Contexte
Alors que les affrontements s’intensifient dans les hauts plateaux de Minembwe dans la province du Sud-Kivu, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont mené, le 12 juillet dernier, une vaste opération de contrôle dans plusieurs quartiers de Kalemie, dans la province du Tanganyika. Selon les autorités militaires, cette opération a permis l’interpellation de plusieurs déserteurs, infiltrés présumés et bandits urbains, qui ont ensuite été transférés à la prison centrale.
Dans ce contexte sécuritaire marqué par les combats dans l’est de la RDC, une vidéo montrant des militaires et des policiers entourant un grand groupe d’hommes couchés face contre terre a largement circulé sur les réseaux sociaux. Les publications qui l’accompagnent affirment qu’il s’agirait de soldats fraîchement formés ayant fui leurs positions à Minembwe et à Point Zéro pour se cacher parmi les civils à Kalemie avant d’être abattus sur ordre du président Félix Tshisekedi.
Face à l’ampleur de ces allégations, Eleza Fact a enquêté en combinant une recherche d’image inversée avec Google Lens, une analyse visuelle des séquences et un recoupement avec plusieurs sources médiatiques sud-africaines, ainsi que des sources officielles, notamment la Police nationale sud-africaine (SAPS). Il s’avère que cette vidéo n’a aucun lien avec la situation sécuritaire en RDC. Elle a été filmée à Westonaria, en Afrique du Sud, le 7 juillet 2026, lors d’une opération des forces de l’ordre contre l’exploitation minière illégale.
Les allégations recueillies
La vidéo a été publiée sur X (anciennement Twitter) par l’utilisateur Simaro Ngongo Case, suivi par 45 500 abonnés, le 15 juillet 2026, accompagnée du message suivant : « KALEMIE : FARC, FARDC, INCROYABLE MAIS VRAI : CES MILITAIRES FRAÎCHEMENT FORMÉS ET FAISANT PARTIE DES BATAILLONS "KONGA", "OURS", "SIMBA" ET "SERPENT" VENAIENT D’ESSUYER LES FEUX DES FORCES DE L’ARMÉE RÉVOLUTIONNAIRE CONGOLAISE (ARC) DE SULTANI MAKENGA À MINEMBWE ET POINT ZÉRO. ILS ONT ÉTÉ LÂCHEMENT ABATTUS SUR ORDRE DE FÉLIX TSHISEKEDI POUR AVOIR REJETÉ L’ORDRE DE REVENIR AUX OPÉRATIONS CONTRE L’AFC-M23 (...). »
Au 16 juillet, cette publication totalisait 30 500 vues, 31 commentaires, 34 partages et 83 mentions « J’aime ».
Une filigrane TikTok permet d’identifier la source originale
L’analyse attentive de la vidéo révèle la présence d’une bannière TikTok portant le nom du compte « Exposure News », qui publie régulièrement des contenus liés à l’actualité sud-africaine. En consultant ce compte, Eleza Fact a retrouvé la vidéo originale (archivée ici), publiée le 7 juillet 2026, soit huit jours avant la publication virale sur X.
La publication est accompagnée du titre, traduit de l’anglais : « Plus de 150 mineurs illégaux arrêtés lors d’une vaste répression à Westonaria. »
Le texte précise : « Une opération massive des forces de l’ordre a conduit à l’arrestation de plus de 150 mineurs illégaux présumés à la mine Losberg Kloof à Westonaria. Le mardi 7 juillet 2026, la police du Gauteng, en collaboration avec les Forces de défense nationales sud-africaines (SANDF) et les services de protection de Sibanye, a lancé l’Opération Prosper, une vaste répression visant les syndicats miniers illégaux et la criminalité transnationale opérant dans la région. »
La publication ajoute : « Les autorités ont débarqué en force sur la mine, encerclant le site pendant que les suspects étaient arrêtés pendant l’opération en cours. La police a confirmé que l’opération s’inscrit dans une intensification des efforts visant à démanteler les réseaux miniers illégaux qui continuent de menacer des vies, d’endommager les infrastructures et d’alimenter le crime organisé à travers le Gauteng. La scène de crime reste active et le nombre d’arrestations pourrait encore augmenter. »
La police sud-africaine confirme officiellement l'opération
Eleza Fact a ensuite consulté le compte X officiel de la South African Police Service (SAPS) (documenté ici). Le 7 juillet 2026, la police sud-africaine y publie des images identiques à la vidéo sous examen avec cette annonce traduit de l’anglais:
« [OPÉRATION PROSPER DÉBOUCHANT SUR L’ARRESTATION DE 217 SUSPECTS À LA MINE DE KLOOF, WESTONARIA] Une opération multidisciplinaire de maintien de l’ordre, Operation Prosper, menée à la mine Losberg Kloof à Westonaria le mardi 7 juillet 2026, a abouti à l’arrestation de 217 suspects. »
Les recherches inversées renvoient exclusivement vers l'Afrique du Sud
Afin de déterminer l’origine de la vidéo, Eleza Fact a également effectué une recherche d’image inversée avec Google Lens à partir de plusieurs captures d’écran de la séquence en utilisant notamment les mots-clés « Operation Prosper ». Les résultats renvoient exclusivement vers des publications relatives à cette opération menée en Afrique du Sud, sans aucun lien avec la République démocratique du Congo.
