Contexte
Le contexte sécuritaire en République démocratique du Congo demeure particulièrement préoccupant, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu où les affrontements armés entre différents groupes et les forces loyalistes continuent de provoquer des déplacements de populations et des dégâts matériels importants. Dans cet environnement marqué par l’insécurité, les images de destructions circulant sur les réseaux sociaux suscitent souvent de vives réactions et sont parfois utilisées hors de leur contexte d’origine. C’est dans ce cadre qu’une image montrant un immeuble fortement endommagé par une explosion a été partagée sur Facebook le 11 mai avec des allégations affirmant qu’elle aurait été prise en RDC après un bombardement.
Eleza Fact a vérifié l’authenticité de cette image en utilisant l’outil de recherche inversée Google Lens. Les résultats obtenus montrent clairement que cette photographie ne provient pas de la République démocratique du Congo et qu’elle circulait déjà sur internet plusieurs mois avant sa publication sur Facebook. Les vérifications ont permis d’établir que l’image a été prise au Liban en 2024 dans un contexte totalement différent de la situation sécuritaire actuelle en RDC.
Allégations partagées
L’image a été diffusée sur la page RDC mboka na biso, ce 11 mai. L’auteur de la publication affirme ensuite : « Immeuble saccagé par l'effet d'un bombardement en RDC. »
Cette affirmation laisse entendre que la photographie représenterait les conséquences directes d’un bombardement survenu récemment sur le territoire congolais.
Un bombardement à Beyrouth le 24 septembre 2024
Soumise à une recherche inversée via Google Lens, l’image s’est révélée être liée à une série de bombardements menés par l’armée israélienne au Liban en septembre 2024. Plusieurs résultats renvoient vers des articles publiés à la même période par des médias internationaux, permettant ainsi d’identifier avec précision le contexte dans lequel la photographie a été réalisée.
L’image apparaît notamment dans un article publié par Ynet News le 24 septembre 2024 (archivé ici). Ce média rapporte que l’armée israélienne avait mené une frappe ciblée dans le quartier de Dahieh, dans la banlieue sud de Beyrouth, une zone considérée comme un bastion du Hezbollah. Selon l’article, l’opération visait un responsable militaire du mouvement. « L'armée israélienne a lancé mardi une frappe ciblée dans le quartier de Dahieh à Beyrouth, un bastion du Hezbollah, visant Ibrahim Qubaisi, également connu sous le nom d'Abu Musa, chef de la division des roquettes du groupe terroriste », précise l’article.
Par ailleurs, la même image figure dans un article publié le même jour par Al Jazeera (archivé ici), qui couvre également les frappes israéliennes ayant visé la banlieue sud de Beyrouth. Le média indique que le bombardement a touché les deux derniers étages d’un immeuble résidentiel situé dans le quartier de Ghobeiri, provoquant plusieurs victimes. La photographie est accompagnée de la légende suivante : « Un secouriste recherche des survivants dans un immeuble touché par un raid aérien israélien à Beyrouth. [Hassan Ammar/AP Photo] ».
Le média Aleteia a également utilisé cette photographie dans un article (archivé ici) consacré aux conséquences des bombardements survenus à Beyrouth. L’article précise que l’image montre un immeuble dont les deux derniers étages ont été gravement endommagés à la suite d’une frappe aérienne dans le quartier de Ghobeiri, situé dans la banlieue sud de la capitale libanaise.
D’autres médias internationaux, notamment The New York Times, Radio France, Le Soir, The Wall Street Journal et Mediapart, ont également utilisé cette image dans des publications consacrées aux frappes du 24 septembre 2024 au Liban. La présence de cette photographie d’autres reportages indépendants renforce davantage son origine réelle et confirme qu’elle est liée aux événements survenus à Beyrouth et non à la situation sécuritaire en République démocratique du Congo.
Les dernières images documentant des bombardements ayant effectivement touché des quartiers résidentiels en République démocratique du Congo ont été analysées dans un article publié par Eleza Fact en avril dernier. Ces photographies présentent des scènes, des bâtiments et des environnements totalement différents de ceux visibles sur l’image diffusée sur Facebook, ce qui constitue un élément supplémentaire démontrant que celle-ci a été sortie de son contexte d’origine.
Conclusion
Les vérifications effectuées par Eleza Fact démontrent que l’image présentée comme un immeuble bombardé en République démocratique du Congo ne montre aucunement une scène survenue dans le pays. Il s’agit en réalité d’une photographie prise à Beyrouth, au Liban, après une frappe israélienne menée le 24 septembre 2024 dans la banlieue sud de la ville. La publication Facebook associe donc à tort cette image à la situation sécuritaire en RDC.
Cette vérification rappelle l’importance de faire preuve de vigilance face aux images diffusées sur les réseaux sociaux, particulièrement dans les contextes de conflit où les contenus sortis de leur contexte peuvent facilement alimenter la désinformation. Avant de partager une publication, il est essentiel de vérifier son origine et de s’assurer qu’elle est corroborée par des sources fiables et indépendantes.
