Contexte
Alors que l’AFC/M23 poursuit son avancée dans le Sud-Kivu en direction de la ville stratégique d’Uvira, les combats se concentrent actuellement dans la plaine de la Ruzizi , notamment à Kamanyola et Katogota .
Dans ce contexte, une publication virale sur X (anciennement Twitter) affirme que plusieurs combattants du M23/AFC auraient été arrêtés à Uvira par les FARDC et des miliciens wazalendo. Mais une analyse minutieuse faite par Eleza Fact sur l'image accompagnant cette publication révèle qu'elle est sortie de son contexte original.
Allégations recueillies
La publication, postée par le compte Yoshi Nengwe sur sa page X le 13 mai, affirme : « Plusieurs M23/AFC ont été maîtrisés par les FARDC et wazalendos à Uvira... félicitations au Gouverneur militaire... » 8 jours plus tard, cette publication a enregistré plus de 110 vues et 3 commentaires.
L'image remonte à 2021 et ne montre pas des rebelles du M23
L’image en question montre plusieurs dizaines de jeunes hommes, torse nu, assis au sol, les mains sur la tête, en présence de militaires. Cette photographie n’a rien à voir avec les affrontements actuels entre FARDC et M23.
Une recherche d’image inversée faite par Eleza Fact via l’outil Google Images a permis de remonter à la source de cette image…
Elle provient d’un article de Radio Okapi publié le 9 mars 2022 (archivé ici), qui reprend une image d’archives datée de juin 2021 prise par la photographe Irène Mboma. À l’époque, elle documentait l’arrestation de 50 jeunes kulunas (délinquants urbains) à Kikwit, dans la province du Kwilu. Ces individus avaient été transférés à Kaniama-Kasese pour y suivre un programme de rééducation dans le cadre de l’opération « Kinkokoto ya mbuta » ou « la grappe du grand » en français, menée par les forces de l’ordre congolaises.

Capture d’écran de l’article de Radio Okapi
Le média Congo Quotidien , quant à lui, avait utilisé cette image dans un article (archivé ici) daté du 17 septembre 2024, comme illustration de l'arrestation d'une dizaine de présumés bandits armés dans le quartier Plateau Boyoma, commune Makiso, à Kisangani. Cette arrestation aurait eu lieu grâce à la collaboration entre la population et la police nationale congolaise.
Les affrontements ne concernent pas directement la ville d'Uvira
À ce stade, la ville d'Uvira n’a pas encore été atteinte par les forces du M23, selon les informations disponibles. Aux dernières nouvelles (archivé ici), les combats opposant les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par des groupes d’autodéfense locaux dits wazalendo, au M23/AFC, se déroulent principalement dans les zones de Kamanyola et Katogota (archivé ici), situées dans le territoire de Walungu et d’Uvira, en province du Sud-Kivu.
Par ailleurs, aucune communication officielle des autorités militaires ni aucune source d’information indépendante ou organisation de presse reconnue n’a rapporté l’arrestation de combattants du M23 à Uvira.
Il convient également de préciser que le Sud-Kivu ne fait pas partie des provinces placées sous état de siège. Contrairement à l’Ituri ou au Nord-Kivu, cette province est administrée par une autorité civile. Le gouverneur en fonction est Jean-Jacques Purusi Sadiki (archivé ici), et non un gouverneur militaire comme le suggère la publication.
Enfin, nous avons tenté de contacter l’officier chargé des opérations militaires dans la province du Sud-Kivu afin de confirmer ou d’infirmer ces allégations. Nos démarches n’ont pas encore abouti au moment de la publication de cet article.
Conclusion
L’enquête menée par Eleza Fact démontre que la publication prétendant l’arrestation de combattants du M23 à Uvira repose sur une image sortie de son contexte. Grâce à une recherche inversée d’image via Google Images, nous avons retracé l’origine de la photo jusqu’à un article de Radio Okapi de mars 2022, illustrant en réalité l’arrestation de jeunes délinquants (kulunas) à Kikwit en juin 2021. Nous avons également recoupé les informations sur le terrain, à ce jour, aucune preuve fiable ni déclaration officielle ne vient confirmer la présence du M23 à Uvira ou l’arrestation de ses combattants dans cette ville.
Face à la multiplication de fausses informations en période de conflit, il est essentiel de vérifier l'origine des images et des déclarations avant de les relayer.
