Contexte
À la suite de la levée de son immunité parlementaire par l’Assemblée nationale, Constant Mutamba, alors ministre d’État en charge de la Justice, a présenté sa démission au président de la République le 17 juin 2025. Il est visé par une enquête pour le détournement présumé de près de 19 millions USD destinés à la construction d’une prison à Kisangani.
Dans ce contexte, plusieurs publications largement partagées sur Facebook, TikTok et WhatsApp affirment que le président Félix Tshisekedi aurait refusé cette démission, maintenant Constant Mutamba dans ses fonctions et désavouant ainsi ses adversaires politiques. Eleza Fact a enquêté : cette affirmation ne repose sur aucune preuve vérifiable.
Allégations
« Enfin le Président de la République Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshisekedi, Chef de l’Etat garant de la nation et du bon fonctionnement des institutions, magistrats et juge suprême de la RDC, Commandant des FARDC et de la PNC, tranche en faveur de Me Constant Mutamba. Il a refuser la démission du Ministre d’Etat Ministre de la Justice et garde des sceaux qui va désormais rester à son fauteuille. Un très bonne correction aux politiciens véreux et aux vrais détourneurs des derniers public. Il reste au soit disant procureur de la cours suprême de la Justice de ce rassurer si ce retour imminent ne va pas aussi le déstabiliser », (sans correction sur le texte), indique le texte accompagnant la vidéo d’une minute partagée massivement sur WhatsApp où on voit une foule des jeunes courir dans la rue en scandant : « miyibi boyebela Mutamba azongi », ce qui se traduit par : « voleurs, faites attention, Mutamba est de retour ».
La même vidéo a été partagée le 19 juin sur Tiktok par l’utilisateur José Kangulu. Elle a recueilli, au 24 juin, plus de 29 000 mentions “j’aime”, 1 507 commentaires et 3 447 partages.
Aucune trace officielle d’un prétendu refus
Eleza Fact a consulté le site officiel de la Présidence, le compte X de la Présidence, celui de la porte-parole Tina Salama et les journaux officiels disponibles entre le 17 et le 24 juin 2025. Aucune note, ordonnance ni déclaration n’indique que la démission aurait été rejetée. Aucun décret présidentiel ne mentionne non plus un retour de Constant Mutamba au gouvernement.
Par ailleurs, Eleza Fact a sollicité une confirmation officielle auprès de Tina Salama, la porte-parole de la Présidence, via messagerie Whatsapp; sa réponse sera intégrée dès réception.
Ce que dit la Constitution
L'article 166 de la Constitution de la RDC est clair : « Les membres du Gouvernement mis en accusation présentent leur démission ».
Cette obligation constitutionnelle s’applique automatiquement dès qu’un ministre est mis en cause par l’Assemblée nationale, comme c’est le cas ici. Le chef de l’État ne dispose d’aucun pouvoir légal pour bloquer ou annuler cette démission sans violer la loi fondamentale.
Les médias de référence confirment l’acceptation de la démission
Le 18 juin, le média américain Associated Press rapporte que le ministre « a démissionné après l’ouverture d’une enquête pour détournement » et que le Président « a accepté sa décision » . Le même jour, Radio Okapi précise, en citant des sources proches du Palais de la Nation, que le Chef de l’État « a pris acte » de la démission. Le 24 juin, le quotidien Le Potentiel publie un article, confirmant que la présidence de la République a officiellement pris acte de la démission du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Constant Mutamba et charge la Première ministre d’assurer la continuité du service public. Aucune de ces sources fiables n’évoque un quelconque revirement.
Aucun document officiel ne soutient la rumeur
Certaines publications sur les réseaux sociaux évoquent une lettre supposément émise par la Présidence et datée du 19 juin 2025. Ce document, présenté comme une réponse du chef de l’État, actant la démission de Constant Mutamba, contient une coquille manifeste sur la date — mentionnant « 18 juin 2018 » au lieu de 2025. Bien qu’elle ait été reprise par le quotidien Le Potentiel et relayée par plusieurs comptes X de journalistes, notamment celui d’Ebale Mozindo (lien archivé), nous ne l'avons retrouvée sur aucun canal officiel de la Présidence, tels que le site internet, le Journal officiel ou le compte X institutionnel.
À ce jour, son authenticité n’a pas été confirmée par une source institutionnelle. Eleza Fact choisit donc de ne pas l’intégrer dans son analyse comme preuve, dans un souci de rigueur méthodologique. Si son authenticité est ultérieurement établie, son contenu sera examiné et intégré dans une mise à jour de l’article.
Situation actuelle
Depuis le 20 juin dernier, l’intérim du ministère de la Justice est assuré par le vice-ministre Samuel Mbemba Kabuya, comme le confirme le site officiel du ministère de la Justice. La procédure judiciaire visant l’ancien ministre se poursuit dans le cadre des recommandations adoptées par l’Assemblée nationale.
Verdict
L’affirmation selon laquelle le Président Félix Tshisekedi aurait refusé la démission de Constant Mutamba est fausse, elle viole l’article 166 de la Constitution, ne s’appuie sur aucun acte officiel et est contredite par les médias de référence, ainsi que par les procédures en cours. Toutes les preuves disponibles montrent que la démission a été actée et que le ministère de la Justice est désormais dirigé par intérim.
La propagation de fausses informations sur des sujets aussi sensibles nuit à la confiance dans les institutions et peut attiser des tensions inutiles. Il est essentiel de vérifier la fiabilité des sources avant de relayer des allégations susceptibles de désinformer l’opinion publique.
Édité par Daniel Makeke
