Contexte
Le dimanche 30 août 2026, l’influenceuse congolaise Denise Dusauchoy, très active sur TikTok et Facebook, a été arrêtée en Tanzanie. Selon le communiqué du ministère d’État, ministère de la Justice et Garde des Sceaux, les autorités tanzaniennes ont exécuté un mandat d’arrêt délivré par la justice congolaise, dans le cadre de dossiers pénaux en cours d’instruction. Selon des sources proches du ministère de la Justice citées par Radio Okapi, elle a ensuite été transférée à Kinshasa.
Selon les informations rapportées dans cette affaire, elle serait notamment poursuivie pour complot ou association avec des « ennemis de la République » en vue de déstabiliser les institutions, propagation de faux bruits, incitation à la haine et à la rébellion, offense aux autorités, diffamation et dénonciation calomnieuse. Ce sont des accusations, pas des faits établis. Le ministère de la Justice rappelle lui-même que l’arrestation ne préjuge pas de sa culpabilité et qu’elle reste présumée innocente.
Denise Dusauchoy n’en est pas à son premier démêlé judiciaire. Elle avait déjà été arrêtée en septembre 2024 à Brazzaville, puis remise aux autorités congolaises. En décembre 2024, elle avait été condamnée à trois ans de prison à Kinshasa pour faux bruits, faux en écriture et injures publiques. Devenue une voix ouvertement hostile au pouvoir, elle a aussi affiché son soutien à l’AFC/M23. Ce profil explique en partie l’intensité des réactions suscitées par son arrestation.
Très vite, les réseaux sociaux se sont emballés. Des images, des vidéos et des affirmations fausses ou trompeuses ont largement circulé. Certains contenus ont été générés ou manipulés par intelligence artificielle (IA), ce qui a brouillé davantage la frontière entre le réel et le fabriqué.
Eleza Fact a recensé une dizaine de cas de désinformation liés à l’arrestation de Denise Dusauchoy et à l’évolution de son dossier. Nous avons vérifié les plus viraux, en combinant l’analyse des contenus, des outils de détection de l’IA, la recherche de l’origine des images et le suivi de l’affaire.
La désinformation : contenu des vidéos et images ayant circulé
Une première vidéo a été mise en ligne sur TikTok le 2 septembre 2026 par un compte nommé BALIAKI BINO. On y voit un homme dont le visage ressemble à celui d’Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, le parti du président Félix Tshisekedi. En veste sombre, il se penche vers une femme présentée comme Denise Dusauchoy, vêtue d’un jogging bordeaux. Un autre homme en veste se tient à leurs côtés. La scène semble montrer une pose de menottes. Légende : « Denise Dusauchoy arrestation ».
Une deuxième vidéo, publiée sur TikTok le 1er septembre 2026 par BLAISE MUKENGE, imite un journal télévisé ou une émission d’enquête. Un présentateur en veste blanche à boutons dorés commente l’affaire face caméra. Légende : « L’arrestation de Denise Dusauchoy, les révélations du piège ».
Une troisième vidéo montre Denise Dusauchoy en gilet pare-balles de type militaire et en jean bleu, aux côtés d’Augustin Kabuya, qui semble pleurer. Légende : « Denise Dusauchoy yeyo ».
Chacune de ces trois vidéos a dépassé 100 000 vues, 100 commentaires, 200 partages et 300 téléchargements.
Dans les commentaires, de nombreux internautes réagissent comme si les scènes étaient réelles. « Courage femme forte du Rwanda », écrit l’un. « Et donc nos services de renseignement savent arrêter les TikTokeuses mais pas Nangaa... Des bêtises », lance un autre.
Vérification : des vidéos générées par intelligence artificielle
Eleza Fact a soumis chacune des trois vidéos à un outil de détection des contenus générés par IA.
Pour la première vidéo, UncovAI conclut à un contenu généré par IA, avec un niveau de confiance de 100 %. L’analyse de la piste audio indique en revanche une voix humaine, avec 96 % de confiance. Autrement dit, l’image serait fabriquée, tandis que le son proviendrait d’une voix humaine.


Capture de résultat de l’analyse avec l’outil UncovAI , faite par Eleza fact
La deuxième vidéo a été analysée avec Deepfake Check. L’outil évalue à 95 % le risque de génération ou de manipulation par IA.

