Contexte
Depuis plusieurs mois, les attaques de drones se sont intensifiées dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans le cadre du conflit opposant les FARDC à l’AFC/M23. Fin février 2026, d'après plusieurs médias crédibles, un drone attribué aux FARDC avait ciblé et éliminé certains cadres du mouvement près de Rubaya, dans le territoire de Masisi, une zone minière stratégique.
Les 10 et 11 mars 2026, de nouvelles frappes ont visé la ville de Goma, alors sous contrôle du M23. Un quartier résidentiel a été touché, causant au moins trois morts, dont une humanitaire française travaillant pour l’UNICEF, ainsi que d’importants dégâts matériels.
Dans ce contexte tendu, la désinformation liée à ce conflit ne cesse de se propager. C’est notamment le cas d’une publication diffusée sur Facebook le 5 avril 2026. Celle-ci présente une image montrant des destructions, supposément causées par une attaque à la bombe, et la décrit comme une preuve des bombardements de drones en RDC.
Cependant, Eleza Fact a soumis cette image à une recherche inversée à l’aide de Google Lens et de TinEye. Les résultats montrent que cette photo a en réalité été prise au Nigeria en 2025, lors d’une frappe visant des groupes jihadistes.
Allegation
La publication a été mise en ligne sur Facebook le 5 avril 2026, dans le groupe « L'information en direct de la guerre M23-RDF et les FARDC », par l’utilisatrice Bagalwa Sabrina.
Elle contient une photo montrant des destructions, présentées comme les conséquences d’une attaque à la bombe. Cette image est accompagnée de la légende suivante : « Impact d’un bombardement de drones en RDC ! ».
Une image prise au Nigeria en 2025
Pour vérifier l’authenticité de l’image, Eleza Fact l’a d’abord soumise à une recherche inversée via TinEye afin d’identifier d’éventuelles correspondances. Cette démarche a permis d’obtenir 65 résultats antérieurs, dont le plus pertinent renvoie à un article (archivé ici) publié en 2025.

En effet, le média en ligne France 24 a utilisé cette image pour illustrer un article mis en ligne le 27 décembre 2025. Celui-ci documente des frappes aériennes menées au Nigeria par les États-Unis, en coordination avec les autorités nigérianes, visant des groupes djihadistes affiliés à l’État islamique dans le nord-ouest du pays.
Sur son site, en description de l’image, le média précise : « Des habitants inspectent les dégâts après des frappes américaines contre des militants du groupe État islamique à Offa, dans l'État de Kwara, au Nigeria, le 26 décembre 2025. Abdullahi Dare Akogu, Reuters. »
Dans une démarche de vérification croisée, nous avons également eu recours à Google Lens afin d’identifier d’autres correspondances de l’image. Là encore, le résultat le plus pertinent nous a renvoyés vers un article du média en ligne The Guardian, publié le 8 janvier 2026 (archivé ici).
L’article explique que, deux semaines après les frappes aériennes américaines menées au Nigeria fin décembre 2025, de nombreuses interrogations subsistent quant à leur ciblage et à leur efficacité. Officiellement coordonnées avec les autorités nigérianes, ces opérations visaient un groupe islamiste nommé Lakurawa, présenté par Donald Trump comme lié à l’État islamique et responsable d’attaques contre des chrétiens.
Le média utilise également cette image pour illustrer son article, accompagnée de la légende suivante : « Très peu d’informations ont été partagées par les États-Unis ou le Nigeria concernant les frappes aériennes de Noël 2025. Photographie : Abdullahi Dare Akogun/Reuters. »
Inquiétudes et controverses autour de l'intensification des frappes de drones dans les conflits à l'est de la RDC.
Depuis janvier 2026, l’usage de drones armés s’est intensifié dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans un contexte marqué par des violations répétées du cessez-le-feu entre les différentes parties prenantes. Elles suscitent des controverses en raison de leurs conséquences, notamment des pertes civiles et des dégâts matériels.
Au Nord-Kivu, plusieurs incidents majeurs ont été rapportés. Fin février 2026, un drone aurait ciblé une zone proche de Rubaya, dans le territoire de Masisi, entraînant la mort de Willy Ngoma, porte-parole du M23, dans cette région minière stratégique. Les 10 et 11 mars 2026, des frappes ont également touché la ville de Goma, causant au moins trois décès, dont celui d’une humanitaire française de l’UNICEF.
Dans le Sud-Kivu, dès janvier 2026, des opérations de drones ont été signalées dans les localités de Mikenge et Kakenge, en territoire de Fizi. Cette escalade, survenue après les accords de Washington de décembre 2025, s’accompagne d’accusations mutuelles entre les parties, tandis que l’ONU et plusieurs acteurs internationaux appellent à la retenue et à la protection des civils.
Bref
L’image contenue dans la publication sous cet examen ne montre pas les dégâts d’une attaque de drone en République démocratique du Congo. Pour vérifier, Eleza Fact l’a soumise à une recherche inversée via TinEye et Google Lens. Les résultats obtenus ont conduit vers plusieurs correspondances, dont la plus pertinente situe l’image au Nigeria, à Offa dans l’État de Kwara. Elle illustre des destructions causées par des frappes attribuées aux États-Unis contre des groupes djihadistes liés à l’État islamique. Cette vérification montre qu’il s’agit donc d’une image sortie de son contexte et réutilisée pour illustrer à tort une situation en RDC.
Dans ce contexte, il est important de rappeler la nécessité de faire preuve de vigilance dans la consommation et le partage des informations en ligne, particulièrement en période de crise, où les contenus manipulés ou mal contextualisés peuvent facilement circuler et alimenter la désinformation.
