Contexte
Le contexte sécuritaire en République démocratique du Congo demeure particulièrement préoccupant, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu où les affrontements entre groupes armés, mouvements rebelles et forces gouvernementales continuent d'alimenter l'instabilité. Dans un environnement marqué par une forte circulation d'informations liées au conflit, les réseaux sociaux deviennent régulièrement le terrain de diffusion de contenus trompeurs ou sortis de leur contexte. C’est dans ce cadre qu’une image montrant un homme en costume s’inclinant devant un cercueil recouvert du drapeau français et porté par des militaires a été partagée sur X avec des allégations affirmant qu’elle représenterait des mercenaires français tués lors d’une frappe de drone à Rubaya, dans l’est de la RDC.
Eleza Fact a vérifié l’authenticité de cette image en utilisant l’outil de recherche inversée Google Lens et en consultant les communications officielles de l’ambassade de France en République démocratique du Congo. Les résultats obtenus démontrent clairement que cette photographie n’a aucun lien avec les événements actuels dans l’est du pays. Il s’agit en réalité d’une image prise en août 2008 lors d’une cérémonie d’hommage national organisée à Paris pour des soldats français tués en Afghanistan. La photographie montre l’ancien président français Nicolas Sarkozy rendant hommage aux militaires décédés.
Allégations partagées
L’image a été mise en ligne sur le réseau social X par l’utilisateur Clément Muya le 15 juin. Ce compte, suivi par plus de 9 000 abonnés, publie régulièrement des contenus liés à la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo ainsi qu’aux activités des différents acteurs impliqués dans le conflit.
« LA BATAILLE DE RUBAYA : Ce mardi, plusieurs cercueils de militaires français🇫🇷 sont arrivés à l'aéroport militaire près de Paris. Ils ont été tués par drones à RUBAYA. On a rapporté avoir vu de petits drones mystérieux avant le retrait des Français vers la frontière rwandaise », déclare Clément dans la légende utilisée pour accompagner l’image.
La publication a rapidement circulé sur la plateforme, enregistrant plus de 7 000 vues, 130 mentions « J’aime » ainsi que plus de 20 reposts et citations au 16 juin. Parmi les seize commentaires recensés au moment de la rédaction de cet article, plusieurs internautes ont réagi comme si l’information était avérée, certains exprimant leur satisfaction face à la prétendue mort de militaires français.
« Ce soldat français décédé à l'est de la RDC, croyait qu'il venait faire du tourisme en massacrant les congolais. Finalement c'est lui qui a été envoyé au repos éternele », affirme un commentateur avant qu’un autre ajoute : « Dieu voit tout! Que les traîtres paient le sang de nos frères et soeurs qui ont souffert et continuent à souffrir à l’Est de la RDC. Dieu est Juste! Notre sang crie vers Lui avec celui de Abel!!! Vive la RDC mon pays, vivent les FARDC et tous les Wazalendo, les vrais! », (sans correction).
L’ambassade de France en RDC réagit
Ayant consulté l’ambassade de France en République démocratique du Congo via ses canaux officiels de communication, Eleza Fact a retrouvé une publication diffusée sur son compte X le 15 juin en réaction aux affirmations circulant sur les réseaux sociaux. Face à la multiplication des récits évoquant une présence militaire française dans certaines zones de l’est de la RDC, la représentation diplomatique française a tenu à apporter un démenti formel.
L’ambassade a notamment rappelé qu’aucune force militaire française n’est actuellement déployée dans les localités citées par les publications virales, ni dans aucune autre zone de l’est de la République démocratique du Congo. Elle souligne également que la répétition d’une affirmation sur les réseaux sociaux ne constitue pas une preuve de sa véracité.
« Depuis plusieurs jours, des affirmations circulent sur une prétendue présence de militaires français dans l’Est de la RDC, notamment à Rubaya, Fizi et Mikenge. C’est FAUX. Aucune force militaire française n’est déployée dans ces zones, ni dans l’Est de la RDC. La diffusion répétée de ces images et récits ne les rend pas plus crédibles. », déclare l’ambassade de France en RD Congo.
