Contexte
Les combats se poursuivent au Nord-Kivu et au Sud-Kivu entre les forces gouvernementales et leurs alliés, d’une part, et les combattants de l’AFC/M23, d’autre part.
Au Nord-Kivu, les affrontements se concentrent surtout dans le territoire de Masisi, notamment à Ngungu, Mukohwa et Ufamandu. Des incidents sont aussi signalés dans le territoire de Walikale. Au Sud-Kivu, les affrontements se poursuivent dans les hauts plateaux de Fizi et de Mwenga, autour de Minembwe et du Point Zéro. Dans plusieurs localités, ces violences poussent les habitants à fuir.
C’est dans ce climat qu’une vidéo a largement circulé sur les réseaux sociaux. On y voit un groupe de soldats capturés, avec leurs armes et leurs munitions. Des internautes affirment qu’il s’agit de combattants du M23 faits prisonniers par les FARDC lors des affrontements de cette semaine.
C’est faux. Une recherche inversée sur Google Lens permet de retrouver l’origine de la vidéo. Elle ne montre pas des combattants du M23 capturés en RDC. Elle provient d’Éthiopie, où elle circule depuis avril 2025.
Image et légende
La vidéo a été mise en ligne le 20 septembre 2026 sur la page Facebook Néo Africa, qui compte un peu plus de 540 abonnés. Sa légende évoque une « vague d’arrestations et saisie massive d’armes dans les rangs de l’AFC/M23 et quelques militaires de l’armée rwandaise par les FARDC ».
En trois heures, la publication a dépassé 3 500 mentions « J’aime », 600 commentaires et 184 partages. La même vidéo a été reprise sur Facebook par Jackson Smith Mfuny, avec la même légende.
Plusieurs internautes ont vite contesté ce récit. L’un d’eux s’étonne de voir « les FARDC qui s’expriment en cette langue étrangère et inaudible ». Un autre affirme : « ce n’est pas au Nord ni Sud-Kivu en RDC, c’est en Éthiopie ou ceci s’est déroulé depuis quelques années ».
Le même jour, le compte X d’Israël Ntumba a relayé la vidéo avec une autre légende : « Sud-Kivu : les FARDC et les Wazalendo poursuivent le ratissage dans les Hauts Plateaux de Minembwe. » La publication présente la scène comme le résultat d’opérations menées contre les groupes armés dans cette zone. Elle a recueilli plus de 330 mentions « J’aime », 48 commentaires et 78 partages. Là aussi, des internautes ont réagi : « cette vidéo ne provient pas du Sud-Kivu, s’il vous plaît compatriote ».
Une vidéo provenant d’Éthiopie en avril 2025
Eleza Fact a soumis des images de la vidéo à une recherche inversée sur Google Lens. Les résultats mènent à la même séquence, accompagnée d’autres images, publiée le 10 avril 2025 sur le compte X de l’Oromo Liberation Army (OLA) (archivé ici). L’OLA est un groupe rebelle armé actif en Éthiopie, principalement dans la région d’Oromia, où il affronte l’armée fédérale.
Dans sa publication, rédigée en anglais, l’OLA affirme avoir « anéanti » un régiment des Forces de défense nationale éthiopiennes (ENDF) dans le district d’Abuunaa Gindabaraati, dans la zone de West Shewa. Le groupe revendique 134 morts, 95 blessés et 60 soldats capturés dans les rangs de l’armée. Il dit aussi avoir saisi un important arsenal : 161 fusils AKM, 10 mitrailleuses PKM, 5 fusils de précision, 2 mitrailleuses lourdes DShK, ainsi que des explosifs et des munitions. Il évoque enfin des tensions entre le lieutenant-général Zewdu Belay, commandant des ENDF dans la zone, et ses subordonnés.
Ces chiffres sont ceux du groupe rebelle. Ils n’ont pas été vérifiés de manière indépendante. Le site d’information éthiopien Borkena, qui a rapporté cette revendication le 12 avril 2025, précise lui-même ne pas avoir pu la confirmer. Mais le bilan exact importe peu ici. Ce qui compte, c’est que la date et le lieu de la vidéo sont établis : elle circulait en Éthiopie plus d’un an avant d’être présentée comme une scène du Kivu.
D’autres publications éthiopiennes le confirment. Le 10 avril 2025, la page Voice JI Gootomsaa (archivée ici) a partagé les mêmes images en relayant un bilan similaire. Le 13 avril 2025, Voss TV (archivé ici) a repris la même illustration pour évoquer les combats entre l’OLA et l’armée éthiopienne dans l’ouest du Shewa, à environ 200 kilomètres de la capitale, Addis-Abeba.
Nord-Kivu et Sud-Kivu : une situation sécuritaire toujours tendue, marquée par la poursuite des combats
La situation reste volatile dans plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les FARDC, appuyées par des groupes Wazalendo, y affrontent l’AFC/M23 et ses alliés.
Au Nord-Kivu, le territoire de Masisi (archivé ici) reste l’un des principaux foyers de tension. Le 16 septembre, des combats ont opposé les FARDC et les Wazalendo à l’AFC/M23 autour de Ngungu, notamment sur la colline Burors. Ils se sont poursuivis à Mukohwa, dans le groupement Nyamaboko Ier, où des tirs d’armes lourdes et légères ont été entendus dans la nuit du 17 au 18 septembre.
Dans le territoire voisin de Walikale, plusieurs positions ont changé de mains. Des affrontements sont signalés autour de Minjenje, Chanjikiro, Buhimba et Malemo. Les forces favorables au gouvernement auraient repris du terrain dans le sud de Masisi et repoussé l’AFC/M23 sur certains axes. Mais les combats continuent et le contrôle de plusieurs positions reste disputé.
Au Sud-Kivu, les affrontements restent intenses dans les Hauts Plateaux, autour de Minembwe et du Point Zéro, dans les territoires de Mwenga et de Fizi. Les forces gouvernementales et leurs alliés y combattent des groupes associés à l’AFC/M23, dont Twirwaneho. De nouveaux affrontements ont été signalés les 19 et 20 septembre autour du Point Zéro (archivé ici). Ces combats perturbent la vie des habitants et poussent des familles à quitter plusieurs localités des Hauts et Moyens Plateaux.
Bref
La vidéo présentée comme montrant des combattants de l’AFC/M23 capturés par les FARDC est sortie de son contexte. Une recherche inversée sur Google Lens permet de retrouver son origine : elle provient d’Éthiopie et circule depuis le 10 avril 2025. Elle y illustrait une revendication de l’OLA contre l’armée éthiopienne, et non les combats en cours en RDC.
Dans un contexte sécuritaire aussi sensible, une vidéo recyclée peut semer la confusion, nourrir de faux espoirs ou attiser la méfiance. Avant de partager une image de guerre, vérifiez sa source et cherchez si elle a déjà circulé ailleurs. Edité par Joël ALIMASI
