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    Accueil » Politique » Deepfake : non, Joseph Kabila n’a pas menacé de diviser la RDC en deux en cas de révision constitutionnelle
    Politique

    Deepfake : non, Joseph Kabila n’a pas menacé de diviser la RDC en deux en cas de révision constitutionnelle

    Redaction Centrale Par Redaction Centrale June 30, 2026 Mise à jour: June 30, 2026 7 min read
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    Contexte

    L’opposition congolaise a organisé, le 3 juin, une journée de mobilisation contre le projet de révision de la Constitution, à l’appel de la Coalition Article 64 (C64), qui réunit plusieurs partis et figures de l’opposition. Cette action, organisée sous la forme d’une « ville morte » à Kinshasa et dans plusieurs autres villes du pays, visait notamment à protester contre le projet de réforme de la Loi fondamentale porté par la majorité présidentielle, ainsi que contre la proposition de loi Ngondankoy relative à l’organisation du référendum. Dans ce climat politique particulièrement tendu, une vidéo attribuée à l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a commencé à circuler sur les réseaux sociaux. On y voit ce dernier s’adresser à la presse en annonçant que la République démocratique du Congo serait divisée en deux si une révision constitutionnelle venait à être engagée. Cette déclaration, largement relayée, a rapidement suscité de nombreuses réactions parmi les internautes.

    Eleza Fact a procédé à la vérification de cette vidéo en combinant plusieurs méthodes d’analyse. Après avoir effectué une recherche inversée afin d’identifier la séquence originale, nous avons soumis la bande sonore et la vidéo aux outils spécialisés InVID WeVerify, Hive Moderation et DeepFake-O-Meter. Les résultats obtenus montrent que les images proviennent d'une ancienne intervention publique de Joseph Kabila, mais que la voix a été remplacée par un contenu généré à l’aide de l’intelligence artificielle. La vidéo diffusée sur les réseaux sociaux est donc un deepfake et ne fait aucunement référence au débat actuel sur la révision constitutionnelle.

    Vidéo publiée

    La vidéo a été publiée sur TikTok par le compte « patrick_malu », un utilisateur qui compte plus de 91 000 abonnés et qui partage régulièrement des contenus consacrés à l’actualité politique, sécuritaire et sociale en République démocratique du Congo. En raison de son importante audience, les publications de ce compte bénéficient généralement d'une forte visibilité auprès des internautes.

    « Interview de Joseph Kabila si on change la constitution la RDC seront divisé par 2 parties » (Sans correction orthographique du texte), indique la légende inscrite sur la vidéo.

    Dans la vidéo, nous pouvons entendre le président honoraire de la RDC déclarer : « Merci Patrick Malu pour le temps que vous m'accordez sur votre plateau, si Monsieur Félix Tshisekedi envisageait de changer la constitution de ce pays, cela risquerait de diviser notre la République Démocratique du Congo en deux parties, provoquant des tensions internes. Il est essentiel de maintenir l'unité pour garantir un avenir stable et prospère. Pourtant, les pays ne sont plus comme dans mon époque, je vous assure que je vais revenir très fort et très efficace. Je vous remercie » (Sans correction orthographique du texte).

    Publiée le 20 juin, cette vidéo a rapidement connu une importante diffusion sur TikTok. Au 28 juin, elle totalisait déjà plus de 218 000 vues, plus de 9 000 mentions « J’aime » ainsi que plus de 800 partages, illustrant la rapidité avec laquelle un contenu manipulé peut devenir viral lorsqu'il traite d'un sujet politique sensible.

    Parmi les plus de 300 commentaires recueillis sous la publication, une grande majorité d'internautes semblent avoir considéré cette déclaration comme authentique. Plusieurs réactions s'en prennent directement à Joseph Kabila, preuve que la manipulation a convaincu une partie du public. C’est notamment le cas d’un utilisateur qui écrit : « tu vas revenir pour faire quoi encore? les pays à été détruits par toi ». Un autre réagit : « On va changer la constitution tu fera rien ».

    Une vidéo de mars 2025 modifiée

    Eleza Fact a d'abord entrepris de contacter le service de communication de Joseph Kabila afin d'obtenir une réaction officielle concernant cette vidéo et les propos qui lui sont attribués. Malgré plusieurs tentatives, aucune réponse ne nous est parvenue avant la publication de cet article.

    En l'absence de réaction officielle, nous avons poursuivi notre vérification en effectuant une recherche inversée de la vidéo via Google Images. Les résultats obtenus ont permis de retrouver la séquence originale, tournée en mars 2025. Celle-ci a été publiée pour la première fois le 18 mars 2025 sur la chaîne YouTube de la télévision publique sud-africaine SABC News (archivé ici). Les images montrent Joseph Kabila à Johannesburg, à l'issue d'une rencontre avec l'ancien président sud-africain Thabo Mbeki, au cours de laquelle il s'exprimait devant la presse au sujet de la situation sécuritaire dans l'est de la République démocratique du Congo après la prise de Goma par le M23. À cette période, le débat sur une éventuelle révision de la Constitution n'avait pas encore émergé dans le paysage politique congolais, ce qui exclut tout lien entre cette intervention et les événements actuels.

