Contexte
En République démocratique du Congo, les débats autour du projet de changement de la Constitution, porté par le régime au pouvoir, alimentent depuis plusieurs mois les discussions dans les médias traditionnels comme sur les réseaux sociaux. Dans ce climat politique particulièrement polarisé, certaines publications dépassent le cadre du débat démocratique et véhiculent des messages susceptibles d'attiser les tensions communautaires. C’est dans ce contexte qu’une image montrant un homme violemment agressé par plusieurs individus a été publiée sur Facebook avec l’affirmation qu’elle représenterait un membre de la communauté swahiliphone battu après s’être opposé à une révision de la Constitution visant à accorder de nouveaux mandats au président Félix Tshisekedi. Une telle publication est de nature à exacerber les divisions entre communautés en attribuant à une photographie un contexte qui ne correspond pas à la réalité.
Eleza Fact a vérifié l’authenticité de cette image en utilisant l’outil de recherche inversée Google Lens. Les résultats obtenus montrent que cette photographie ne présente aucun lien avec la République démocratique du Congo ni avec les débats politiques actuels. Il s’agit en réalité d’une scène de violences xénophobes visant un ressortissant nigérian à Pretoria, en Afrique du Sud, en février 2017, soit plusieurs années avant les événements évoqués dans la publication virale.
Image et allégations
L’image a été publiée sur la page Facebook Politique De la RDC, une page qui diffuse régulièrement des contenus liés à l’actualité politique congolaise. La photographie montre un homme au sol entouré de plusieurs personnes qui semblent l’agresser, sans qu’aucun élément visuel ne permette d’identifier le lieu ou les circonstances de la scène. Malgré cela, la publication attribue à l’image un récit précis en lien avec le contexte politique congolais.
La légende accompagnant la publication affirme : « Un Muswahili tabassé par des Luba parce qu'il a dit non au changement de la Constitution pour ne pas donner de mandats supplémentaires à Félix Tshisekedi qui est de la tribu Luba ».
Un Nigérian agressé en 2017 à Pretoria
Pour retrouver l’origine réelle de cette photographie, Eleza Fact a effectué une recherche inversée à l’aide de Google Lens. Cette vérification a permis d’identifier plusieurs publications datant de février 2017 utilisant exactement la même image. Ces résultats démontrent que la photographie circulait déjà près de neuf ans avant les événements auxquels elle est aujourd’hui faussement associée et qu’elle ne montre aucun fait survenu en République démocratique du Congo.
La première correspondance retrouvée provient d’un article publié par RFI le 23 février 2017 (archivé ici). Le média revenait sur les fortes tensions qui régnaient en Afrique du Sud à la veille d’une manifestation contre les étrangers prévue le 24 février dans un township de Pretoria. Les violences étaient alimentées par des accusations portées contre certains ressortissants nigérians, notamment des allégations de trafic de drogue et de prostitution, qui avaient provoqué plusieurs attaques contre des commerces et des habitations appartenant à des étrangers. L’image était accompagnée de la description suivante : « Attaque xénophobe envers des Nigérians à Pretoria le 18 février 2017. REUTERS/James Oatway ».
Par ailleurs, la même photographie apparaît dans un article publié par VOA Afrique consacré au rapatriement de près de 600 ressortissants nigérians ayant choisi de quitter l’Afrique du Sud après plusieurs jours de violences xénophobes ayant fait au moins dix morts (archivé ici). L’article explique que de nombreux Nigérians s’étaient présentés au consulat de leur pays à Johannesburg afin de solliciter une assistance pour leur retour, tandis que la compagnie Air Peace organisait les premiers vols d’évacuation. L’image y est accompagnée de la description suivante : « Un groupe d'autodéfense attaque un migrant nigérian devant une église de Pretoria, en Afrique du Sud, le 18 février 2017 ».
Enfin, cette même photographie est également reprise dans un article publié par Les Échos Congo-Brazzaville, consacré à la persistance des violences xénophobes en Afrique du Sud (archivé ici). Le média rapporte que des commerces appartenant à des ressortissants étrangers, principalement nigérians, avaient été pillés et vandalisés à Johannesburg et à Pretoria par des groupes d'individus affirmant agir en réponse à l'insécurité. L'article rappelle également que le ministre sud-africain de l'Intérieur de l'époque, Malusi Gigaba, s'était rendu à Pretoria afin de rencontrer les représentants de la communauté nigériane et de les rassurer sur les mesures de protection mises en place par les autorités.
Depuis lors, plusieurs autres médias internationaux et africains ont utilisé cette même photographie pour illustrer les violences xénophobes ayant visé des ressortissants étrangers en Afrique du Sud. C’est notamment le cas de Financial Afrik, 7sur7.cd, Hespress.com, Notre Continent ainsi qu'AfriqueLe360. Aucune de ces publications ne fait référence à un conflit communautaire entre Congolais ou à un quelconque débat sur la Constitution en République démocratique du Congo, confirmant ainsi que la photographie a été sortie de son contexte d’origine.
Conclusion
Les vérifications effectuées par Eleza Fact démontrent que cette image ne montre pas un membre de la communauté swahiliphone agressé par des personnes de la communauté luba en République démocratique du Congo. Il s’agit d’une photographie prise à Pretoria, en Afrique du Sud, le 18 février 2017, lors d'une attaque xénophobe visant un ressortissant nigérian. La publication virale détourne donc une image authentique de son contexte pour lui attribuer un récit communautaire sans aucun fondement. Dans un contexte où les discours de haine et la désinformation peuvent alimenter les tensions entre communautés, il est essentiel de vérifier l’origine des images avant de les partager et de privilégier des sources d’information fiables.
