Contexte
Dans un contexte marqué par la dégradation de la situation sécuritaire en République démocratique du Congo, l’aéroport international de Aéroport international de Bangboka, situé à Kisangani, a été visé à plusieurs reprises par des attaques de drones kamikazes équipés de sous-munitions (archivé ici). Ces frappes, attribuées (archivé ici) par les autorités congolaises à l’armée rwandaise et l’AFC/M23, témoignent de l’extension du conflit vers des infrastructures stratégiques éloignées des principales zones de combat (archivé ici).
Comme souvent dans les périodes de forte tension en RDC, ce contexte favorise également la circulation de contenus trompeurs sur les réseaux sociaux. Parmi eux, une image montrant des militaires célébrant debout sur des jeeps a largement été partagée en ligne. Les publications associées affirment qu’il s’agirait de soldats des Forces armées de la RDC (FARDC) déployés à Kisangani après les récentes attaques de drones.
Afin de vérifier l’authenticité de cette image, Eleza Fact a procédé à une recherche inversée à l’aide de Google Lens. Les résultats obtenus montrent que l’image ne représente pas des militaires congolais à Kisangani. Elle remonte en réalité à 2015 et montre des soldats de l’armée tchadienne déployés au Nigeria dans le cadre d’opérations militaires contre le groupe armé Boko Haram.
Source de l’infox
Publié le 11 mai 2026 sur la page Facebook nommée « Politique de la RDC », comptant plus de 50 membres, ce cliché a récolté 3 mentions « j’aime » et 5 partages quatre jours après. La page affirme, avec l’image jointe : « Les soldats congolais à Kisangani ».
Une image de l’armée tchadienne provenant du Nigeria
Pour lancer notre démarche de vérification, nous avons fait une recherche inversée via Google Lens. Les correspondances nous renvoient toutes au Nigéria. Cette image montre des soldats tchadiens déployés dans le cadre des opérations régionales menées contre Boko Haram autour de la frontière entre le Nigeria, le Cameroun et le Tchad en 2015. Plusieurs médias internationaux sont revenus sur cette opération avec cette photographie en illustration dans la zone de Gamboru et Fotokol.

La première correspondance vient du média France 24 (archivé ici) dans un article consacré aux combats menés par les armées tchadienne et camerounaise contre Boko Haram près de Gamboru, au Nigeria. Il rapporte notamment les combats survenus dans les localités de Fotokol et Gamboru, où les forces tchadiennes ont mené une offensive contre les combattants islamistes. La légende mentionne : « Des soldats tchadiens réunis le 1er février à proximité de la ville nigérianne de Gamboru AFP ».
D’autres médias internationaux ont également utilisé cette image ou des clichés issus de la même séquence photographique pour traiter de l’engagement militaire du Tchad contre Boko Haram. Parmi eux figurent La Croix (archivé ici), qui évoquait l’hommage rendu par l’ONU à l’intervention tchadienne au Nigeria , il évoque également les offensives menées dans la ville de Gamboru et les efforts régionaux coordonnés depuis Yaoundé.
De son côté, le média La Presse (archivé ici), un journal d’information généraliste d’origine canadienne basé au Canada, en a parlé. Mis à jour le 5 février 2015, l’article intitulé « La guerre contre Boko Haram prend une ampleur régionale » traite de l’intensification des opérations militaires contre Boko Haram dans la région du lac Tchad. Le texte détaille notamment l’intervention des forces tchadiennes au Nigeria, les combats à Fotokol et Gamboru, ainsi que la mobilisation du Niger, du Cameroun et du Tchad face à la menace jihadiste.
Ces différentes publications concordent sur le contexte général de l’image : une mobilisation militaire régionale contre Boko Haram au début de l’année 2015 dans la zone frontalière entre le Nigeria et le Cameroun.
Différence vestimentaire notable
Sur le plan vestimentaire, l’armée tchadienne et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) se distinguent principalement par l’adaptation de leurs uniformes à leurs environnements d’opération.


L’armée tchadienne utilise généralement des tenues de camouflage dans des tons sablés, beiges ou désertiques, adaptés aux conditions sahéliennes et aux zones arides du Sahel. À l’inverse, les FARDC portent plus souvent des uniformes de camouflage vert ou forestier, en cohérence avec l’environnement tropical et forestier de la RDC.
On observe également que les soldats tchadiens déployés en opération régionale ont parfois des équipements plus légers et homogènes, tandis que les FARDC présentent une plus grande diversité d’uniformes et d’équipements selon les unités, les régions et les dotations disponibles.
Ces différences visuelles peuvent ainsi aider à identifier le contexte géographique d’une image et éviter des confusions lors de la vérification de son authenticité.
Conclusion
Cette vérification montre que l’image partagée sur Facebook ne représente pas des soldats des FARDC à Kisangani, mais plutôt des soldats tchadiens engagés dans des opérations militaires au Nigeria contre Boko Haram en 2015. Ce cas illustre une nouvelle fois la circulation de contenus sortis de leur contexte sur les réseaux sociaux, pouvant induire le public en erreur sur des événements sensibles.
Voilà pourquoi il est important de vérifier systématiquement la source, le contexte et la date d’une image avant de la partager, en croisant les informations avec des médias fiables ou des outils de vérification.
