Contexte
En pleine période de préparatifs des élections de mi-mandat aux États-Unis d’Amérique, Donald Trump multiplie les déplacements et les rassemblements politiques afin de soutenir les candidats de son camp et de mobiliser son électorat. Dans le cadre de cette campagne, le président américain a prononcé un discours devant une foule réunie en Géorgie, le 24 octobre 2026. À la suite de cette intervention, un extrait isolé de son allocution a été largement partagé sur le réseau social X, accompagné d’une allégation selon laquelle Donald Trump aurait qualifié la République démocratique du Congo (RDC) de « pays de merde ». Cette publication a ainsi suscité des réactions et des interprétations laissant croire que le président américain avait explicitement cité la RDC parmi les pays visés par ses propos.
Eleza Fact a examiné attentivement la séquence diffusée sur X avant de procéder à une analyse de l’intégralité du discours prononcé par Donald Trump en Géorgie. Cette démarche de vérification a consisté à replacer les déclarations du président américain dans leur contexte initial et à confronter les affirmations véhiculées sur les réseaux sociaux au contenu complet de son intervention. Les recherches effectuées ont permis de constater que, bien que Donald Trump ait effectivement cité plusieurs pays, dont deux pays africains, à savoir la Libye et la Somalie, il n’a fait aucune mention de la République démocratique du Congo dans les passages consultés de son discours.
Source de l’infox
La vidéo à l’origine de cette affirmation, d’une durée de 19 secondes, a été publiée sur le réseau social X par le compte de Kamanda kela F, qui rassemble aujourd’hui plus de 40 000 abonnés. Cette courte séquence présente un extrait du discours de Donald Trump, accompagné d’une légende qui attribue au président américain des propos incluant explicitement la République démocratique du Congo parmi les pays qu’il aurait qualifiés de « pays de merde ».
« BREAKING |🇺🇸 : “La RDC, la Libye, Haïti, le Yémen et la Somalie sont des pays de merde”. - Trump », déclare la légende ajoutée à la vidéo.
Au 29 octobre 2026, cette publication avait enregistré plus de 61 000 vues, 65 republications et citations, ainsi que 72 enregistrements. Elle a également suscité de nombreuses réactions dans la section des commentaires, certains internautes reprenant l’allégation sur un ton moqueur ou ironique. Parmi les commentaires relevés figure notamment « partenaire ya tshisekedi (Partenaire de Tshisekedi) ».
Vérifications effectuées
Eleza Fact a procédé à l’examen de la vidéo de 19 secondes publiée sur X afin de vérifier les pays effectivement cités par Donald Trump. L’analyse de cet extrait montre que le président américain ne mentionne à aucun moment la République démocratique du Congo. Dans cette séquence, il évoque plutôt la Libye, le Yémen, le Haïti et la Somalie, qu’il présente dans le cadre de ses critiques contre un projet de loi soutenu par le sénateur démocrate Jon Ossoff. Donald Trump déclare : « And Jon Ossoff personally sponsored a bill to bring armies of migrants from terror-infested countries like Libya, Yemen, Haiti, Somalia. Remember I, remember what I called them? Shithouse countries ». Traduit en français par : « Et Jon Ossoff a personnellement parrainé un projet de loi visant à faire venir des armées de migrants provenant de pays infestés par le terrorisme, comme la Libye, le Yémen, Haïti et la Somalie. Vous vous souvenez comment je les ai appelés ? Des pays de merde. » L'écoute attentive de cette déclaration permet donc d'identifier les quatre pays expressément cités par le président américain. Parmi eux figurent deux pays africains, la Libye et la Somalie. En revanche, aucune référence à la RDC n'apparaît dans cet extrait, contrairement à ce que laisse entendre la légende accompagnant la publication.