Parmi ces résultats figure un article (archivé ici) publié le 9 juillet 2026 par Cauris Africa, intitulé « Opération Prosper en Afrique du Sud : un révélateur des défis de la gouvernance minière en Afrique ». L’article revient sur cette opération sécuritaire et illustre son contenu avec plusieurs clichés extraits de la vidéo virale. Il rappelle que l’Opération Prosper est une mission de sécurité nationale visant à lutter contre l’exploitation minière illégale grâce au déploiement conjoint de la police sud-africaine et des Forces de défense nationale sud-africaines (SANDF), comme l’explique également Mining Review.
Le même événement est relaté dans un article (archivé ) publié le 7 juillet 2026 par le média sud-africain IOL, intitulé « PHOTOS | Plus de 150 mineurs illégaux présumés arrêtés à la mine de Kloof dans le Gauteng ».
La légende d’une photographie montrant une dizaine d’hommes allongés au sol et entourés par des policiers et militaires sud-africains précise : « Plus de 150 suspects de mineurs illégaux ont été arrêtés mardi après que la police du Gauteng, les Forces de défense nationales sud-africaines (SANDF) et les services de protection de Sibanye ont lancé une opération à grande échelle dans la section Losberg de la mine Kloof près de Westonaria. »
Enfin, l’analyse visuelle des uniformes constitue un autre indice déterminant. Les policiers visibles sur la vidéo portent des uniformes bleu foncé, des gilets pare-balles bleu clair sur lesquels figure l’inscription « POLICE » en lettres blanches majuscules. Les militaires portent, quant à eux, des treillis de camouflage vert, marron et kaki, correspondant aux uniformes réglementaires des forces de défense sud-africaines. Ces tenues sont identiques à celles visibles sur les photographies publiées par la SAPS et les médias sud-africains, et ne correspondent pas aux uniformes des FARDC ou de la Police nationale congolaise (PNC).
L’opération de sécurisation à Kalemie
Ces allégations sont apparues quelques jours après l’opération de sécurisation menée par les FARDC à Kalemie. Si les autorités congolaises (archivé ici) ont effectivement annoncé l’interpellation de plusieurs déserteurs présumés, infiltrés et bandits urbains lors de cette opération, aucune source officielle, aucun média crédible ni aucun élément vérifiable ne fait état d’une exécution de soldats congolais dans les circonstances décrites par les publications virales. La vidéo utilisée pour étayer cette affirmation provient en réalité d’une opération policière menée en Afrique du Sud.
Conclusion
Les allégations affirmant que cette vidéo montre des soldats congolais fraîchement formés ayant fui les combats de Minembwe avant d’être exécutés à Kalemie sur ordre du président Félix Tshisekedi sont infondées.
L’enquête d’Eleza Fact démontre que la séquence a été filmée le 7 juillet 2026 à Westonaria, dans la province sud-africaine du Gauteng, lors de l’Opération Prosper, une vaste opération contre l’exploitation minière illégale menée conjointement par la police sud-africaine, les Forces de défense nationales sud-africaines et d’autres services de sécurité. Les recherches d’image inversée, la source originale TikTok, le compte officiel de la SAPS ainsi que plusieurs médias sud-africains confirment que cette vidéo n’a aucun lien avec les récents événements survenus en République démocratique du Congo.
Les vidéos authentiques peuvent devenir des outils de désinformation lorsqu’elles sont sorties de leur contexte. Avant de partager une séquence présentée comme la preuve d’un événement d’actualité, il est recommandé d’identifier sa source, d’effectuer une recherche d’image inversée à l’aide d’outils comme Google Lens et de vérifier si les images ont déjà été publiées par des médias ou des sources officielles. Quelques minutes de vérification permettent souvent d’éviter la propagation de fausses informations susceptibles d’alimenter la confusion dans un contexte de crise.
