Contexte
Le 3 juin dernier, des images montrant deux hommes, deux passeports français, des affaires militaires et des munitions ont été largement partagées sur Facebook. La légende affirme qu’il s’agit de deux mercenaires français arrêtés à Kinshasa, dans la commune de la Gombe, dans un appartement appartenant à Azarias Ruberwa, alors qu’ils complotaient une opération de déstabilisation de la capitale congolaise.
Après avoir soumis ces images à une analyse via l’outil de vérification d’images Google Lens, et pris contact avec le service de communication de la présidence, Eleza Fact a pu confirmer que ces images ont été sorties de leur contexte. Aucun incident de cette ampleur n’a été signalé à Kinshasa.
Sources de l’infox
La page Facebook Bonheur Ilunga Officiel, se présentant comme une page dédiée au sport et aux loisirs, avec plus de 2 200 abonnés, a partagé ces images dans une publication du 3 juin, accompagnée de la légende suivante :
« Le plan machiavélique des Français a été déjoué dans la ville province de Kinshasa. Plusieurs mercenaires français ont été arrêtés dans la commune de la Gombe. Certains dans la résidence d'Azarias Ruberwa.
Nous saluons le professionnalisme de nos services de sécurité et nous saluons également le FBI et la CIA qui travaillent d'arrache-pied avec nos services de sécurité et renseignement.
À tous les Congolais de père et de mère ainsi que tous les Tshisekedistes, soyons toujours vigilants que chacun dans son coin soit un agent de renseignement. Laissons la distraction et des guéguerres inutiles aux suiveurs d'individus au sein de l'UDPS car, nous ».
Au 10 juin à 17h11, heure de Goma, cette publication avait cumulé neuf partages.
D'autres utilisateurs de Facebook ont repris les mêmes images avec la même légende les 3 et 4 juin. Il s’agit notamment de Johnson Ntambala, Paul Odimba Ahoka, Champion Muzungu, Conscience Patriotique, Congo Mon Pays et Éveil Patriotique des Jeunes.
Les commentaires sur ces publications sont majoritairement positifs, avec de nombreux internautes adhérant à la rumeur. Certains établissent même un lien entre cette supposée affaire et la guerre dans l’est de la RDC. Un internaute affirme : « La France contribue aussi à cette guerre… » Un autre ajoute : « Voilà la mauvaise foi des dirigeants de France... »
Des images sorties de leur contexte
Eleza Fact, après avoir utilisé Google Lens pour vérifier ces images, a trouvé des correspondances datant de 2024, publiées dans un tout autre contexte.
La première correspondance (archivé ici) provient du compte Instagram du média sénégalais ABC Africa Média, qui a publié les images le 12 juin 2024. Elles y sont présentées comme montrant deux mercenaires franco-algériens interceptés par la police de recherche et d’investigation de la République Centrafricaine. Les suspects avaient été repérés après la découverte d’armes, d’équipements militaires et de grosses sommes d’argent lors d’une perquisition à leur domicile, situé à proximité de l’ambassade de France en Centrafrique.
Les mêmes faits sont repris dans un post publié le même jour sur X par Nathalie Yamb (archivé ici), se présentant comme Défenseure de la souveraineté africaine, résolument engagée pour une Afrique affranchie des tutelles, qui affirme également qu’il s’agit de mercenaires franco-algériens arrêtés en Centrafrique.
De plus, un article du 14 juin 2024 (archivé ici) du média togolais Afrika Habari précise que les deux hommes ont été appréhendés à Bangui le 10 juin 2024, à l’occasion d’une opération menée par la gendarmerie, sans que les raisons exactes de leur arrestation ne soient alors connues.
Les images apparaissent également dans un article du 10 décembre 2024 (archivé ici) publié par Corbeau News Centrafrique, indiquant cette fois que les deux individus avaient été arrêtés le 10 juin 2024, après un braquage commis le 9 juin.
Des médias internationaux reviennent sur l’incident
Des médias comme Radio France Internationale (archivé ici) et Jeune Afrique (archivé ici) ont également relayé l’information, précisant que le 10 juin 2024, deux hommes d’origine franco-algérienne, Samir Antonio Osmani et Haçade Bensalem, ont été arrêtés à Bangui, à leur domicile situé près de l’ambassade de France, lors d’une perquisition menée par la gendarmerie nationale.
Initialement présentés comme des "mercenaires français" par plusieurs médias, ces hommes ont finalement été identifiés comme des négociants en or et diamants, soupçonnés par les autorités locales d’entretenir des liens avec des groupes armés visant à renverser le président Faustin-Archange Touadéra.
Des armes de guerre, munitions, grenades, passeports et tenues militaires ont été saisis. L’enquête devait déterminer la nature exacte de leurs activités, leurs connexions avec des chefs rebelles ou des officiers de l’armée centrafricaine, ainsi que leurs éventuels liens entre la RCA et la RDC.
La présidence de la RDC réfute un tel incident à Kinshasa en 2025
Contactée par Eleza Fact, Tina Salama, porte-parole de la présidence de la RDC, a affirmé qu’aucun incident de ce genre n’a eu lieu à Kinshasa. « Il n’y a pas eu un tel incident à Kinshasa. La présidence n’a pas reçu cette information ».
Par ailleurs, une tentative de contact avec l’ambassade de France en RDC n’a pas abouti.
Il convient enfin de rappeler qu’aucune source crédible, ni gouvernementale ni internationale, n’a fait état d’un incident impliquant des mercenaires français à Kinshasa.
Conclusion
Les images diffusées ce 03 juin sur les réseaux sociaux, censées montrer l’arrestation de mercenaires français à Kinshasa, relèvent clairement de la désinformation. Après vérification, Eleza Fact a établi qu’elles datent de 2024 et sont liées à une arrestation de deux franco-algériens à Bangui, en République centrafricaine. Leur utilisation hors contexte a alimenté une rumeur infondée.
Une telle désinformation, peut non seulement enflammer les opinions publiques, mais aussi fragiliser les relations diplomatiques entre la RDC et la France, en alimentant une perception que la France voudrait déstabiliser la RDC. Ce type de manipulation souligne l’importance de la vérification des images utilisées hors contexte.
