Contexte
La cheffe par intérim de la MONUSCO, Vivian van de Perre, a atterri à Goma le 12 février 2026 afin d’appuyer les préparatifs du suivi et de la vérification du cessez-le-feu dans l’Est de la RDC. Arrivée par hélicoptère à l’aéroport de Goma, sa mission (coordonnée avec les autorités congolaises et inscrite dans le cadre du mécanisme élargi de vérification (EJVM+) a consisté à rencontrer les représentants de l’AFC/M23, pour avancer sur les aspects pratiques du contrôle du cessez-le-feu.
C’est dans ce contexte qu’Eleza Fact a découvert une vidéo partagée le dimanche 15 février 2026 dans un groupe WhatsApp. La séquence montre des images de casques bleus et de cadres de l’AFC/M23 en tenue militaire, accompagnées d’une voix off affirmant que la MONUSCO se préparerait à lancer une attaque contre l’AFC/M23 à Goma sous l’égide des États-Unis.
Cependant, pour vérifier ces allégations, Eleza Fact a d’abord contacté la porte-parole de la MONUSCO. Parallèlement, la voix off de la vidéo a été soumise à des outils spécialisés de détection de contenus générés par intelligence artificielle. Résultat : l’analyse a conclu que la voix avait été générée artificiellement.
Origine de l’infox
La vidéo a été retrouvée dans le groupe WhatsApp dénommé « WATOTO WA CONGO », composé de 458 membres. Elle y a été transférée le dimanche 15 février 2026.
La séquence dure 1 minute et 7 secondes. Elle montre des images de casques bleus, de cadres de l’AFC/M23 en tenue militaire et, vers la fin, une image de Paul Kagame en tenue officielle. On peut lire, dans le coin supérieur gauche de la vidéo, l’indication suivante : « M23 et le Rwanda doivent quitter immédiatement ».
On entend la voix off de la vidéo accompagner ces images et déclarer : « Ça chauffe déjà à Goma. Mesdames et messieurs, accrochez vos ceintures. Les casques bleus s’apprêtent à atterrir, et pas pour admirer le lac Kivu, mais sous commandement américain.
S’il vous plaît, enlevez les rideaux, l’ordre est donné : le Rwanda doit plier bagage immédiatement. La guerre est terminée. Fin du spectacle. Plus de coups de feu, plus de balles perdues, plus de figurants armés dans les collines. Cantonnement immédiat des rebelles, retour express des militaires rwandais chez eux.
La messe est dite. Les bancs sont vides. L’orchestre remballe. Et maintenant, place aux responsabilités. Les massacres commis sur le sol congolais ne disparaîtront pas sous un tapis diplomatique.
Pendant ce temps, Corneille Nanga cherche le nord sans boussole. Tshisekedi, lui, avance ses pions comme un joueur d’échecs patient.
Nouvelle scène : une MONUSCO version 3.0 pilotée par les Américains. Et que celui qui tente encore de résister sache qu’il sera traqué et arrêté définitivement. Reste à voir si les acteurs accepteront la fin du script. Partagez la vidéo, l’actualité s’écrit en direct. »

Démenti de la MONUSCO
Dans le cadre de ses vérifications, Eleza Fact a contacté Ndeye Khady Lo, porte-parole de la MONUSCO, afin d’obtenir des précisions sur la véracité des allégations contenues dans la vidéo en examen.
En réponse, la porte-parole de la MONUSCO a formellement démenti ces propos en ces termes : « La MONUSCO n'est pas impliquée dans ce qui est décrit dans cette vidéo. Merci. »
Une voix générée par intelligence artificielle
En écoutant la voix off de la vidéo , elle a un débit particulièrement régulier, avec un rythme constant du début à la fin de l’enregistrement. Le flux verbal ne présente ni hésitations marquées, ni ruptures naturelles du discours, ni variations significatives d’intensité ou de tempo, éléments que l’on retrouve généralement dans une élocution humaine spontanée.
Par ailleurs, aucune variation respiratoire clairement perceptible n’a pu être identifiée. En situation normale, une prise de parole humaine comporte des inspirations audibles, des micro-pauses physiologiques ou encore de légers ajustements du souffle. Leur absence ou leur quasi-imperceptibilité peut constituer un indice technique à prendre en compte.
L’intonation apparaît également très homogène. Les modulations de la voix, bien que présentes, semblent distribuées de manière uniforme et maîtrisée, sans les micro-irrégularités naturelles liées aux émotions, à la fatigue, au stress ou à l’improvisation. La texture vocale se révèle par ailleurs relativement lisse, avec peu de fluctuations timbrales ou de variations vibratoires.
Afin d’en avoir le cœur net, nous avons soumis l’enregistrement à l’outil de détection Hive Moderation, spécialisé dans l’identification de contenus générés par intelligence artificielle. L’analyse automatique lui a attribué un score de 99,9 % de probabilité indiquant que la voix aurait été générée par une intelligence artificielle.
Dans une démarche de vérification croisée, nous avons également soumis le fichier audio à un autre outil spécialisé dans la détection de contenus vocaux synthétiques, AI Voice Detector. Comme dans le cas précédent, l’analyse a conclu à une probabilité de 99 % que l’enregistrement soit issu d’un système de génération vocale par IA.
Vivian van de Perre à Goma pour renforcer le suivi du cessez-le-feuLe 12 février 2026, Vivian van de Perre, Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU par intérim et Cheffe par intérim de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), s’est rendue à Goma (archivé ici) dans un contexte marqué par les efforts de consolidation du cessez-le-feu.
L’objectif principal (archivé ici) de sa mission était d’appuyer les préparatifs du suivi et de la vérification du cessez-le-feu, en coordination étroite avec l’architecture de l’EJVM+ (Mécanisme conjoint élargi de vérification Plus). Cette démarche vise à renforcer l’action de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et à soutenir la mise en œuvre de la résolution 2808 du Conseil de sécurité, dans le strict respect de la souveraineté congolaise.
« Je me rends à Goma pour appuyer les préparatifs du suivi et de la vérification du cessez-le-feu, en étroite coordination avec l’architecture de cessez-le-feu établie », a-t-elle confié, réaffirmant l’engagement de la MONUSCO à accompagner un processus crédible, transparent et coordonné.
Verdict
Après avoir contacté le porte-parole de la MONUSCO et analysé l’audio de la vidéo à l’aide d’outils de détection de contenu généré par intelligence artificielle, les résultats révèlent que la MONUSCO n’a aucun lien avec ces allégations. De plus, le son de la vidéo a été généré artificiellement par une IA.
Avant de relayer une vidéo, un message ou une publication, prenez le temps de vérifier sa véracité. Les contenus manipulés ou générés par intelligence artificielle peuvent facilement induire en erreur et propager de fausses informations.
