Contexte
Depuis quelques années, la mise en œuvre de projets de développement par le gouvernement congolais et ses partenaires techniques internationaux donne lieu à une multiplication d'offres d'emploi et d'appels à candidatures à travers toute la République démocratique du Congo. Si ces opportunités sont essentielles pour le tissu économique national, elles constituent également une porte d'entrée pour les acteurs de la désinformation qui exploitent l'espoir des citoyens.
Cette tendance se confirme avec la circulation d'une lettre d'invitation frauduleuse portant l'en-tête du Projet d'Appui au Secteur Agricole (PASA). Ce document surgit dans un contexte particulièrement sensible où la filière cacao, en pleine expansion, défraie la chronique et suscite un engouement majeur dans plusieurs agglomérations de l'est du pays, notamment au Nord-Kivu.
Face à la viralité de ce document, Eleza Fact a mené une enquête approfondie pour en vérifier la validité. Les conclusions sont sans appel : cette invitation est un faux. Entre les démentis formels de la coordination du PASA et du gouvernement congolais, ainsi que l'absence totale de traces de cette annonce dans les canaux de communication officiels, tout indique une tentative de manipulation visant les acteurs du secteur agricole.
Le document viral
Ce document se présente comme une invitation officielle datée du 1er avril 2026, émanant du Projet d’Appui au Secteur Agricole (PASA) et financée par le Fonds international de développement agricole (FIDA), adressée à la « Coopérative Alliance coopérative Beni » en République Démocratique du Congo. La lettre informe la structure qu'elle a été retenue pour participer aux activités du « Projet Cacao » dans la zone de Beni-Butembo et la convie à une séance d'orientation, à Kinshasa. Signé par un prétendu coordonnateur nommé Waly Diouf, le texte comporte les logos officiels du projet et du FIDA, tout en insistant sur l'importance de cette rencontre pour la mise en œuvre des activités agricoles.
Invitation partagée dans les réseaux sociaux présenté comme émanant du Projet d’Appui au Secteur Agricole (PASA) et financée par le FIDA
Nous avons trouvé ce document dans les plateformes numériques, dont UAC-SIC.COM, un forum whatsapp réunissant les chercheurs en communication à l'Université de l'Assomption au Congo à Butembo. 121 membres.
Capture du document partagé dans les réseaux sociaux, particulièrement UAC-SIC.COM, un forum réunissant les chercheurs en communication à l'UAC, faite par Eleza Fact
Démenti
Dans un communiqué officiel référencé N°001/PASA/2026, le PASA Nord-Kivu précise qu’il ne reconnaît nullement l’entité mentionnée dans ce document, à savoir « Projet d’Appui au Secteur Agricole (PASA) », qui ne correspond pas à sa dénomination officielle. Le projet rappelle également qu’il ne sollicite aucun paiement, contribution financière ou information personnelle en échange d’une participation à ses activités.
« Le Projet d’Appui au Secteur Agricole du Nord-Kivu (PASA-NK) informe le public, les coopératives agricoles et l’ensemble des producteurs du territoire de Beni et de la province du Nord-Kivu qu’une correspondance frauduleuse usurpant l’identité du FIDA, émise le 01 avril circule actuellement sur les réseaux sociaux. Cette fausse lettre utilise de manière abusive l’identité du projet et mentionne de prétendues activités liées au “Projet Cacao” », mentionne, dans le document, Kyalire Kamboyera Romain Laurent, Coordinateur national a.i du projet.
Et d'ajouter : « Le projet appelle ainsi la population et les organisations locales à la plus grande vigilance et invite toute personne ayant reçu un message suspect à ne pas y répondre, à ne procéder à aucun paiement, et à signaler immédiatement l’incident aux responsables du PASA-NK ou aux autorités compétentes, compte tenu des tentatives d’extorsion constatées ».
Communiqué de presse le PASA Nord-Kivu qui précise ne pas reconnaître l’entité mentionnée dans ce document
Ce démenti rejoint celui formulé par le ministère de l'Agriculture et Sécurité alimentaire de la République démocratique du Congo. Sur le mur de sa page Facebook (archivé ici), le secrétariat de ce ministère mentionne que ladite correspondance n’émane ni du PASA-NK, ni du Ministère de l’Agriculture.
« Les personnes et structures mentionnées dans ce document n’agissent pas au nom des projets officiels ; il s’agit d’une tentative d’escroquerie visant à tromper les partenaires et les acteurs du secteur agricole. Par ailleurs, il tient à rappeler que tous les projets officiels sont mis en œuvre dans le strict respect des procédures établies, avec des communications formelles et vérifiables, aucune invitation ou recrutement ne se fait en dehors des canaux institutionnels reconnus », peut-on lire sur la page Facebook (Archivé ici) du ministère, dans un post mis en ligne depuis Kinshasa, le 14 avril 2026.
Pour nous rassurer, nous avons parcouru les différents médias d’information en ligne pour comprendre l’actualité autour de PASA NK. Aucune trace crédible ne revient sur une invitation officielle datée du 1er avril 2026, émanant du Projet d’Appui au Secteur Agricole (PASA) et financée par le FIDA. Ce qui prouve en suffisance que cette information est juste fausse.
PASA Nord-Kivu, quid ?
L'objectif principal du PASA-NK est d'améliorer durablement la sécurité alimentaire et les revenus des ménages participants. Son objectif de développement est d'améliorer la productivité et la rentabilité de quatre cultures pratiquées par les petits producteurs – maïs, riz, pomme de terre et café arabica.
Comme son nom l'indique, le PASA-NK couvre la province du Nord- Kivu, plus précisément les territoires de Beni, Lubero, Rutshuru, Nyiragongo et Masisi.
Conclusion
Les preuves recueillies par Eleza Fact, croisées avec les démentis formels du Ministère de l'Agriculture et de la coordination du PASA-NK, confirment que ce document est un faux. L'usurpation de l'identité du FIDA et l'utilisation de dates symboliques comme le 1er avril trahissent une volonté manifeste de tromper les coopératives agricoles du Nord-Kivu.
Rappelons que l’accès aux projets officiels est gratuit et ne transite jamais par des circuits informels sur les réseaux sociaux. Donc, attention aux colporteurs et aux consommateurs des informations.
Edité par Daniel Makeke
