Contexte
Une information selon laquelle le Mouvement du 23 mars a lancé un satellite dans l’espace circule sur Facebook depuis août 2024. À en croire l’internaute à la base de cette rumeur, le satellite en question permet au mouvement rebelle, actif au Nord-Kivu depuis plus de deux ans maintenant, de contrôler l’espace aérien congolais. Cependant, nos recherches via Google Search et Lens ont prouvé que les satellites qui font le tour des réseaux sociaux sont plutôt sénégalais.
La rumeur
« Alerte Info : le mouvement M23/RDF vient de lancer un satellite sur le sol congolais, lui donnant un contrôle accru de l'espace aérien congolais », déclare Sarah Bolomia sur le mur de sa page Facebook.
Visiblement, sans comprendre le contenu de la publication, un internaute mentionne (sans correction) en commentaire : « Ce bien se propriété et pour nous a tende bien taux vous n'allez plus parler de cette marionnette de m23 sataniques qui tue ce frère soyez prêts ». Avant cet internaute, un autre qui croyait à cette information venait de jeter les fleurs au M23 : « Ils ont d'argent, notre gouvernement peut l'installer aussi »(sans correction).
Photos sorties du contexte
En effet, toutes les photos présentées avec des satellites attribués au M23 n’ont aucun lien avec la RDC. Grâce à une recherche d'image inversée via Google, nous avons constaté que ces images ont été prises en photos dans les pays étrangers. Ce résultat corrobore la précision du M23 qui ne reconnaît pas ces outils.
Nous avons lancé notre recherche en plaçant la première image dans le moteur de recherche du site des développeurs web de Shutterstock. Cette plate-forme américaine qui vend les images, a été fondée par Jon Oringer et est dirigée par Paul Hennessy. Shutterstock aide les designers graphiques inspirés, directeurs créatifs, éditeurs vidéo, réalisateurs de films, développeurs web et autres professionnels créateurs en fournissant divers contenus aux entreprises, agences de marketing et sociétés de média du monde entier. Ce site officiel reconnaît les propriétés de cette image et nous génère directement plus de 70 autres images similaires.

Capture du résultat des recherches sur le site shutterstock
Grâce à une recherche d'image inversée via Google, nous avons constaté que l’image a été récupérée par plusieurs sites pour illustrer plusieurs articles déjà depuis 2021. Déjà le 31 janvier 2021, le site La Libre Eco reprend l’image pour illustrer les investissements du gouvernement fédéral Belge dans les programmes de l'Agence spatiale européenne (Esa). Dans un autre article publié près d'un mois après, le site web PAPERJAM reprend l'image pour montrer comment HLD Europe, un groupe d'investissement entrepreneurial européen, protège la technologie européenne.
La deuxième image présente, en effet, une équipe d'ingénieurs et techniciens qui ont conçu et fabriqué le premier satellite sénégalais au centre spatial universitaire de Montpellier en France. Une recherche indépendante qu’Eleza Fact a effectuée via Google Lens renvoie vers le site Sene Web, qui présente un article où le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Mesri), Moussa Baldé, a réceptionné ce premier satellite du Sénégal, le Gaindesat. Radio France Internationale, RFI, a d’ailleurs réalisé un reportage dans ce sens, dans lequel il explique le processus ayant abouti à la mise en place de ce satellite.

Reportage de la RFI sur le lancement du satellite dont les images ont été reprises dans l'infox
Toutes ces précisions rejoignent la réaction du mouvement du 23 mars, à la question qu’Eleza Fact a posée, ce 28 décembre. Le porte-parole du M23, Willy Ngoma, joint via messagerie whatsapp, note que ces satellites n’appartiennent pas à son mouvement. “Faux”, répond-il brièvement à notre question posée pour savoir si ces satellites appartiennent au M23 comme le disent les utilisateurs de Facebook.
Aucun satellite ne survole jusque-là l’espace aérien Congolais
Des chercheurs et spécialistes ont démontré que ces dernières années, le coût de lancement d’un satellite a considérablement diminué. En octobre dernier, Kwaku Sumah, fondateur et directeur général de Space Hubs Africa, un cabinet de conseil spatial, a expliqué à BBC que cette réduction des coûts a ouvert le marché et offert aux pays africains la possibilité de s’impliquer dans le secteur, ces dernières années.
Un reportage publié par Afrique Info en fin d’année 2024 fait remarquer qu’au total, 17 pays africains ont envoyé plus de 60 satellites en orbite dans l’espace, entre autres L'Afrique du Sud, l'Égypte, l'Algérie, le Nigéria, le Maroc, l'Éthiopie, le Sénégal, le Djibouti, la Tunisie, le Soudan, le Rwanda, le Kenya, l'île Maurice, le Ghana, l'Angola, le Zimbabwe et l’Ouganda. Rien au sujet de la RDC, puisque jusqu’ici, l’espace aérien congolais ne connaît aucun survol de satellite. En effet, le ministre de la Recherche scientifique et innovation technologique, Gilbert Kabanda, a annoncé, mardi 10 décembre au Sénat, qu’une procédure d'acquisition d'un satellite propre à la République démocratique du Congo est en cours.
Kwaku Suma démontre qu’il y a près de 50 ans, un satellite coûtait plusieurs milliards de dollars alors qu’aujourd’hui, il peut facilement coûter 700 mille dollars. Avec le lancement du premier satellite sénégalais, le 16 août, le pays explique qu’en Afrique, les satellites sont encore conçus en partenariat avec des entreprises et universités occidentales, faute d’infrastructures proprement locales.
Bref
Après nos recherches effectuées grâce aux outils de vérification et les précisions fournies par le M23, nous constatons qu’aucun satellite de ce mouvement n’a été déployé dans l'espace pour contrôler le sol congolais. En effet, la publication des rumeurs du genre risque de briser les efforts visant à restaurer la paix et la sécurité dans l’est de la RDC. Il est donc nécessaire de se rassurer de l’authenticité des informations avant de les colporter.
Edité par Joel Kitambala
