Contexte
Des informations pointant la Véranda Mutsanga d'avoir lancé à Butembo des journées "ville sans police de roulage" circulent sur les réseaux sociaux, dont Facebook. Le 14 mai dernier, des internautes parlaient, sur leurs pages, d'une action initiée après le suicide d'un conducteur devant le bureau de la Police, quelques jours avant.
Contenu de l'infox
« Butembo : après l’incident de Baba Dany qui s’est immolé devant le bureau de la police, la Véranda Mutsanga a lancé des journées ville sans police de roulage », peut-on lire sur la page Facebook de Georges Kisando, qui a fait appel à 43 mentions « j'aime » et 3 commentaires, ce 20 mai.
La même publication démontre que par cet acte, le groupe de pression exige notamment le remplacement du commandant de la Police de circulation routière (PCR) et de son adjoint, le dédommagement de la famille du défunt qui s'est immolé en raison des tracasseries puis la traduction en justice des responsables des tracasseries et la fin des abus de pouvoir de la police de roulage.
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Vérification et démenti
Au début de notre recherche indépendante, nous avons visité le site web officiel de la Véranda Mutsanga pour vérifier la véracité de cette information. Nous nous sommes alors rendu compte que ce mouvement citoyen n’a encore rien publié pour lancer une quelconque opération « Ville sans police de roulage ».
D’ailleurs, sur le site web en question, la dernier publication date du 7 avril et revient sur la nécessité, pour la communauté, d’intensifier des actions de mobilisation et de conscientisation communautaire pour l’autoprise en charge face à la menace sécuritaire qui gagne du terrain dans le Nord-Kivu.
Ensuite, Eleza Fact a contacté le coordonnateur de la Véranda Mutsanga pour sa version de faits consécutive à cette information divulguée dans les réseaux sociaux. Katembo Akilimali Léonce rejette tout et annonce plutôt l’envoi d’une lettre à l'Auditeur Général pour lui demander une poursuite judiciaire contre le Commandant de la PCR.
« Nous avons exprimé notre mécontentement sans pour autant préciser la nature des actions qui suivraient. Rien d'action unilatérale n'a été défini car nous sommes en réflexion en synergie avec les autres groupes de pressions et mouvements citoyens de Butembo », précise-t-il. Et d’ajouter : « La première action a été posée le jeudi dernier lors de la conférence de presse où nous rendions publique la lettre à l'Auditeur Général de demande d'une enquête et poursuite judiciaire contre le Commandant PCR sur les circonstances de la mort de Jeannot et pour des éventuels infractions y liées ».
Aussi, lors d’une rencontre tenue à Butembo mardi 22 mai, les mouvements citoyens et groupes de pression évoqués ont plutôt décidé de descendre dans la rue jeudi 23 mai pour exiger l’interpellation du chef de la PCR et celui des renseignements.
En fin, nous avons été dans les rues de Butembo, 3 jours successifs depuis le 20 mai dernier, et nous avons constaté la présence des policiers de roulage dans plusieurs points chauds de la ville de Butembo. Triste histoire d’un suicide Le conducteur Mumbere Muhindo Jean s’est immolé le samedi 11 mai dernier au bureau de la Police de circulation routière (PCR) Butembo.
Tout part de son arrestation par les agents de la PCR. Ces derniers venaient de retenir contre cet assujetti les infractions de défauts d’assurance, la carte rose et la vignette, ce qui valait une amende de 300.000 FC. La victime, selon la Police, avait reconnu le fait et avait même promis de régulariser avant sa sortie des enceintes de la PCR-Butembo. Curieusement, il est revenu avec du carburant qu’il s’est aspergé avant de s’immoler devant les agents de la PCR, à en croire les groupes de pression. Il a succombé de ses blessures à l’hôpital Matanda.
En gros
Le groupe de presse « Véranda Mutsanga » n'a pas lancé de journées "ville sans police de roulage" à Butembo. A part notre constat sur terrain, la confirmation du coordonnateur Léonce Akilimali, Eleza Fact a constaté que le groupe de pression n’a rien communiqué au sujet de cette question sur son site web. Les informations qui circulent sur les réseaux sociaux sont donc fausses.
Ecrit par Visesa Louangel
Édité par Daniel Makeke et Esdras
(Cet article a été écrit à l’aide du financement de Free Press Unlimited dans le cadre du projet : Accès à l’information fiable pendant l’état de siège en provinces du Nord-Kivu et Ituri)