Contexte
La question d’un éventuel changement constitutionnel en République démocratique du Congo alimente un débat intense entre la majorité au pouvoir et l’opposition. Dans un article publié le 16 novembre 2024 sur le site de la présidence, le Président Félix Tshisekedi affirmait que personne ne changerait son avis sur la révision ou le changement de la constitution. Ces derniers temps, la question est revenue au centre de l’actualité et continue de polariser l’opinion publique.Le sujet suscite des inquiétudes, notamment du côté de l’opposition, qui redoute une modification visant à prolonger le maintien au pouvoir.
C’est dans ce climat tendu qu’une image présentée comme montrant une manifestation à Kinshasa contre un changement de la Constitution a largement circulé sur les réseaux sociaux. Face à l’ampleur de la rumeur, Eleza Fact a enquêté se servant de la recherche d’image inversée et d’outils de détection d’images synthétique à l'instar de Hive Moderation, SynthID ou encore Fake Image Detector qui tous révèlent que l’image a été généré par IA.
Une image largement relayée sur Facebook
L’image en question montre une foule dense occupant une grande route, brandissant des drapeaux congolais et des pancartes avec des messages tels que « Respectez la Constitution », « Non au changement de la Constitution » ou encore « Tshisekedi doit partir ».
Elle a été publiée le 14 mars sur la page Facebook Papy Kawaya, accompagnée du message : « Deuxième journée de manifestation à Kinshasa. Le peuple congolais reste debout pour dire NON au changement de la Constitution. (...) »
La publication a suscité des réactions contrastées, totalisant 12 mentions “j’aime” et 27 commentaires. Parmi les réactions relevées figurent notamment : « Opposition sur réseaux sociaux sur terrain zero vouloir ou pas cette fameuse constitution sera bel et bien changé » , « Oui au changement de la constitution » ou encore « Menteur de très mauvaise qualité » (Sans correction).
Une autre publication partagée par l’utilisateur Emmandrison Kasumbakali dans le groupe Facebook “Bosolo na politik officiel” a repris la même image le 18 mars avant d’être supprimé, avec le message « respectez la constitution », a connu une viralité bien plus importante, avec 3100 mentions “j’aime”, 2900 commentaires et 137 partages au 25 mars 2026.
Le 16 mars 2026 la page Facebook le Patriote congolais partage la même image avec ces allégations: «Félix Tshilombo incompétents, tala bisika bo memi mboka [ ou regarder où vous menez le pays], il faut dégager.» Au 25 janvier la publication affichait à son compteur, 320 mentions “j’aime”, plus de 200 commentaires et 37 partages.
Sur X l'utilisateur Nashakar partage l’image le 15 mars avec la citation : «Urgent urgent urgent : Marche à Kinshasa contre le non respect de la constitution et non au changement de la constitution.»
Une image générée par intelligence artificielle
Face à la viralité de cette image, Eleza Fact a procédé à une analyse technique approfondie en utilisant plusieurs outils de détection de contenus synthétiques.
D’abord, l’outil SynthID, développé par Google, indique que l’image porte des marqueurs caractéristiques d’un contenu généré par intelligence artificielle Google.

Résultats de l’analyse via l’outil SynthID de Google capturés par Eleza Fact
Ensuite, l’outil The Hive attribue une probabilité de 99 % que l’image soit artificielle, précisant qu’elle proviendrait du modèle Gemini 3, un système d’IA générative développé par Google.

Résultats de l’analyse via l’outil The Hive capturés par Eleza Fact
Enfin, Fake Image Detector conclut que l’image a été générée ou modifiée par ordinateur, renforçant les résultats des deux autres outils.

Résultats de l’analyse ELA via l’outil Fake Image capturés par Eleza Fact
Ces analyses convergentes permettent d’établir avec un haut niveau de confiance que l’image ne correspond pas à une scène réelle.
Aucun élément ne confirme une telle manifestation à Kinshasa
Au-delà de l’analyse technique, Eleza Fact a également recueilli le témoignage de sa correspondante à Kinshasa, Shekinah Kinuka. Celle-ci affirme : « Il n’y a eu aucune manifestation contre le changement de la Constitution dans la ville de Kinshasa. Cette information est non fondée. Il y a eu par contre, ce jour-là, une protestation des chauffeurs de transport en commun à la suite de contrôles des documents routiers, notamment le contrôle technique, le permis de conduire et autres, dénonçant ainsi des tracasseries policières et la multiplicité des services contrôleurs. »
Ce témoignage de terrain corrobore l’absence de toute manifestation liée à la Constitution et apporte un éclairage sur un événement distinct qui a pu prêter à confusion, la grève des chauffeurs de transport en commun du 16 mars.
Dans un contexte aussi sensible, un rassemblement massif dans la capitale congolaise aurait très probablement fait l’objet d’une couverture médiatique significative, ce qui n’est pas le cas ici.
Conclusion
L’image prétendant montrer une manifestation à Kinshasa contre un changement de la Constitution est trompeuse. Les analyses techniques démontrent qu’elle a été générée par intelligence artificielle, et aucun élément factuel ne confirme l’existence d’un tel événement.
Cette désinformation s’inscrit dans un contexte politique tendu, où les contenus manipulés peuvent facilement influencer l’opinion publique. Elle illustre la nécessité de vérifier systématiquement les images virales avant de les relayer.
Edité par Daniel Makeke