Et d’ajouter : « La position française est constante et exprimée sans ambiguïté : la France soutient la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC ainsi que le retrait des forces rwandaises présentes sur son territoire. Cette position a été réaffirmée à de nombreuses reprises. Sur le plan politique intérieure également, des critiques circulent sur la base d’affirmations qui ne correspondent à aucune prise de position officielle ni à aucun propos tenu ».
Une image sortie du contexte
Ensuite, Eleza Fact a utilisé Google Lens afin de retracer l’origine réelle de la photographie utilisée comme prétendue preuve. La recherche inversée a permis de retrouver plusieurs correspondances remontant à août 2008, soit près de dix-huit ans avant les événements évoqués dans la publication virale. Ces résultats démontrent que l’image circulait déjà bien avant le conflit actuel dans l’est de la RDC.
La première correspondance retrouvée provient d’une archive de RFI publiée le 21 août 2008 (archivé ici). L’article revenait sur l’hommage national rendu aux dix soldats français tués quelques jours plus tôt lors d’une embuscade en Afghanistan. Organisée aux Invalides à Paris, la cérémonie s’était déroulée en présence du président Nicolas Sarkozy, de membres du gouvernement, de parlementaires ainsi que des familles des victimes. Les cercueils, recouverts du drapeau français, étaient portés par leurs compagnons d’armes tandis que le chef de l’État rendait un hommage solennel aux militaires disparus. Dans son discours, Nicolas Sarkozy avait notamment affirmé que la France ne pouvait pas se permettre d’échouer dans sa mission en Afghanistan.
La légende associée à l’image indiquait : « Le président Nicolas Sarkozy s'est incliné devant chaque cercueil ».
Par ailleurs, la même photographie apparaît dans un article publié le même jour par le journal français 20 Minutes sous le titre « L'hommage aux "dix fils de la France" » (archivé ici). Le reportage décrit la cérémonie nationale organisée dans la cour d’honneur des Invalides et précise que les cercueils des soldats, recouverts du drapeau tricolore, avaient été disposés en formation devant les autorités françaises et les familles endeuillées. Les victimes appartenaient notamment au 8e RPIMa de Castres, au 2e Régiment étranger de parachutistes de Calvi et au Régiment de marche du Tchad.
Ensuite, un article publié plus récemment par le média français Ouest-France le 18 août 2021 a également repris cette image dans le cadre d’un retour sur les événements du 18 août 2008 ayant coûté la vie à dix militaires français en Afghanistan (archivé ici). Cette nouvelle utilisation confirme une fois de plus l’origine réelle de la photographie et son contexte historique.
La légende associée à l’image indique : « Dans cette photo d’archive prise le 21 août 2008, le président français Nicolas Sarkozy s’incline, alors qu’il rend hommage à l’un des dix soldats français de l’OTAN tués lors des combats qui ont suivi une embuscade des talibans dans la vallée d’Uzbeen, près de Kaboul, lors d’une cérémonie nationale aux Invalides à Paris. | AFP ARCHIVES/PATRICK KOVARIK ».
Conclusion
Les vérifications menées par Eleza Fact démontrent que l’image présentée comme celle de prétendus mercenaires français tués à Rubaya n’a aucun lien avec la situation sécuritaire actuelle dans l’est de la République démocratique du Congo. Il s’agit d’une photographie d’archive prise en août 2008 lors d’un hommage national rendu à dix soldats français morts en Afghanistan. Les déclarations de l’ambassade de France en RDC ainsi que les résultats de la recherche inversée confirment que cette image a été sortie de son contexte afin de soutenir une affirmation infondée.
Cette publication constitue donc un exemple de désinformation reposant sur la réutilisation trompeuse d’une photographie ancienne pour illustrer un événement qui n’a jamais été documenté par des sources crédibles. Des contenus non vérifiés peuvent alimenter les tensions, renforcer des sentiments hostiles et influencer la perception du public dans un contexte déjà fortement polarisé.