Nous avons ensuite étendu nos recherches à l'intégralité du discours prononcé par Donald Trump le 24 octobre 2026 à Perry, en Géorgie, afin de déterminer s'il avait éventuellement évoqué la République démocratique du Congo à un autre moment de son intervention. Pour effectuer cette vérification, nous avons recherché une transcription complète et minutée du discours. Cette démarche nous a conduits vers le site de Roll Call, qui propose une retranscription permettant de suivre les différentes déclarations du président américain dans leur ordre chronologique (archive accessible ici). L'examen de ce document nous a permis de relever plusieurs passages dans lesquels Donald Trump cite notamment la Libye et la Somalie, en compagnie d'autres pays, sans toutefois faire référence à la RDC.
Dans un premier passage, situé entre 10:58 et 11:32 de son discours, Donald Trump revient sur un projet de loi qu'il attribue au sénateur démocrate Jon Ossoff. Selon ses propos, ce dernier avait personnellement soutenu une initiative visant à faciliter l'arrivée de migrants en provenance de plusieurs pays qu'il associe au terrorisme. C'est dans ce contexte qu'il cite la Libye, le Yémen, Haïti et la Somalie, avant de rappeler l'expression controversée qu'il avait précédemment utilisée pour désigner ces pays.
Il déclare : “And Jon Ossoff personally sponsored a bill to bring armies of migrants from terror-infested countries like Libya, Yemen, Haiti, Somalia. Remember I, remember what I called them? Shithouse countries. [Laughter] Remember the heat I took? Remember the heat I took from the Democrats? I remember those sleazy guys that came to the office. ‘Sir, we'd like to talk about very confidential.’” Ce qui peut se traduire par : « Et Jon Ossoff a personnellement parrainé un projet de loi visant à faire venir des armées de migrants provenant de pays infestés par le terrorisme, comme la Libye, le Yémen, Haïti et la Somalie. Vous vous souvenez comment je les ai appelés ? Des pays de merde. [Rires] Vous vous souvenez des critiques que j'ai essuyées ? Vous vous souvenez de la pression que les démocrates ont exercée sur moi ? Je me souviens de ces types peu recommandables qui sont venus à mon bureau. “Monsieur, nous aimerions vous parler de manière très confidentielle.” ».
Un peu plus loin dans son intervention, entre 11:32 et 11:51, le président américain revient particulièrement sur la Somalie et formule plusieurs affirmations au sujet des ressortissants somaliens vivant aux États-Unis. Il évoque notamment leur participation au marché du travail et avance un chiffre selon lequel 98 % des personnes originaires de ce pays et présentes sur le territoire américain ne travailleraient pas. Il déclare : “So, they talked about Somalia, bringing people in from Somalia, bringing people in from all these terrible places, Somalia. You know, 98% of the people that we have here now in Somalia don't work. They don't really have to work because they steal so much.” En français : « Alors, ils ont parlé de la Somalie, de faire venir des personnes de Somalie, de faire venir des personnes de tous ces endroits terribles, la Somalie. Vous savez, 98 % des personnes que nous avons ici actuellement, venant de Somalie, ne travaillent pas. Elles n'ont pas vraiment besoin de travailler parce qu'elles volent tellement. » Cette déclaration s'inscrit dans la continuité de ses critiques sur l'immigration et de son discours à l'égard de la communauté somalienne aux États-Unis.
