Contexte
Depuis l’occupation de la ville de Goma par l’AFC/M23, les travaux communautaires d’assainissement, communément appelés « Salongo », se tiennent chaque samedi matin et sont appliqués avec une discipline stricte. Ces activités, qui visent à maintenir la propreté urbaine et à renforcer le civisme, mobilisent régulièrement la population.
Dans ce climat particulier, un message vocal assorti d’un texte écrit a circulé dans plusieurs groupes et messageries privées de WhatsApp. Il prétendait annoncer de nouvelles mesures ordonnées aux forces de l’ordre : toute personne surprise en circulation entre 8h et 11h le samedi serait arrêtée et détenue pendant 15 jours. L’enregistrement attribuait même cette décision au gouverneur, affirmant que celui-ci avait fixé le Salongo précisément entre 8h et 11h, en interdisant strictement toute circulation durant cette période. La diffusion de ce message a suscité inquiétude et confusion parmi les habitants, qui ne savaient plus à quoi s’en tenir concernant les horaires et les conditions réelles du Salongo.
En guise d’enquête, Eleza Fact a contacté les autorités locales et vérifié auprès de plusieurs médias de la place : il s’est avéré que cet enregistrement est faux et ne reflète aucune décision officielle.
L'infox
Le message en question a circulé sur WhatsApp accompagné d’une version écrite en swahili : « Gouverneur anapana ordre kwa wa policiers bakibana mutu kila samedi 08h mbaka 11h haiko mu salongo banamubeba ku DSR (ANR) pendant 15 jours! Mutu asikuwe mu balabala sa ya salongo kama haiko nafanya salongo. Ukuwe mwanamke, mzee, ao mgonjwa, … SALONGO IKO OBLIGATOIRE! », en français : « Le Gouverneur a donné l’ordre aux policiers d’arrêter toute personne qui, chaque samedi entre 08h et 11h, ne participe pas au Salongo (travaux communautaires). Celui qui ne fait pas le Salongo sera emmené à la DSR (ANR) pour 15 jours ! Personne ne doit être vu dans la rue à ces heures-là sans faire le salongo. Que tu sois femme, homme, vieux ou malade, … LE SALONGO EST OBLIGATOIRE ! ».
Ce message a circulé dans le groupe WhatsApp SOLFERINO 5e promotion de l’année 2024, qui compte 52 membres.
Capture du message transféré de nombreuses fois dans des groupes whatsapp prise par Eleza Fact
Démenti du maire de la ville de Goma
Afin de vérifier l’authenticité de l’audio, Eleza Fact a joint le maire de Goma, Katembo Ndalieni Julien. Ce dernier a catégoriquement rejeté le contenu du message et précisé les véritables modalités liées aux travaux communautaires.
« Les horaires du Salongo restent inchangés, de 6h à 10h chaque samedi. Les motos et bus sont autorisés à circuler de 6h à 8h, pour permettre aux citoyens de vaquer à certaines activités essentielles comme les élèves aller à l'école, les travailleurs qui ont passé la nuit au travail pour rentrer à la maison… Les fidèles adventistes ont pleinement le droit de se rendre à l’église durant ces heures. À partir de 8h jusqu’à 10h, place aux travaux communautaires. Il n'y aura pas de déploiement de la police pour arrêter les habitants de la ville de Goma », a-t-il précisé.
Cette clarification a permis de dissiper une partie de la confusion et de rappeler à la population que les règles en vigueur n’ont pas changé.
Quelques médias locaux confirment le démenti
Plusieurs organes de presse locaux se sont saisis de cette rumeur pour rétablir la vérité. Le média 7sur7magazine (archivé ici) a confronté le contenu de l’audio aux déclarations officielles de la mairie, sans toutefois en réaliser une analyse technique. Il a rapporté que les propos diffusés ne reposaient sur aucune base légale, confirmant que le Salongo reste fixé de 6h à 10h et qu’aucune arrestation n’était prévue pour les habitants. L’article a aussi insisté sur la liberté des fidèles adventistes de se rendre à l’église. Cette couverture médiatique a contribué à réduire la peur et à apaiser la confusion suscitée par la diffusion de cet enregistrement.
De la même manière, Kongo 7/24 (archivé ici) a relayé le démenti du maire, rappelant que l’audio attribué au gouverneur n’était pas fondé. Le média a souligné que la fausse information d’un Salongo entre 8h et 11h ne correspondait en rien à la réalité et que les autorités maintiennent officiellement les horaires habituels.
Observation du Salongo de samedi 20 septembre
Eleza Fact a observé le déroulement du Salongo du samedi 20 septembre pour vérifier l’impact du faux message. Entre 6h et 8h, la circulation était normale : les bus scolaires circulaient pour emmener les enfants à l’école, et les fidèles adventistes rejoignaient leurs lieux de culte. Mais à partir de 8h, une différence notable s’est faite sentir. Contrairement aux samedis précédents, presque aucun passant n’était visible dans les rues. La plupart des habitants ont préféré rester chez eux, craignant les arrestations annoncées par l’audio.
Aucune présence policière n’a été constatée, mais l’effet psychologique du message était palpable : il avait réussi à modifier les comportements. Cet épisode démontre à quel point une rumeur apparemment anodine peut influencer la vie quotidienne et semer la peur dans la population.
Photo prise lors de notre descente sur terrain ce samedi 20 septembre
Les horaires réels du Salongo précisés par le maire de la ville
06h00 – 08h00 : circulation autorisée pour les motos et bus, pour les élèves, travailleurs rentrant du travail et les adventistes.
08h00 – 10h00 : travaux communautaires de Salongo, circulation restreinte.
Après 10h00 : reprise normale de la circulation.
Conclusion
L’audio circulant sur WhatsApp, affirmant que l’horaire du Salongo à Goma a été modifié de 8h à 11h et que toute personne en circulation serait arrêtée, est une infox. Les autorités municipales, par la voix du maire Katembo Ndalieni Julien, ont confirmé que les horaires officiels demeurent inchangés, soit de 6h à 10h.
Les habitants de Goma doivent donc rester vigilants face à la désinformation et se référer uniquement aux communications officielles des autorités ou aux médias fiables. Cet épisode illustre une fois de plus la rapidité avec laquelle un simple enregistrement non vérifié peut semer la panique et perturber le quotidien de toute une ville.
