Contexte
Les insuffisances du Système National d’Approvisionnement en Médicaments Essentiels (SNAME) notamment les ruptures de stock, l’état dégradé des réseaux routiers, le manque de financement des structures sanitaires et l’irrégularité du subventionnement des hôpitaux, aggravés par la corruption constituent un frein majeur à l’accès régulier à des soins adéquats et à des médicaments fiables. Dans ce contexte, les établissements de santé sont souvent contraints de mobiliser eux-mêmes des ressources, tandis que les patients doivent supporter des coûts élevés pour des traitements parfois administrés par un personnel insuffisamment qualifié.
Ce contexte fragilise la confiance envers le système de santé et favorise la désinformation. Celle-ci trouve un terrain propice et encourage la méfiance des populations, comme l’illustre une publication Facebook du 5 avril 2025 affirmant à tort que l’ibuprofène et le doliprane seraient “directement” fabriqués à base de pétrole et plus nocifs qu’utiles pour la santé.
Après consultation des notices et des données scientifiques relatives à ces deux médicaments, ainsi qu’après une prise de contact avec un spécialiste en pharmacie et en santé, Eleza Fact a établi que ces affirmations sont biaisées et exagérées.
Affirmation
Dans sa publication Facebook datée du dimanche 5 avril 2026, Fabrice Boyoma affirme : « Le Doliprane et l’ibuprofène sont fabriqués à partir du pétrole : ça rend plus malade que ça ne soigne (ça détruit le foie, le fœtus), selon des études récentes. » Sa page, suivie par près de 2 000 personnes, le présente comme écrivain, juriste (avocat), enseignant (assistant à l’ESU).
Au 17 avril 2026 à 12h07, elle cumulait 9 mentions "j’aime" , générant 8 commentaires et 1 partage. Dans les commentaires, plusieurs réactions montrent que cette information a été prise au sérieux par certains internautes. Celui-ci affirme, par exemple, complaisant : « On vit des microbes, on en meurt aussi », alors que cet autre dit : « Pourquoi mourir en bonne santé ? »
Ces commentaires illustrent le fait que la publication a suscité de l’adhésion et contribué à diffuser une perception erronée auprès du public.
Avis d’un spécialiste en pharmacologie
Dans le souci de fixer l’opinion, Eleza Fact a recueilli l’avis du Dr Samuel Kule Kyolo , spécialiste en pharmacologie, enseignant-chercheur à la faculté de médecine de l’Université de Goma et responsable de la pharmacovigilance au Nord-Kivu.
Il explique : « Le Doliprane est un produit de synthèse. Cela signifie qu’il n’est pas obtenu directement à partir de la nature. Sa substance principale, le paracétamol, est également synthétisée en laboratoire à partir du para-aminophénol, un composé issu de la pétrochimie. Cependant, lorsqu’on parle de pétrole ici, il ne s’agit pas du pétrole brut tel qu’on le connaît dans les stations-service. Le pétrole brut est un mélange d’hydrocarbures, composé de carbone et d’hydrogène, à partir duquel on obtient plusieurs dérivés comme le kérosène, le diesel ou encore le mazout. »
Selon l’expert, cela ne signifie pas que le médicament est fabriqué “directement” à partir de pétrole commercialisé ou qu’il contient du pétrole en tant que tel. Le pétrole brut est d’abord transformé en plusieurs substances chimiques de base, qui sont ensuite utilisées dans des procédés industriels complexes pour produire des molécules totalement différentes, comme le Paracétamol.
Ainsi, bien que certaines étapes de fabrication puissent impliquer des dérivés issus de la pétrochimie, le produit final est une molécule pure, contrôlée et conforme aux normes pharmaceutiques.
Quant à l'ibuprofène il a aussi précisé : « L’ibuprofène est également un produit de synthèse. Il peut être obtenu à partir de composés issus de la pétrochimie, comme l’isobutylbenzène, ou parfois à partir de certaines sources végétales selon les procédés. Ces composés subissent des transformations chimiques, notamment avec des réactifs comme l’anhydride acétique, pour aboutir à la molécule finale d’ibuprofène. Comme pour le paracétamol, parler de pétrole ne signifie pas qu’on utilise du pétrole brut dans le médicament. »
Le doliprane : un antalgique et un antipyrétique
Dans le cadre de ses démarches de vérification, Eleza Fact a consulté les notices pharmaceutiques du Doliprane et a relevé les informations suivantes :
Le Doliprane est un antalgique (il soulage la douleur) et un antipyrétique (il fait baisser la fièvre). Il est utilisé pour traiter la douleur et/ou la fièvre, notamment en cas d’état grippal, de douleurs dentaires, de courbatures ou de règles douloureuses. Il peut également être prescrit dans le traitement des douleurs liées à l’arthrose.