Dans la continuité de cette intervention, entre 11:51 et 12:19, Donald Trump poursuit ses propos sur les Somaliens en évoquant leur niveau de vie et en reprenant le chiffre de 98 % précédemment avancé. Il établit notamment un rapprochement entre les conditions de vie de certaines personnes d'origine somalienne et celles des citoyens américains, avant de revenir sur une réunion qu'il affirme avoir tenue avec des sénateurs démocrates. Il déclare : “They all have a Mercedes-Benz. Can you believe low IQ and they live better than you do? I don't know what's going on. Maybe they're not as, maybe they're not as low as we think, but, but think of it. 98% and others also. But the Democrats, they had the meeting. I had 10 senators, and they're Democrats. And I said, ‘Why do we always have to take people from shithouse countries?’” Ce qui signifie : « Ils ont tous une Mercedes-Benz. Vous pouvez imaginer : un faible quotient intellectuel et ils vivent mieux que vous. Je ne sais pas ce qui se passe. Peut-être qu'ils ne sont pas aussi… peut-être qu'ils ne sont pas aussi limités que nous le pensons, mais pensez-y : 98 %, et d'autres aussi. Mais les démocrates, eux, ont tenu cette réunion. J'avais dix sénateurs, et ils étaient démocrates. Et j'ai dit : “Pourquoi devons-nous toujours accueillir des personnes venant de pays de merde ?” »
Cette séquence permet de comprendre davantage le contexte dans lequel Donald Trump utilise à nouveau cette expression, en faisant référence à plusieurs pays qu'il critique dans le cadre de son discours sur l'immigration. Il convient néanmoins de préciser que les affirmations concernant le taux de personnes qui ne travaillent pas, les vols, le niveau intellectuel et les conditions de vie des Somaliens sont celles de Donald Trump et ne constituent pas, en elles-mêmes, des faits établis. Elles doivent donc être distinguées des éléments vérifiables de son intervention, notamment les noms des pays qu'il cite explicitement.
Par ailleurs, une version intégrale du discours, accompagnée d'une transcription écrite, a également été publiée sur la plateforme Substack (archivée ici). Ce document constitue une autre source permettant de retrouver les différentes déclarations de Donald Trump et de les examiner dans leur contexte, sans se limiter à l'extrait de 19 secondes largement relayé sur X. Les passages évoqués précédemment peuvent notamment y être retrouvés, ce qui permet de confronter les propos entendus dans la vidéo aux éléments figurant dans la transcription. La consultation de cette publication offre également la possibilité de parcourir l'ensemble de l'intervention et de vérifier les références géographiques faites par le président américain. À l'issue de cet examen, aucune mention de la République démocratique du Congo n'a été relevée dans la transcription consultée.
Enfin, la vidéo intégrale du rassemblement politique est également accessible sur YouTube, sur la chaîne 13WMAZ, qui a diffusé l'intervention de Donald Trump en Géorgie. Contrairement à l'extrait de quelques secondes partagé sur X, cette version complète permet de replacer les déclarations du président américain dans leur déroulement initial et d'écouter directement les passages concernés. Les séquences correspondant aux minutages indiqués permettent notamment de retrouver ses propos sur la Libye, le Yémen, Haïti et la Somalie, ainsi que ses déclarations ultérieures au sujet des ressortissants somaliens. La confrontation de cette vidéo avec la transcription intégrale consultée ne révèle aucune référence à la RDC, au Congo ou à la République démocratique du Congo. Ces éléments renforcent donc le constat selon lequel l'allégation diffusée sur X ne correspond pas au contenu du discours examiné.
Conclusion
Après vérification de l'extrait de 19 secondes diffusé sur X, consultation de la transcription intégrale du discours publié par Roll Call et examen des autres versions disponibles de l'intervention, Eleza Fact constate que Donald Trump n'a pas mentionné la République démocratique du Congo dans les passages vérifiés de son discours prononcé à Perry, en Géorgie, le 24 octobre 2026. Le président américain a effectivement employé l'expression controversée « Shithouse countries », mais en faisant référence à la Libye, au Yémen, à Haïti et à la Somalie. La RDC ne figure pas dans cette énumération. Par conséquent, la légende affirmant que Donald Trump aurait qualifié la RDC de « pays de merde » est trompeuse et attribue au président américain une déclaration qu'il n'a pas faite dans le discours examiné.
Dans un contexte où les États-Unis jouent un rôle diplomatique dans la recherche d'une solution au conflit dans l'est de la RDC, ce genre de désinformation peut alimenter la colère et les tensions anti américaines. Il est donc important de ne pas partager précipitamment des contenus viraux, mais de vérifier les déclarations dans leur contexte et auprès de sources fiables avant de les relayer.
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