    Radio Okapi est également revenue sur cette rencontre dans un article publié le 19 mars 2025 en reprenant les déclarations effectivement prononcées par Joseph Kabila lors de cette conférence de presse (archivé ici). « La solution que nous avions adoptée en 2002-2003, parce qu'à l'époque, nous devions également faire face au même type de situation, à savoir une multitude de forces armées, divers groupes armés. Aujourd'hui, ce qui est nouveau, c'est qu'il y a des mercenaires qui ont été recrutés par le gouvernement. À l'époque, nous avons demandé à chacune de ces armées étrangères de partir et c'est ce qui, à mon avis, directement ou indirectement, a facilité le processus de paix qui a démarré immédiatement après », a déclaré Joseph Kabila à SABC News le 18 mars 2025 à Johannesburg. Ces propos authentiques ne contiennent aucune référence à une éventuelle division de la RDC ni à une révision constitutionnelle.

    La même scène apparaît également sur une photographie publiée par Reuters le 18 mars 2025 à 18 h 37 GMT+2. Le cliché montre Joseph Kabila s'exprimant devant plusieurs journalistes à la Fondation Thabo Mbeki, à Johannesburg (archivé ici). La légende de Reuters précise : « L'ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, fait des gestes lors d'un point de presse, à la suite d'entretiens avec l'ancien président de l'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, à la Fondation Thabo Mbeki à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 18 mars 2025. REUTERS/Siphiwe Sibeko ». Cette photographie constitue un élément supplémentaire confirmant que la séquence vidéo a bien été tournée en Afrique du Sud, plusieurs mois avant le débat actuel sur la révision constitutionnelle.

    Preuve de manipulation vocale

    Une fois la vidéo originale identifiée, Eleza Fact a soumis la bande sonore de la vidéo virale à plusieurs outils spécialisés dans la détection des contenus audio générés par intelligence artificielle. La première analyse a été réalisée avec Hiya.com, intégré à InVID WeVerify. Les résultats indiquent une probabilité de 99 % que la voix diffusée dans la vidéo ait été synthétisée par intelligence artificielle plutôt qu'enregistrée lors de l'intervention originale.


    Résultats des analyses de Hiya.com via InVID WeVerify, capture faite par Eleza Fact

    Ces résultats sont corroborés par Hive Moderation, qui attribue également un score de 99 % indiquant que le contenu audio présente toutes les caractéristiques d'une voix artificiellement générée.


    Résultats des analyses de Hive Moderation, capture faite par Eleza Fact

    Les vérifications ont été poursuivies avec DeepFake-O-Meter, une plateforme regroupant plusieurs modèles scientifiques de détection des deepfakes. Le modèle LFCC-LCNN attribue un score de 100 % en faveur d'une génération par intelligence artificielle. Ce modèle combine l'extraction des caractéristiques spectrales LFCC avec un réseau neuronal convolutif léger (LCNN), permettant d'identifier avec une grande précision les différences entre une voix humaine authentique et une voix synthétique.

    Enfin, le modèle RawNet2, également intégré à DeepFake-O-Meter, conclut lui aussi à une probabilité de 100 % que l'audio soit artificiellement généré. Conçu initialement dans le cadre du défi international ASVspoof consacré à la détection des faux contenus vocaux, RawNet2 analyse directement les signaux audio bruts afin de repérer les anomalies imperceptibles à l'oreille humaine. La concordance des résultats obtenus par l'ensemble des outils utilisés constitue un indice particulièrement solide démontrant que la voix attribuée à Joseph Kabila a été fabriquée par intelligence artificielle.

    Résultats des analyses de DeepFake-O-Meter, capture faite par Eleza Fact

    Conclusion

    Aucune preuve ne permet d'affirmer que Joseph Kabila ait déclaré que la République démocratique du Congo serait divisée en deux en cas de révision constitutionnelle. Les vérifications menées par Eleza Fact démontrent que les images proviennent d'une conférence de presse tenue à Johannesburg en mars 2025, tandis que la bande sonore a été remplacée par une voix générée par intelligence artificielle. Il s'agit donc d'un deepfake diffusé hors contexte afin d'attribuer à l'ancien président des propos qu'il n'a jamais tenus. Cette affaire illustre une nouvelle fois la capacité des technologies d'intelligence artificielle à produire des contenus trompeurs particulièrement convaincants et rappelle l'importance de vérifier l'origine des vidéos avant de les partager sur les réseaux sociaux.


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