Contexte
Une nouvelle flambée de maladie à virus Ebola a été récemment déclarée par les autorités sanitaires dans l’est de la République démocratique du Congo et en Ouganda. Le 15 mai 2026, le ministère de la Santé publique, de l’Hygiène et du Bien-être social de la RDC a officiellement déclaré la 17e épidémie de la maladie d’Ebola en RDC. Parallèlement, le ministère ougandais de la Santé a confirmé une épidémie d’Ebola (BVD) suite à l’identification d’un cas importé de RDC, un Congolais décédé dans la capitale Kampala. Le 16 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) (archivé ici), après avoir consulté les États où l’événement est connu pour se produire actuellement, a déterminé que la maladie Ebola causée par le virus Bundibugyo en RDC et en Ouganda constitue une urgence sanitaire publique d’intérêt international (USPPI). Les investigations ont notamment porté sur les zones de santé de Mongbwalu, Rwampara et Bunia, avec des cas confirmés signalés à Goma, Katwa, Butembo (Nord-Kivu) et Bukavu (Sud-Kivu).
Cette résurgence intervient dans une région déjà confrontée à plusieurs épisodes épidémiques au cours des dernières années. D’après les données publiées par l’OMS , cette souche fait partie des virus responsables d’épidémies d’Ebola pour lesquelles les autorités sanitaires indiquent qu’il n’existe ni vaccin homologué disponible à ce jour ni traitement spécifique approuvé, contrairement à la souche Ebola-Zaire pour laquelle certains traitements existent.
Dans ce contexte d’inquiétude sanitaire, des publications circulent massivement sur TikTok, Facebook et WhatsApp en prétendant proposer des moyens de prévention ou de traitement contre Ebola. Une vidéo recommande notamment un mélange composé de feuilles de goyave, cannelle, clou de girofle, oignon rouge, bissap et poivre noir, à faire bouillir avant administration, y compris chez les enfants.
Parallèlement, un audio largement partagé sur WhatsApp affirme qu’une tisane à base de chanvre mélangé à du citron constituerait un remède contre Ebola.
Compte tenu du contexte sanitaire actuel et des risques que représente la diffusion de conseils médicaux non validés scientifiquement pendant une épidémie, Eleza Fact a décidé de vérifier ces affirmations en analysant ces contenus viraux, en consultant les recommandations officielles des autorités sanitaires sur Ebola, en examinant les données scientifiques disponibles sur les traitements reconnus contre les différentes espèces du virus Ebola et en sollicitant directement plusieurs institutions sanitaires, notamment l’OMS, l’INRB et Africa CDC.
Les résultats sont sans équivoque, aucune preuve scientifique ne confirme l’efficacité de ces préparations; au contraire, leur usage peut entraîner un risque réel de préjudice.
Des remèdes traditionnels devenus viraux sur les réseaux sociaux
La vidéo à l’origine de la rumeur a été publiée le 18 mai 2026 sur TikTok par le compte Anny Ilunga suivi par plus de 504 000 abonnés. « J’ai vu des personnes qui m’ont tagué , qui m’ont envoyé des audios au sujet du virus qui s’est propagé ici en Ituri, (...) On est là seulement pour apporter un coup de pouce, partager massivement, Ituri partager. Je m’exprime en lingala pour que tout le monde comprenne. On dit qu’il y a une pandémie qui tue les gens, frères, ne mourez pas comme ça. On dit que vous devriez boire de l’eau chaude à tout moment.
Voilà, il y a d’autres ingrédients dont je n’ai pas d’images pour le moment, allez les chercher, gardez et partagez! Vous qui regardez les vidéos et scrollez, vos frères sont en train mourir, ne vous réjouissez pas de la mort des autres. Nous avons besoin de feuilles de goyave, les gens de l’Ituri, Mahagi, Mongbwalu, Ariwara, partagez massivement. Nous avons besoin de cannelle, de bissap, de clous de girofle, d’oignons rouges dont je ne dispose pas ici, de citron et de gingembre, mais aussi de poivre noir en graines encore appelé “Ketshu”.
Mes chéris, achetez ces ingrédients en grande quantité. Faites-en boire même au bébé, deux cuillères à soupe. Que tout le monde en consomme. Ceux qui aiment le thé, laissez-le d’abord et prenez plutôt cette préparation. Prévenez d’abord la maladie et évitez la mort. (...) Frères , faisons comme à l’époque du corona. Partagez, s’il vous plaît », déclare-t-elle dans cette séquence de 3 minutes et 12 secondes, où elle s’exprime en français, en lingala et en swahili, propos traduits intégralement en français par notre rédaction.