La Doliprane 1000 mg, comprimé effervescent sécable est réservée à l’adulte et à l’enfant à partir de 50 kg (soit environ 15 ans). Pour les enfants de moins de 50 kg, il existe d’autres présentations de paracétamol avec un dosage adapté. Il est recommandé de demander conseil à un médecin ou à un pharmacien.
Composition du Doliprane 1000 mg :
Substance active : Paracétamol (1000 mg) pour un comprimé effervescent sécable.
Autres composants (excipients) : Acide citrique anhydre, mannitol, saccharine sodique, laurilsulfate de sodium, povidone K90, bicarbonate de sodium, leucine, arôme orange.
Composition de l’arôme orange : Huile essentielle d’orange, jus concentré d’orange, aldéhyde acétique, butyrate d’éthyle, citral, aldéhyde C6, linalol, terpinéol, acétate d’éthyle, butylhydroxyanisole, gomme arabique, maltodextrine.
L’ibuprofène : un antalgique, antipyrétique et anti-inflammatoire
Dans la continuité de ses vérifications, Eleza Fact s’est également intéressé à l’Ibuprofène à travers l’analyse de ses notices pharmaceutiques.
L’ibuprofène est un médicament appartenant à la classe des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Il possède trois principales propriétés : Antalgique (soulage la douleur) , Antipyrétique ( il fait baisser la fièvre) , Anti-inflammatoire (réduit l’inflammation)
Il est utilisé pour traiter diverses affections, notamment les maux de tête, les douleurs dentaires, les douleurs musculaires, les règles douloureuses, ainsi que certaines inflammations.
La substance active de ce médicament est :
Ibuprofène (dosage variable selon la présentation : 200 mg, 400 mg, etc.)
Autres composants (excipients) : Comme tout médicament, l’ibuprofène contient également des excipients qui varient selon les formes (comprimé, sirop, capsule). On y retrouve généralement : amidon, cellulose, dioxyde de silicium, stéarate de magnésium, gélatine (pour les capsules), entre autres. Ces substances servent à assurer la stabilité, la conservation et la bonne absorption du médicament par l’organisme.
L’examen des compositions pharmaceutiques de l’ibuprofène ne révèle pas la présence de pétrole en tant que substance entrant directement dans sa fabrication. Bien que certaines molécules puissent être issues de procédés industriels complexes, cela ne signifie pas que le médicament est « fabriqué à base de pétrole » au sens courant.
Le vrai danger dans la consommation de ce deux médicament
La rumeur prétend que ces médicaments "rendent plus malade qu'ils ne soignent". C'est une demi-vérité détournée :
Le foie : Le paracétamol est toxique pour le foie uniquement en cas de surdosage (plus de 3g à 4g par jour pour un adulte).
Le fœtus : L'ibuprofène est contre-indiqué dès le 6ème mois de grossesse, non pas parce qu'il contient du pétrole, mais parce qu'il peut perturber le développement circulatoire du bébé.
Le danger ne vient donc pas de la nature du médicament, mais de l'automédication et du non-respect des doses prescrites.
Le Dr Samuel, déjà cité, a d'ailleurs souligné que, même si des médicaments comme le Paracétamol ou l’Ibuprofène sont globalement sûrs et efficaces, leur utilisation doit rester encadrée et responsable. « Il ne s’agit pas d'alerter les consommateurs, mais de leur faire comprendre que tout médicament peut entraîner des effets secondaires », prévient-il, avant d'ajouter : « En cas de réaction indésirable, il est important de contacter un centre de pharmacovigilance pour un suivi approprié. Il faut également éviter l’automédication, car un médicament peut être mal conservé, inadapté à un patient ou provoquer des effets liés à des allergies ou des contre-indications. »
Conclusion
L’affirmation selon laquelle le Doliprane et l'ibuprofène seraient directement fabriqués à base de pétrole est biaisée et exagérée. Les vérifications menées par Eleza Fact, à travers l’analyse des notices pharmaceutiques et la consultation d’un expert en pharmacologie, montrent que ces médicaments sont des produits de synthèse. Leur fabrication peut impliquer des composés issus de la pétrochimie, transformés et combinés à d’autres substances chimiques pour obtenir une molécule finale sûre et contrôlée. Cela n’a donc rien à voir avec le pétrole brut tel qu’il est commercialisé ou perçu dans le langage courant, contrairement à ce que laisse entendre la publication virale.
Par ailleurs, il est essentiel de rappeler que tout médicament peut présenter des effets secondaires. D’où l’importance de vérifier les informations avant de les partager ou d’y croire et éviter l’automédication, en privilégiant toujours l’avis d’un professionnel de santé.
Note de la rédaction : En cas de doute sur un médicament, consultez toujours un médecin ou un pharmacien qualifié.
Edité par Daniel Makeke
