Contexte
Ces derniers jours, les offensives opposant les FARDC, appuyées par les Wazalendo, aux Twirwaneho alliés au M23 se poursuivent dans les Hauts Plateaux du territoire de Fizi, au Sud-Kivu, Dans ce contexte, une vidéo montrant un rassemblement en plein air, où un officier en uniforme militaire de l’AFC-M23 s’adresse à une foule en kiswahili, est présentée comme montrant un meeting de l’AFC-M23 à Kabambare, dans la province voisine du Maniema.
Eleza Fact a mené une vérification approfondie en contactant la cellule de communication du M23, en recueillant des témoignages de populations vivant à Kabambare, en réalisant une analyse linguistique et contextuelle de la vidéo et, enfin, en effectuant une recherche d’images inversées. Les résultats montrent que cette vidéo date de 2024, lors de la prise de la cité de Nyamilima par le M23, dans le territoire de Rutshuru (Nord-Kivu), et qu’elle n’a aucun lien avec Kabambare, dans la province du Maniema.
l’allégation qui circule
La séquence, d’une durée d’environ une minute, a été publiée le 4 août 2026 sur la page Facebook Info Rapide de la RDC , avec 448 abonnés.
La publication affirme : « Le mouvement AFC-M23 a tenu son premier meeting dans le territoire de Kabambare, en province du Maniema, marquant une nouvelle étape de sa présence dans cette partie du pays. »
Au moment de la vérification, soit le 17 août, la publication comptabilise 9 900 vues, 107 mentions “J’aime”, 73 commentaires et 4 partages.
Les réactions des internautes divergent. Certains demandent : « Regrettable que font nos FARDC ? (sic) », Un autre internaute s’interroge : « Précisément dans quelle localité du Maniema ? » Tandis qu’un autre conteste directement la localisation : « C'est une vidéo de nyamilima. Il ne faut pas mentir. »
Le 5 août, le compte X (anciennement Twitter) Simaro Ngongo Case a également publié une version plus longue de la séquence, d’une minute et 13 secondes, affirmant: « MANIEMA: Premier meeting des Lions de Sarambwe dans le Territoire de Kabambare au Maniema.Selon les informations rapportées, plusieurs militaires des FARDC ont perdu la vie après être tombés dans une embuscade près de Kabambare, dans la province du Maniema. (...) »
Au 17 août 2026, cette publication totalise 67 700 vues, 303 mentions “J’aime”, 55 commentaires et 36 partages.
Des témoignages contredisent la présence du M23 à Kabambare
Le journaliste Jean-Pierre Mulenda de la RTIV Kindu, également contacté par Eleza Fact, indique: « Ils sont à la limite du Sud-Kivu et du Maniema, toutefois, il n'y a pas encore une communication officielle de la part du gouvernement provincial. La situation demeure alors une rumeur jusqu'à présent ».
Pour renchérir, Jean-Pierre Mulenda a contacté un membre de sa famille vivant à Kabambare, l’endroit cité dans les publications comme lieu du meeting. Dans un audio transmis à Eleza Fact, celui-ci affirme : « C’est une fausse information, nous sommes calme ici à Kabambare (...) ils ne sont même pas proches d’ici, ils sont vers Kilembwe (chef- lieu du secteur de lulenge, territoire de fizi, sud kivu) , ils vont sauter dans les air, peut être. »
Ce témoignage est également corroboré par Emedy Ziada Mubandilwa, une commerçante effectuant régulièrement le trajet entre Kabambare et Kindu. Dans un témoignage en swahili, elle affirme : « C'est faux, je suis à Kabambare présentement, tout est calme et aucun meeting n’a été présenté, les M23 ne sont pas encore ici ».
La vidéo contient des indices renvoyant à Nyamilima
Un examen attentif de la vidéo permet de contextualiser les faits. Dans la séquence, l’officier s’exprime principalement en kiswahili et salue également la population en kinyarwanda et en kinande, deux langues particulièrement parlées au Nord-Kivu et non au Maniema.
Par ailleurs, il s’adresse explicitement à la communauté de Nyamilima, leur saluant en disant “ Nyamilima Oyé”.Il évoque également les FARDC et les Wazalendo. À la 48ᵉ seconde, il affirme : « Hawatarudi mahali hapa Nyamilima », une phrase qui signifie en français : « Ils ne reviendront plus ici, à Nyamilima. »
Cette référence explicite à Nyamilima constitue un indice important sur le lieu où la scène a été filmée.
Au fait, Nyamilima est une localité du territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, et non du Maniema. Elle se trouve à environ 774 kilomètres de Kabambare, selon l’itinéraire cartographique consulté par Eleza Fact via l’outil de géolocalisation Bing Maps.
Capture de l’itinéraire Kabambare–Nyamilima sur Bing Maps, faite par Eleza Fact
Une recherche d’images inversée retrouve la même vidéo en 2024
Une recherche d’images inversée avec Google Lens a permis de retrouver la même séquence dans une publication du compte X Victor Murashi Rutatina (archivée ici), datée du 23 octobre 2024.
La publication, rédigée en anglais, indique : « Commandants M23 en Nyamilima : nous sommes venus ici pour rester, nous sommes rentrés chez nous. Peuple libéré : vous êtes plus que bienvenus. VivaM23 (sic) »

Publication de Victor Murashi Rutatina sur X datant de 2024, capture et marquage rouge faites par Eleza Fact
Les événements survenus dans cette localité correspondent au contexte de l’époque. Le 3 août 2024, Radio Okapi (archivé ici) rapportait que le M23 avait pris la cité de Nyamilima, dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu.
Conclusion
La vidéo présentée en août 2026 comme un meeting de l’AFC-M23 à Kabambare, au Maniema, est fausse, utilisée hors contexte.
Les vérifications d’Eleza Fact, menées à partir du démenti de la cellule de communication du M23, des témoignages recueillis à Kabambare, de l’analyse linguistique et contextuelle de la vidéo et de la recherche inversée d’images avec Google Lens, montre que la séquence date de 2024 et correspond à la prise de Nyamilima, dans le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu, par le M23. La même vidéo avait déjà été publiée en octobre 2024, avec une référence explicite à Nyamilima.
Une vidéo peut être vraie mais utilisée pour soutenir une information fausse lorsqu’elle est accompagnée d’un mauvais lieu ou d’une mauvaise date. Pour vérifier ce type de contenu, il est utile de rechercher les premières publications de la vidéo via une recherche d’image inversée, d’écouter les références géographiques ou linguistiques présentes dans les images et de comparer ces éléments avec des sources contemporaines de l’événement. Cela permet de ne pas tomber dans la désinformation.