Au 22 mai , la vidéo totalise plus de 113 300 vues, plus de 7 200 mentions “j’aime”, 3 899 partages et environ 267 commentaires. Parmi les réactions observées sous la publication figurent notamment : « Merci beaucoup maman Anny pour l'astuce. Que Dieu vous bénisse abondamment. » Un autre utilisateur demande : « bonsoir ma Anny, c'est à prendre combien de jours ? est ce que on peut commencer à prendre pour la prévention ? » Un autre commentaire interroge également les modalités d’utilisation du mélange : « Merci beaucoup. On peut garder l'effusion au frigo et réchauffer selon le besoin et boire ? »
Dans un autre audio qui circule massivement sur WhatsApp, une femme affirme : « Oui, c’est vrai, le chanvre est le remède contre Ebola. N’en doutez pas. Vous pouvez le mettre dans du thé mélangé avec du citron et en donner aux enfants. Cela a été découvert en Jamaïque. Voilà pourquoi il n’y a jamais eu cette épidémie là-bas » (propos traduits du swahili).
Ce que disent les autorités sanitaires et scientifiques
Nous avons entrepris une série de vérifications afin d’obtenir un éclairage scientifique sur la préparation traditionnelle ou la tisane au chanvre présentées sur les réseaux sociaux comme des remèdes contre Ebola.
Contactée par Eleza Fact, l’OMS n’a validé aucun usage de cette préparation contre Ebola. Dans une réponse adressée à notre rédaction, le service des relations médias de l’institution a renvoyé vers sa fiche officielle sur la maladie à virus Ebola.
« Please refer to our fact sheet on Ebola which contains answers to your questions », a indiqué Sabet Parry Rayyan, du département Media Relations de l’OMS.
Dans cette fiche d’information officielle, l’OMS précise: «(...) Pour les autres formes de la maladie à virus Ebola, comme la SVD [Ebola Soudan] ou la BVD [Ebola Bundibugyo], il n'existe aucun traitement approuvé, mais des produits candidats sont en cours de développement et un protocole CORE pour les essais cliniques est disponible.»
Elle explique, en outre, que la prise en charge de cette souche d’Ebola Bundibugyo repose essentiellement sur des soins médicaux de soutien intensifs, notamment la réhydratation orale ou intraveineuse ainsi que le traitement des symptômes. L’organisation ne mentionne aucun remède traditionnel à base de feuilles de goyave, cannelle, clou de girofle, bissap, oignon rouge ou poivre noir ou une tisane au chanvre comme moyen validé pour prévenir ou traiter la maladie.
L’agence sanitaire américaine Centers for Disease Control and Prevention (CDC) (archivée ici ) indique également : « Il n'existe aucun vaccin ni traitement spécifique approuvé pour prévenir ou traiter la maladie à virus Ebola Budibungyo (BVD). »
Selon cette agence sanitaire américaine, la prise en charge (référencée ici) repose principalement sur des soins hospitaliers intensifs. Les patients ont beaucoup plus de chances de survivre s’ils reçoivent : « Les fluides et électrolytes (sels corporels) par la bouche ou dans leurs veines, des médicaments pour soutenir la tension artérielle, réduire les vomissements et la diarrhée, ainsi que pour gérer la fièvre et la douleur et le traitement pour d’autres infections, si elles surviennent », indique la CDC sans validation de remèdes traditionnels pour traiter la maladie comme suggéré dans la vidéo sous examen.
Par ailleurs, l’institut national de recherche biomédicale (INRB) confirme également les limites actuelles des outils médicaux disponibles face à la souche Bundibugyo actuellement identifiée en Ituri.
Lors d’un briefing consacré à la riposte contre Ebola tenu le 19 mai à Kinshasa, le directeur général de l’INRB, Jean-Jacques Muyembe Tamfum, a rappelé que cette variante reste encore peu étudiée.
« Mais malheureusement pour la souche Bundibugyo, on n’a pas fait beaucoup d’études, surtout dans notre pays. Et nous n’avons pas encore de vaccin, nous n’avons pas encore de traitement curatif », déclare-t-il à partir de la 10e minute et 25e seconde de la vidéo « 17ème épidémie d’Ebola en RDC : état de la situation et mesures de riposte » (archivée ici), diffusée en direct sur la chaîne YouTube du ministère de la Communication et Médias.
Cette situation constitue un défi supplémentaire dans la réponse sanitaire actuelle. Contrairement à la souche Ebola Zaïre, plus étudiée scientifiquement, la souche Bundibugyo ne bénéficie pas encore des mêmes avancées médicales.
Les traitements à anticorps monoclonaux comme EBANGA ainsi que le vaccin ERVEBO ( rVSV-ZEBOV-GP) ont été développés contre Ebola Zaïre et ne sont pas actuellement validés contre Bundibugyo.
Toutefois, Jean-Jacques Muyembe évoque des pistes de recherche en cours. « Je pense que dans les jours à venir, on va certainement mettre en place des candidats vaccins ou des candidats molécules thérapeutiques que nous pouvons essayer », indique-t-il.
De son côté, le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, a également confirmé l’absence actuelle d’outils médicaux spécifiques contre cette souche.
Dans une interview accordée à TV5 Monde le 17 mai (documentée ici), il a déclaré : « Je confirme que contrairement à la souche Zaïre, nous n’avons ni vaccin ni médicament (...). Nous avons quelques candidats vaccins, on a quelques candidats médicaments qui vont nécessiter quelques études (...) Donc nous avons des progrès qui peuvent se réaliser, mais je confirme qu’à l'heure actuelle nous n'avons que des mesures de santé publique car il n'y a pas de vaccins. »
Pour peaufiner ces recherches, nous avons pris contact avec le Dr Djamba Baziha, médecin, épidémiologiste et spécialiste des maladies infectieuses. Ce dernier a tenu à préciser qu’aucun remède n’est disponible contre le Virus Ebola Bundibugyo.
