Contexte
Lors d’une conférence de presse tenue le mercredi 6 mai 2026, le président Félix Tshisekedi a évoqué la possibilité d’une révision de la Constitution afin, selon lui, d’adapter les institutions de la République démocratique du Congo aux réalités actuelles du pays. Il s’est dit favorable à toute réflexion portant sur une éventuelle réforme constitutionnelle, y compris par voie référendaire. Selon son camp politique, certaines dispositions de la Constitution de 2006 limiteraient l’efficacité de l’État face aux défis sécuritaires, politiques et institutionnels.
Cette déclaration a alimenté un important débat entre la majorité au pouvoir et l’opposition. Les partisans d’une révision estiment qu’elle pourrait contribuer à renforcer la gouvernance et à améliorer le fonctionnement des institutions. De leur côté, l’opposition ainsi qu’une partie de la société civile craignent qu’une telle initiative n’entraîne un renforcement des pouvoirs du président et une manœuvre visant à s’éterniser au pouvoir. La question de la révision constitutionnelle s’est ainsi imposée comme un sujet central du débat politique congolais.
Dans ce contexte, une image présentée sur les réseaux sociaux comme montrant une manifestation de jeunes opposés à un supposé troisième mandat du chef de l’État a largement circulé en ligne. Face à l’ampleur de cette publication, Eleza Fact a procédé à une vérification à l’aide de l’outil de recherche inversée d’images Google Lens. Les résultats montrent que l’image a été sortie de son contexte : elle représente en réalité une manifestation anti-MONUSCO organisée à Goma en juillet 2022, et non une manifestation liée à une éventuelle révision constitutionnelle.
Image et allégation
L’image que nous vérifions a été mise en ligne le 12 mai 2026 dans un groupe Facebook nommé « RDC info direct », qui a plus de 43 000 membres. En accompagnement de l’image, l’utilisateur affirme, sans ambiguïté : « La photo montre une manifestation contre le 3eme mandat de Félix Tshisekedi en RDC ».
Cette publication a suscité plusieurs interactions, dont plus de 570 commentaires, 1555 mentions "j'aime " et 16 partages en seulement un jour.
Des commentaires ont fusé beaucoup plus dans le sens de nier cette information, affirmant qu’il s’agissait d’une fausse information. C est le cas de celui-ci qui écrit : « ce sont des anciennes images » et l’autre ajoute : « voilà la manipulation mensongère à ciel ouvert, au Congo il y aura plus de manifestation, l’opposition n’existe plus tous les opposants ont montré leur position… »
Une manifestation anti-MONUSCO à Goma en juillet 2022
Dans sa démarche de vérification, Eleza Fact a lancé une vérification via Google Lens et a découvert que l’image montre les manifestations anti-Monusco à Goma en juillet 2022, dans un article du média BBC Afrique (archivé ici). Ces manifestations avaient été déclenchées par la frustration populaire face à l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC et l’inefficacité perçue de la mission onusienne. Les manifestants exigeaient leur départ pour cause d’inaction contre les groupes armés.
Une autre correspondance nous ramène à un article publié le 22 juillet 2022, du média le journal africa (archivé ici), intitulé : « Des morts lors de manifestations contre les installations de la Monusco à Goma. Les rassemblements ont dégénéré, en saccage et en pillage des locaux de la mission des Nations unies. Ce mardi 26 juillet 2022, les autorités congolaises déplorent cinq morts et une cinquantaine de blessés… ».
Pour compléter ces éléments, un autre article du média RFI (archivé ici), également publié le 30 juillet 2022, utilise la même image en illustration. On peut y lire : « Manifestations anti-Monusco en RDC : Félix Tshisekedi dénonce une campagne de désinformation. Le chef de l’État s’est exprimé pour la première fois samedi 30 juillet 2022 sur les manifestations anti-Monusco qui ont été organisées cette semaine à Goma, Butembo et Uvira et dans lesquelles une dizaine de personnes, dont des civils et des membres du personnel militaire et policier de la mission onusienne ont été tués ».
Par ailleurs, aucun média, ni national ni international, n’a relayé à ce jour d’information faisant état d’une prétendue manifestation contre la révision constitutionnelle, ce qui remet en cause la crédibilité de cette affirmation.
La contestation des opposants face à la réforme constitutionnelle
La réforme constitutionnelle proposée en République Démocratique du Congo suscite une forte contestation de la part des opposants politiques et de plusieurs organisations de la société civile (archivé ici). Ceux-ci considèrent que la modification de la constitution pourrait fragiliser la démocratie et remettre en cause certaines garanties prévues par la loi fondamentale du pays.
L’une des principales inquiétudes de l’opposition concerne la limitation des mandats présidentiels, les opposants craignant que la révision de certains articles ouvre la voie à un troisième mandat au président Félix Tshisekedi. Pour eux, l’article 220 de la constitution (archivé ici), qui protège notamment la limitation du nombre de mandats, ne doit pas être modifié. Par ailleurs, l’opposition (archivé ici) estime que la réforme constitutionnelle n’est pas une priorité dans le contexte actuel marqué par l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC, les difficultés économiques et les problèmes sociaux. Selon plusieurs leaders politiques (archivé ici), le gouvernement devrait d’abord se concentrer sur le rétablissement de la paix et l’amélioration des conditions de vie de la population.
Face à cette situation, des déclarations publiques, conférences de presse et appels à la mobilisation ont été organisés par certains opposants, parmi lesquels Martin Fayulu (archivé ici), qui a fait un point de presse afin de dénoncer ce projet de réforme.
Bref
L’image prétendant montrer une manifestation contre le troisième mandat du président est trompeuse. Après une recherche via Google Lens, les résultats montrent que l’image est utilisée hors de son contexte, s’agissant plutôt des manifestations anti-Monusco à Goma en juillet 2022 et non d’une récente manifestation sur la révision constitutionnelle.
Comme toujours, face à la circulation rapide des contenus viraux, notamment en période de tensions politiques, il est essentiel de faire preuve de prudence, de vérifier les sources et de croiser les informations avant de les partager, afin de limiter la propagation de la désinformation.
