Contexte
La ville de Goma, considérée comme l’une des villes stratégiques de la République démocratique du Congo en raison de sa position géographique et de son importance économique dans l’est du pays, reste fortement marquée par les questions sécuritaires et politiques liées au conflit armé dans la région. Le développement de ses infrastructures demeure particulièrement affecté par l’instabilité persistante et par le contrôle exercé sur plusieurs zones par le mouvement AFC/M23, qui occupe la ville depuis plus d’un an.
Une publication mise en ligne sur Facebook ce 05 avril, accompagnée d’une photo montrant un train de couleur jaune et bleue, affirme montrer un train roulant dans la ville de Goma, dans l’est de la RDC.
Eleza Fact, après avoir procédé à des vérifications à l’aide de l’outil Google Images, a découvert plusieurs correspondances indiquant qu’il s’agit en réalité d’une ligne ferroviaire reliant les Pays-Bas et la Belgique. Les résultats des recherches montrent donc que cette image n’a aucun lien avec la ville de Goma ni avec la République démocratique du Congo.
Allégations partagées
L’image a été publiée par Bagalwa Sabrina via le groupe Facebook AFC-M23. Ce groupe Facebook, qui compte plus de 17 000 membres, sert régulièrement de plateforme de partage d’informations, d’opinions, de commentaires et de contenus liés à la situation politique et sécuritaire dans l’est de la RDC.
« Train à Goma dans l’est de la RDC », affirme la légende qui accompagne l’image.
Un train d’"EuroCity Direct"
Eleza Fact s’est servi de l’outil Google Lens afin d’identifier l’origine exacte de cette photographie et de déterminer si elle avait déjà été utilisée dans d’autres contextes en ligne. Cette recherche a conduit vers un article publié par le média belge La Libre le 16 décembre 2024, dans lequel l’image est décrite comme montrant un train international à grande vitesse reliant Bruxelles, capitale de la Belgique, à Amsterdam, capitale des Pays-Bas. Il s’agit de la ligne ferroviaire appelée "EuroCity Direct", un service moderne reliant les deux capitales européennes en environ deux heures.
Par ailleurs, l'image a également été utilisée dans un autre article publié par le média belge L'Avenir le 30 juin 2025. Cet article expliquait qu'un train Eurocity reliant Bruxelles à Amsterdam avait été immobilisé pendant près de trois heures à hauteur de Loenhout, dans la province d’Anvers, en raison d'une défaillance technique. Les quelque 300 passagers présents à bord avaient également été confrontés à une panne de climatisation et n’avaient pas été autorisés à ouvrir les portes avant l’évacuation. Le porte-parole de la SNCB avait précisé que de l’eau avait été distribuée aux voyageurs et que l’évacuation avait finalement pu être effectuée vers 11h50 après la libération de la voie adjacente. L’origine exacte de la panne n’avait pas été déterminée, même si aucun lien n’avait été établi avec les fortes températures enregistrées ce jour-là.
Enfin, l’image a aussi été reprise par Belga News Agency dans un article consacré à une grève ferroviaire de neuf jours organisée en Belgique entre le 21 février et le 2 mars 2025. Selon cette publication, le mouvement social lancé par les syndicats OVS et ASTB protestait notamment contre certaines mesures du nouveau gouvernement fédéral belge, parmi lesquelles le relèvement de l’âge de la retraite. Cette grève avait fortement perturbé le trafic ferroviaire national et international, y compris les liaisons reliant Bruxelles à Amsterdam. Plusieurs trains ICE et Eurostar avaient été supprimés, tandis que la SNCB avait mis en place des horaires alternatifs avec seulement une partie des trains maintenus en circulation.
Un autre détail confirme ces résultats : il s’agit des drapeaux de la Belgique et des Pays-Bas attachés sur l’avant droit du train visible sur la photographie. Cet élément visuel renforce davantage le fait que ce train appartient au réseau ferroviaire européen et qu’il n’a aucun lien avec la République démocratique du Congo ni avec la ville de Goma.

Image des drapeaux de deux pays européens attachés au train, montée par Eleza Fact
Aucun chemin de fer à Goma
La ville de Goma, située dans l’est de la République démocratique du Congo, ne dispose d’aucune voie ferrée, ce qui rend impossible la présence d’un train circulant dans la ville. Depuis sa création jusqu’à aujourd’hui, aucune infrastructure ferroviaire n’a jamais été construite à Goma, contrairement à d’autres régions du pays qui possèdent un réseau ferroviaire hérité en grande partie de l’époque coloniale. Cette absence de chemin de fer constitue d’ailleurs l’un des principaux défis liés au transport des marchandises et des personnes dans la province du Nord-Kivu, où les déplacements reposent essentiellement sur les routes, souvent dégradées, ainsi que sur le transport aérien et lacustre.
En RDC, les principales lignes de chemin de fer se concentrent notamment dans les provinces du Haut-Katanga, du Lualaba, du Kasaï et du Kongo Central. Parmi les réseaux les plus connus figurent la ligne Lubumbashi - Ilebo exploitée par la SNCC, la ligne reliant Lubumbashi à Sakania vers la frontière zambienne, le chemin de fer Matadi - Kinshasa exploité par l’ONATRA, ainsi que plusieurs lignes minières destinées principalement au transport des minerais dans le sud du pays. Aucune de ces infrastructures ferroviaires n’atteint la province du Nord-Kivu, encore moins la ville de Goma, où les transports reposent essentiellement sur les motos, les véhicules routiers, le trafic maritime sur le lac Kivu et les liaisons aériennes (aujourd’hui inactives à cause de la situation sécuritaire).
Verdict
L’image prétendant montrer un train circulant à Goma dans l’est de la République démocratique du Congo est trompeuse. Les vérifications effectuées par Eleza Fact à l’aide de Google Lens démontrent qu’il s’agit en réalité d’un train EuroCity Direct reliant Bruxelles à Amsterdam, entre la Belgique et les Pays-Bas. Aucun réseau ferroviaire n’existe à Goma, ce qui rend impossible la circulation d’un train dans cette ville. Faire preuve de prudence sur les réseaux sociaux peut limiter la circulation des publications trompeuses ou sorties de leur contexte pouvant influencer l’opinion publique.