« Un internaute nous a récemment demandé si le cannabis appelé chanvre ou bangi en swahili dans l’Est de la RDC, pouvait guérir la maladie à virus d’Ebola. Il est important de rappeler qu’à ce jour, aucune preuve scientifique ne démontre que le cannabis, les oignons ou d’autres préparations traditionnelles guérissent Ebola. Malheureusement, les rumeurs et fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux poussent certaines personnes à douter de l’existence même de la maladie, alors que le virus continue de faire des victimes en RDC. J’appelle donc la population à prendre cette épidémie très au sérieux et à se fier uniquement aux informations provenant des autorités sanitaires et des professionnels de santé », a-t-il précisé.
Qu’est-ce que la maladie à virus Ebola Bundibugyo ?
La maladie à virus d’Ebola qui sévit actuellement dans l’est de la RDC et en Ouganda est le Bundibugyo virus (BVD) (archivé ici), est un type de maladie Ebola (une fièvre hémorragique virale) causée par une infection au virus Bundibugyo. Elle a été identifiée pour la première fois en 2007 dans le district de Bundibugyo, en Ouganda, d’où elle tire son nom. Selon un article de l'OMS (archivé ici) du 16 mai 2016, le virus Bundibugyo tue 30 à 50 % des personnes infectées, ce qui le rend moins mortel que la souche Zaïre, plus courante, qui provoque jusqu'à 90 % de décès.
Budibungyo est l’une des quatre espèces du virus Ebola connues à ce jour qui provoquent des maladies potentiellement mortelles chez l’homme, aux côtés notamment d’Ebola Zaïre (ZVD), Ebola Soudan (SVD) et Ebola Forêt de Taï.
D’après le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), le Bundibugyo virus se transmet par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée, avec des objets contaminés ou avec des animaux infectés. Les symptômes peuvent inclure de la fièvre, une faiblesse générale, des douleurs musculaires, des vomissements, des diarrhées et, dans certains cas, des saignements.
La flambée actuellement signalée en RDC a été confirmée le 15 mai 2026 dans la province de l’Ituri comme étant la 17è épidémie de ce genre. Les analyses menées par l’INRB ont identifié le Bundibugyo virus comme agent responsable des cas enregistrés dans plusieurs zones de santé touchées.
N’ayant pas de traitement ni de vaccin spécifique approuvé à ces jours, les autorités sanitaires rappellent ainsi que la riposte repose principalement sur le dépistage rapide, l’isolement des cas, la surveillance des contacts, les mesures de santé publique et une prise en charge médicale précoce afin d’améliorer les chances de survie des patients.
Risques liés à la désinformation sanitaire
Les autorités sanitaires alertent régulièrement sur les risques liés à la diffusion de faux traitements pendant les épidémies. Ebola est une maladie grave dont le taux de létalité peut varier selon les épidémies, et qui nécessite une prise en charge médicale rapide dans des structures spécialisées.
La diffusion de remèdes non validés peut entraîner plusieurs conséquences documentées en santé publique, notamment le retard de consultation médicale (ce qui peut réduire les chances de survie et accélérer la contagion communautaire), l'empoisonnement par automédication ou encore une fausse perception de protection pouvant réduire réduire l’adoption des mesures de préventions recommandées.
Ces conséquences sont particulièrement préoccupantes chez les enfants. Leur système immunitaire étant encore en développement, ils peuvent présenter une vulnérabilité accrue face à certaines infections sévères. Les données scientifiques (archivées ici) sur Ebola montrent d’ailleurs que les plus jeunes figurent parmi les groupes nécessitant une attention particulière pendant les flambées épidémiques, en raison du risque de complications graves et d’une évolution parfois rapide de la maladie.
Dans le contexte d’une maladie transmissible comme Ebola, le retard dans l’identification des cas et leur prise en charge peut aussi compliquer les efforts de riposte et favoriser la propagation communautaire de la maladie.
Verdict
Aucune preuve scientifique ne permet d’affirmer que les feuilles de goyave, la cannelle, le clou de girofle, le bissap, l’oignon rouge, le poivre noir ou le chanvre peuvent prévenir ou traiter la maladie à virus Ebola Bundibugyo actuellement signalée dans l’est de la RDC et en Ouganda.
Les institutions scientifiques consultées par Eleza Fact, notamment l’OMS, l’INRB et Africa CDC, confirment qu’il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé contre la souche Bundibugyo. La prise en charge repose principalement sur les soins médicaux de soutien et les mesures de santé publique.
Présenter des préparations traditionnelles comme des remèdes validés contre Ebola peut exposer les populations à un faux sentiment de sécurité, retarder la prise en charge médicale et compliquer la réponse sanitaire pendant une épidémie.
Edité par Daniel Makeke
