. Eleza Fact a mené l'enquête en suivant plusieurs étapes, notamment en interrogeant directement les autorités militaires burundaises, en consultant des sources médiatiques fiables et en replaçant la présence burundaise au Sud-Kivu dans son contexte. Il en ressort que la rumeur est infondée.
Une rumeur qui circule sur les réseaux sociaux
La rumeur a d’abord pris de l’ampleur sur WhatsApp, avant d’envahir Facebook et X (ancien Twitter). Le 6 septembre, la page Jules Nyanza Kiyana a publié cette affirmation : « Uvira: Suite à la cacophonie entre les fardc et wazalendo,le Burundi retire ses troupes », recueillant 563 réactions, 269 commentaires et 24 partages au 10 septembre.
Environ 3 heures plus tard, la page Facebook Butshétshé Infos, avec plus de 81 000 abonnés et connue pour propager de fausses informations, a renforcé la diffusion du message. Le 7 septembre, un internaute nommé Marc a, lui aussi, repris la rumeur sur X, recueillant plus de 5600 vues.
Ce que disent les autorités et les médias
Pour vérifier ces allégations, Eleza Fact a contacté le général de brigade Gaspard Baratuza, porte-parole des Forces de Défense Nationale du Burundi (FNDB). Sa réponse est brève, mais claire : « C’est faux, il n’y a aucune intention [de se retirer] ».
Dans le même ordre, Patrick wasso, journaliste burundais, nous a confirmé que la rumeur sur le retrait des forces burundaises d’Uvira est fausse. « Fausse information », a-t-il brièvement affirmé.
De son côté, l’armée congolaise reste muette face à cette rumeur. Contactée par Eleza Fact, elle n’a apporté aucune suite à ce sujet.
Néanmoins, Eleza Fact a pris contact avec Moïse Bolenge, un habitant d’Uvira, qui a confié que les forces burundaises sont encore là. « Les burundais sont encore là, ils ne sont pas partis, a-t-il dit. C'est une fausse information. Ils sont encore là ».
Dans le même temps, La plateforme d’information en ligne SOS Médias Burundi (archivé ici) rapportait le 2 septembre 2025, que de lourds convois militaires burundais, lourdement armés, avaient traversé la ville de Kaburantwa, dans la région de Cibitoke, pour rejoindre la République démocratique du Congo. Ces mouvements allaient donc dans le sens d’un renforcement, et non d’un retrait. Aucun média sérieux, qu’il soit burundais, congolais ou international, n’a confirmé la thèse d’un départ des troupes burundaises.
Pourquoi le Burundi déploie ses troupes au Sud-Kivu
Depuis 2022, les troupes burundaises sont présentes à l’est de la RDC, notamment au Sud-Kivu, dans le cadre de la coopération régionale contre les groupes armés actifs dans l’est de la RDC. Leur mission principale est d’appuyer les FARDC dans la lutte pour traquer les rebelles burundais actifs dans les forêts congolaises. Avec le temps, ce mandat s’est élargi : les soldats burundais appuient désormais les FARDC face à d’autres groupes, dont le M23.
Des sources comme WeAfrica24 indiquent qu’environ 3 200 soldats ont été progressivement déployés dans l’Est de la RDC, sous les couleurs de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) . Un bataillon supplémentaire a même été envoyé en février 2025 pour renforcer les positions autour de Bukavu, face à l’avancée du M23. Parler d’un retrait sans preuve ni annonce officielle revient à alimenter la désinformation.
Conclusion
Après analyse des publications, vérification auprès du porte-parole du FNDB, prise de contact avec des habitants d’Uvira et du Burundi et consultation des médias fiables, il apparaît que le Burundi n’a pas retiré ses troupes d’Uvira. Au contraire, des renforts ont été observés au début du mois de septembre 2025. La rumeur diffusée sur WhatsApp, Facebook et X est donc fausse.
Une rumeur peut vite devenir virale, surtout en période de crise. Mais viralité ne rime pas avec vérité. Avant de partager une information, vérifiez toujours sa source et cherchez si elle est confirmée par des autorités ou des médias crédibles.
Édité par Daniel Makeke