Capture de résultat de l’analyse avec l’outil Deepfake Check, faite par Eleza fact
La troisième vidéo a été soumise à Is Fake, qui estime à 87 % la probabilité qu’elle ait été générée par IA.
Capture de résultat de l’analyse avec l’outil Is Fake, faite par Eleza fact
Le récit porté par la deuxième vidéo ne tient pas davantage. Ce faux reportage affirme que Denise Dusauchoy aurait été piégée par un agent de l’Agence nationale de renseignements (ANR) qui se serait fait passer pour son amant. Certains médias ont bien évoqué, sur la foi de sources non identifiées, une opération impliquant un membre de l’ANR. Mais aucune source vérifiable ne confirme le scénario de l’amant. Cette version doit donc être accueillie avec la plus grande prudence.
La désinformation : de fausses affirmations sur les vidéos qu’elle aurait visionnées
Une image a aussi largement circulé. Elle montre Denise Dusauchoy assise sur un canapé, dans une pièce qui ressemble à un salon privé. Face à elle, un téléviseur diffuse ce qui semble être l’une de ses anciennes vidéos.
L’image a notamment été publiée le 3 septembre 2026 par Ben Tshikangu, avec cette légende : « 36 sur un total de 77 vidéos ont été diffusées à la télévision pour que Denise Dusauchoy se rende compte de la gravité de ses actes. Elle a passé toute la soirée d’hier dans une chambre climatisée, un petit déjeuner sur la table et une bière, en train de regarder en boucle ses 177 vidéos. Quand elle aura terminé toutes ses vidéos d’insultes et de diffamation, elle va choisir sa peine. »
Une autre publication, diffusée le même jour sur X par le compte Col. Betty Muzalendo, reprend la même histoire avec d’autres chiffres : « Aujourd’hui, dans sa cellule de détention provisoire, Denise Dusauchoy a passé une journée très agréable dans une pièce climatisée, avec un écran allumé sur lequel elle suivait et contemplait toutes ses vidéos. Au total, 173 vidéos ont tourné en boucle pendant 24 heures, comme dans un shop Vodacom. Demain également, ce serait la même chose pour elle, afin de confronter la théorie à la pratique. Dossier à suivre... »
Portées par l’audience de leurs auteurs, ces deux publications ont cumulé plus de 5 000 mentions « J’aime » et plus de 950 commentaires. Parmi les réactions : « Les conséquences éduquent mieux que les conseils. »
Vérification : une image générée par intelligence artificielle et des allégations infondées
Les deux récits se contredisent entre eux, et le premier se contredit même lui-même. Il parle d’abord de « 36 sur un total de 77 vidéos », puis, quelques lignes plus loin, de « 177 vidéos ». Le second en compte 173. Aucun des deux ne cite de source.
Par ailleurs, aucune image ni vidéo provenant des autorités n’a été publiée pour montrer le lieu de détention de Denise Dusauchoy. Le communiqué du ministère de la Justice, principale communication officielle sur l’affaire, confirme son arrestation en Tanzanie et la procédure engagée. Il ne dit rien de ses conditions de détention. Son transfert à Kinshasa n’a été rapporté que par des sources proches du ministère.
Sans source officielle sur le lieu, la date ou les circonstances de la photo, rien ne permet d’affirmer qu’elle montre Denise Dusauchoy en détention. Rien ne confirme non plus qu’elle aurait été contrainte de regarder ses propres vidéos.
L’analyse technique confirme ces doutes. Selon Hive Moderation, un outil de détection des contenus générés ou manipulés par IA, la probabilité que l’image ait été générée par IA atteint 99,8 %.

Capture de résultat de l’analyse avec l’outil Hive Moderation, faite par Eleza fact
Une analyse complémentaire de l’image a également été réalisée avec UncovAI, un outil spécialisé dans la détection des contenus générés ou manipulés par intelligence artificielle. L’outil a attribué à l’image un score de 42 % de probabilité d’avoir été générée par intelligence artificielle, tout en spécifiant les zones ayant subi des retouches artificielles, soit la télévision et Denise assise.

Capture de résultat de l’analyse avec l’outil UncovAI, faite par Eleza fact
La désinformation : un lien avec les opposants réunis au sein de la C64
Une autre publication établit un lien direct entre Denise Dusauchoy et plusieurs figures de l’opposition. Elle a été publiée le 5 août 2026 dans le groupe Facebook Parlons de la politique actuelle de la RDC, qui compte plus de 240 000 membres, par un utilisateur nommé Géomètre Bakame. Elle montre une photo de Denise Dusauchoy devant les drapeaux du Rwanda et du Kenya, avec des téléphones au premier plan.
L’auteur de la publication affirme : « Plusieurs appels manqués de Jean-Marc Kabund, Martin Fayulu, Sesanga, Joseph Kabila, Paul Kagame, Moïse Katumbi, Seth Kikuni et plusieurs autres opposants dans le téléphone de Denise Dusauchoy ! Plusieurs arrestations vont intervenir dès la semaine prochaine. Des personnes haut placées sont impliquées. »
En 48 heures, la publication a recueilli 235 mentions « J’aime », 29 partages et 216 commentaires. Certains internautes reprennent les accusations à leur compte : « Qu’est-ce qui ne nous donne pas l’impression qu’elle était une espionne au sein du M23 ? Elle n’a pas été arrêtée, elle est partie donner son rapport au régime des tribunaux. » D’autres s’en moquent : « Kkkkieeee. Paul Kagame l’appelle pour faire quoi ? Même pour mentir, il faut être intelligent, chers amis. Ne vous trompez pas. »
Cette affirmation ne repose sur aucune source. Le communiqué du ministère de la Justice ne détaille même pas la nature des faits reprochés à Denise Dusauchoy. Il ne dit rien, a fortiori, du contenu de son téléphone.
La liste elle-même relève de l’amalgame. Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund ont lancé le 19 mai 2026 la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64), qui s’oppose à tout changement de la Constitution. Or cette coalition prend soin de ne pas s’aligner sur Joseph Kabila et sa plateforme. Réunir tous ces acteurs, avec le président rwandais Paul Kagame, dans le téléphone d’une même personne ne repose sur aucun élément.
Conclusion
Plusieurs contenus diffusés autour de l’arrestation de Denise Dusauchoy sont faux, trompeurs ou générés par IA. Trois vidéos fabriquées, une scène de détention inventée, une liste d’« appels manqués » sans aucune source et un faux passeport rwandais : aucun de ces contenus ne résiste à la vérification.
Ces cas montrent à quelle vitesse des images et des récits non vérifiés se propagent autour d’une affaire judiciaire très suivie. Tant qu’aucune preuve vérifiable ni aucune source compétente ne les confirme, ces contenus doivent être considérés avec prudence.
Avant de partager une information virale, vérifiez son origine, confrontez-la aux communications officielles et consultez plusieurs sources fiables.
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Edité par Joël ALIMASI et Daniel Makeke
